Créée en 2022 par Philippe Raynaud, la société Millikan Boats, spécialisée dans la construction de bateaux électro-solaires, a inauguré et mis à l’eau son premier prototype, le 30 avril dernier, dans le bassin du port de Caen. Le catamaran électro solaire baptisé M.9, qui mesure 30 pieds (9,1 mètres), est totalement autonome. "Il est équipé de deux ailes solaires, qui se déploient dès la sortie du port et sont actionnées par deux vérins marins. Le M.9 est équipé de deux moteurs de 16 kW chacun, produisant une puissance comparable à un moteur de 50 CV", explique Philippe Raynaud.
Le projet a nécessité un budget global de 350 000 euros, financé à 50 % par l’entreprise, les 50 % restants étant pris en charge via des aides de la Région Normandie, Bpifrance, et Initiative Calvados. La société, qui emploie trois salariés, compte s’installer définitivement sur le port de Caen pour y poser sa propre zone de stockage. Elle espère embaucher dès cette année plusieurs commerciaux pour assurer le marketing du produit.
Made in France
"Nous sommes partis d’une feuille blanche et vingt-deux mois plus tard, le bateau est mis à l’eau", raconte Philippe Raynaud qui précise que le projet est aussi avant tout "un projet familial avec son épouse et ses enfants, démarré dans le garage". Les plans du M.9 ont été conçus par le cabinet d’architecture navale de Vincent Lebailly Yacht Design, un cabinet normand basé à Bernières-sur-Mer, également concepteur des bateaux amphibies d’Iguana Yacht, entreprise caennaise installée dans le port de Caen. Le M.9 a été construit sur le Chantier naval de la Passagère, situé à Saint-Malo en Bretagne. La partie électrique a été réalisée par une entreprise havraise, et la motorisation, confiée à Blue Nav, société française basée à Arcachon. Ne nécessitant d’aucun entretien, ces moteurs offrent un couple très élevé (force de traction importante), et une consommation électrique très basse, le tout sans bruit ni vibration.
100 % innovant
Outre les ailes solaires, le catamaran conçu par Millikan Boats dispose d’une interface jusque-là réservée à l’automobile : il est notamment doté d’une carte 4G et une antenne extérieure, le tout relié à une borne wi-fi. "Grâce à l’interface de gestion des moteurs, le pilote peut suivre leur axe, leur consommation, leur vitesse de rotation, leur température mais aussi l’autonomie du bateau en temps réel", détaille le dirigeant.
Par ailleurs, le M.9 est équipé d’une fonctionnalité très innovante d’ancre virtuelle, combinant un GPS de haute précision et une gestion informatisée des moteurs. "Cela permet de rester à une position fixe, sans avoir besoin de jeter l’ancre. D’un simple clic, le plaisancier immobilise son bateau, le maintenant en place grâce à de légères impulsions d’énergie fournies aux moteurs rotatifs. La consommation est quasi nulle et permet l’utilisation de l’ancrage virtuel pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours" confirme Philippe Raynaud. Un autre atout en faveur du développement durable et une façon de protéger les fonds marins, notamment les herbiers de posidonie (herbes marines), souvent arrachées par les ancres des bateaux. Le M.9 dispose également d’une sortie d’énergie qui permet d’injecter le courant produit par les panneaux dans le réseau du port, et de vendre l’électricité produite.
Respectueux de l’environnement
Pour le créateur, le secteur du nautisme doit se remettre en question et prendre conscience de l’importance de l’environnement maritime.
"Il y a un véritable marché pour le nautisme durable et pour une nouvelle génération de bateaux respectueux de l’environnement"
"Les bateaux à moteur thermique sont extrêmement polluants, un bateau de plaisance de 12 mètres consomme 100 litres à l’heure, et pollue quatre fois plus qu’une voiture. Aujourd’hui, il y a un véritable marché pour le nautisme durable et pour une nouvelle génération de bateaux respectueux de l’environnement et moins tributaires des délocalisations. Notre bateau s’adresse aux anciens "voileux" séduits par un bateau qui ne fait pas de bruit, avec lequel ils peuvent naviguer avec les éléments, sans trop d’efforts physiques. Notre vent à nous, c’est le soleil", assure Philippe Raynaud qui assure que le M.9 reste un bateau "confortable, avec cuisine, couchettes pour six personnes qui peut naviguer jusqu’à 10 et 11 nœuds. "Le bateau sera présenté aux prochains salons nautiques de Cannes et La Rochelle. Nous avons déjà trois concessionnaires prêts à l’accueillir dans le sud de la France et des premiers avec des revendeurs en Hollande", confirme le dirigeant. Le M.9 devrait être commercialisé 250 000 euros TTC.
Avec l'Eden du Méhari Club Cassis sur le port d'Hyères
Intégrant les enjeux contemporains de mobilité durable avec la conception en 2016 de la Méhari 100 % électrique, baptisée Eden, le 2CV Méhari Club Cassis s'est associé à Mib Yacht Services et à la société Millikan Boats, pour le lancement du M9, un catamaran 100 % français navigant à l'énergie solaire. Côte à côte sur le port de Hyères, une Eden et le bateau électro-solaire de pointe ont été présentés les 28 et 29 juin prochains au grand public.