Au sein du port de Nantes Saint-Nazaire, 70 % du trafic est lié aux énergies fossiles et hydrocarbures. Mais le territoire veut tenter de se décarboner. Parmi de multiples initiatives, un appel à manifestation d’intérêt a été lancé en 2022 pour produire de l’hydrogène sur le territoire portuaire. Le nantais Lhyfe a été retenu, avec un projet de production de 210 MW, issue de l’électrolyse de l’eau. "Notre ambition est de se concentrer sur la décarbonation du secteur maritime", envisage Adrien Chazelas, responsable développement pour Lhyfe.
Un double projet proche du milliard d’euros
Dans ce secteur des carburants alternatifs pour le maritime, le méthanol tire aujourd’hui son épingle du jeu. "C’est un alcool simple à produire, avec des technologies matures. De plus, nous avons des capacités de production avec une faible empreinte carbone, et sa consommation ne rejette pas de dioxyde de soufre ou de dioxyde d’azote", témoigne Benoit Decourt, cofondateur et associé produits d’Elyse Energy.
"Nous aurons sans aucun doute besoin d’un soutien financier public pour ce double projet"
La PME lyonnaise, qui compte 80 salariés en Europe, compte s’installer sur un terrain de huit hectares juste à côté de celui de Lhyfe, de 12 hectares, afin d’utiliser l’hydrogène produit pour synthétiser le méthanol. Le coût global de ce double projet devrait être de plusieurs centaines de millions d’euros, voire atteindre le milliard d’euros. "Nous travaillons actuellement sur la faisabilité financière, et devrions avoir plus de visibilité en 2025. Ce financement se fera avec l’aide de banques et de fonds privés. Mais sans aucun doute, il y aura besoin d’un soutien public aussi pour que ces projets voient le jour", précise Adrien Chazelas.
150 000 tonnes de méthanol par an
L’ensemble des deux sites devraient entrer en service entre 2028 et 2030, et représenter une centaine d’emplois directs. "Et environ 300 emplois indirects, notamment avec les flux logistiques associés", précise Adrien Chazelas. Une soixantaine de navires de transport utilisent aujourd’hui le méthanol. "Environ 270 sont actuellement en construction", note Benoît Decourt. Les 30 000 tonnes d’hydrogène que Lhyfe devrait produire pour son site serviront ainsi à synthétiser les 150 000 tonnes par an de méthanol. "Une partie de l’hydrogène pourra aussi servir à alimenter d’autres usages locaux en hydrogène", précise néanmoins Adrien Chazelas.
Un soutien du programme GOCO2
La synthèse de l’hydrogène en méthanol se produit grâce à l’ajout de dioxyde de carbone. Cette dernière molécule sera récupérée par Elyse via le programme GOCO2. Initié en 2023, ce projet de captage, de transport et de séquestration de CO2 est soutenu par la Région des Pays de la Loire et par Nantes Saint-Nazaire Port et mobilisera un investissement de 1,7 milliard d’euros sur sept ans. Une fois formé, le méthanol d’Elyse Energy sera ensuite utilisé pour le soutage des bateaux, et notamment au port de Saint-Nazaire, en local. Une autre partie sera dédiée à l’export… Une manière de transformer le trafic du port, et de diminuer indirectement la part du trafic lié aux hydrocarbures.