Quel est le projet, Sparcraft ? La filiale de Wichard va-t-elle conserver ses autres sites ?
L’objectif est de rapatrier l’ensemble de la production et de n’avoir plus qu’une seule usine Sparcraft (16,3 M€ de CA en 2024) en France. Nous avons déjà fermé et vendu notre usine américaine située à Charlotte en Caroline du Nord. Il n’y a pratiquement plus de chantiers navals de construction de bateaux à voile aux États-Unis. Le marché américain est désormais principalement basé sur du remplacement. Fabriquer une centaine de mâts sur l’année était économiquement difficilement justifiable. Nous gardons, en revanche, une succursale dans le pays pour du stockage. Nous allons aussi fermer notre site de Saint-Vaast-la-Hougue, dans la Manche. Face au dérèglement climatique, l’usine située au bord de la mer se retrouve inondée deux fois par an à cause des vagues submersives. Nous avons donc décidé de la vendre en 2027. Quant à notre dernière usine de Périgny en Charente-Maritime, nous mettrons fin à notre bail de location.
Pourquoi avoir opté pour ce regroupement ?
C’est une question d’optimisation. Rassembler toutes les étapes de fabrication permet d’éviter les transports. Cela réduit notre empreinte carbone, mais aussi les risques de défauts de qualité. Lors des déplacements, les mâts pouvaient s’entrechoquer. Nous allons donc gagner en qualité et en réactivité. Nous avons aussi besoin de regagner en compétitivité pour aller chercher des marchés supplémentaires. Nous voulons prendre la position de leader en prenant des parts de marché de nos trois concurrents français et suédois. Nous sommes plutôt dominants sur les catamarans au-dessus de 45-50 pieds et nous souhaiterions prendre de la place sur les bateaux de plus petites tailles. Avec ce nouveau site, nous aurons la capacité de produire plus sans aucun problème. Nous fabriquons actuellement 1 000 mâts et bômes par an. L’objectif est de monter à 1 500. Côté chiffre d’affaires, nous sommes passés en 10 ans de 8 à 16 millions d’euros aujourd’hui. Nous visons désormais les 20 millions à horizon 3 à 4 ans.
Comment le marché de la plaisance se porte-t-il ?
Il s’est très bien porté pendant la période post-Covid. Un peu moins ces derniers temps, puisqu’on a perdu à peu près 20 % l’année dernière et encore 20 % cette année. Nous revenons, en fait, sur les volumes de 2019. Mais il n’y a pas d’inquiétude, nous ne sommes pas dans les crises de 2007-2008. Il y a toujours des gens qui ont envie d’aller faire du bateau. C’est un marché qui a, en revanche, changé. Les plaisanciers n’achètent plus forcément leur bateau, ils le louent.
À quoi l’usine va-t-elle ressembler et comment le projet sera-t-il financé ?
Le site sera unique en France en termes de dimension. Nous aurons des bains de 23 mètres de long afin de traiter les mâts en aluminium contre la corrosion. Nous pourrons aussi effectuer la peinture sur place. Avant nous la sous-traitions. C’est aussi un engagement de réduction des émissions carbone de l’ordre de 30 %. C’est un promoteur immobilier lyonnais, Pegasus, qui prend en charge la construction du bâtiment, soit 12 millions d’euros. En échange, nous signons un bail de long terme sur 20 ans. Nous n’étions pas en mesure de financer le bâtiment et les équipements. Nous avons préféré être plutôt en maîtrise du financement de la partie process (9 M€, NDLR). Nous apportons un quart en fonds propres grâce notamment à la vente de notre usine américaine. Le reste sera financé par prêt bancaire.