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Le groupe Grimaud s’est recentré pour s’écrire un avenir
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Le groupe Grimaud s’est recentré pour s’écrire un avenir

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En cinq ans, le groupe choletais Grimaud, spécialisé dans la génétique animale et les bio productions, a recentré ses activités en se séparant de plusieurs filiales. Il se donne ainsi les moyens de rebondir après plusieurs épisodes difficiles, en misant sur les filières animales gastronomiques et sur l’alimentation de demain, à travers les protéines nouvelles. Frédéric Grimaud, le PDG, prépare aussi une transmission managériale de l’entreprise familiale.

Chaque année, le groupe Grimaud produit près de 10 millions de canetons mulards — Photo : Groupe Grimaud

En juillet dernier, Grimaud Frères, spécialisé dans la génétique animale, filiale du groupe Grimaud, a démarré l’utilisation à 100 % de son process Lunix permettant le sexage des embryons de canards dans l’œuf, sans intrusion. Ce procédé évite l’abattage massif des canetons mâles (non conservés dans les élevages). Cette innovation différenciante représente une première d’ordre mondial. Cette technologie s’appuie sur la détection de la couleur des yeux des embryons. "Nous sommes les seuls à le faire massivement", assure Frédéric Grimaud, le PDG du groupe Grimaud (130 millions d’euros de chiffre d’affaires 2023, 1 017 salariés), basé à Sèvremoine. Chaque année, le groupe produit près de 10 millions de canetons mulards.

Pour parvenir à ce genre d’innovation, le groupe Grimaud consacre 12 % de son chiffre d’affaires en dépenses R & D et environ 7 % de son chiffre d’affaires en investissement Capex. Pariant sur des filières d’avenir, l’entreprise familiale choletaise finance notamment les recherches portant sur les protéines innovantes. Elle porte ainsi deux filiales prometteuses : Vital Meat, qui produit de la viande cellulaire en culture, et Fly Genetics, qui fournit des mouches reproductrices aux industriels producteurs d’insectes.

À 60 ans, Frédéric Grimaud envisage de transmettre l’entreprise à ses cadres — Photo : Groupe Grimaud

La protéine de mouche prend son envol

Associé à Nasekomo en 2020, il a fait naître Fly Genetics, une start-up installée en Bulgarie, qui travaille sur l’amélioration génétique des mouches d’élevage. Grimaud fait pour les mouches ce qu’il a toujours fait pour les autres espèces animales : de la sélection génétique. "Nous vendons des géniteurs, larves ou œufs. Nos premières ventes ont eu lieu. La commercialisation commence maintenant". Ses clients seront les entreprises positionnées sur le marché de la protéine issue d’insectes (dédiée notamment à l’alimentation animale). "Nous sommes en discussion avec des opérateurs européens", lance le dirigeant, sans plus de précisions à ce stade.

La viande cultivée bientôt autorisée à Singapour ?

Vital Meat est la deuxième pépite de la foodtech sur laquelle il a parié. Cette start-up disruptive est parvenue à produire une protéine animale cultivée, destinée surtout à devenir un ingrédient protéiné pour l’industrie agroalimentaire. "Rien ne va remplacer une entrecôte", prévient le dirigeant. "Mais pour préserver des productions animales qualitatives, il faut ouvrir un nouveau chapitre pour les productions de commodités". Vital Meat attend désormais des autorisations de commercialisation. Elle en a effectué la demande à Singapour et en Grande-Bretagne, deux pays ouvertement favorables au développement des protéines nouvelles. Début octobre, la start-up choletaise a pu organiser une dégustation officielle dans un restaurant à Singapour, ce qui laisse augurer d’une issue favorable à la demande d’autorisation de commercialisation. Celle-ci est espérée dans des délais proches (quelques mois, voire quelques semaines). Mettre un pied à Singapour serait un bon moyen de toucher ensuite le marché asiatique, de même que la Grande-Bretagne ouvrirait le champ aussi bien à l’Europe qu’aux États-Unis.

Vital Meat a organisé en octobre à Singapour une première dégustation de sa protéine cultivée — Photo : Vital Meat

Les filiales santé ont été transmises

Ces pépites en développement doivent écrire un avenir au groupe Grimaud sous son nouveau visage. En effet, le groupe angevin a fait un régime. "Nous sommes sortis des produits de commodités pour nous concentrer sur les produits différenciants. C’est une réorientation stratégique", commente Frédéric Grimaud. Depuis deux ans, le groupe a recentré ses activités sur la génétique d’espèces gastronomiques (canard, crevettes, oies, pintades, lapins, pigeons) et les protéines d’avenir (protéines cultivées, insectes). Il s’est séparé de plusieurs filiales. En décembre 2023, Frédéric Grimaud a quitté tous ses mandats des instances de Valneva, le producteur de vaccins nanto-autrichien, né de la fusion-acquisition en 2013 de l’Autrichien Intercell AG par Vivalis, que le groupe Grimaud avait créé en 1999. Le groupe garde une participation de moins de 10 % dans la société. Valneva génère aujourd’hui une activité plus grande que celle de Grimaud (avec un chiffre d’affaires de 154 millions d’euros). En juillet 2023, c’est Filavie, filiale dédiée à la vaccination animale, qui avait été transmise au Bordelais Ceva (1,62 Md€ de chiffre d’affaires en 2023, 6 800 salariés).

Les activités de génétique des filières animales classiques ont constitué l’autre périmètre soumis au recentrage. Hubbard, 3ᵉ sélectionneur mondial des poulets de chair, a été transmis au géant allemand Aviagen en 2018, tandis que Choice genetics, spécialiste du porc, a été cédée en décembre 2023 à Axiom (13,30 M€ de CA 2023).

Une succession de tempêtes

"Il n’y a pas eu un seul crash", prévient-il. "Nous avons même consolidé la filière Crevettes, avec une croissance externe aux États-Unis en 2022". Ces mouvements ont toutefois été poussés par une conjoncture extrêmement troublée pour le groupe, qui a dû essuyer une succession de tempêtes. "La grippe aviaire a constitué un désastre absolu. Il y a eu le premier épisode en 2015-2016, puis le deuxième en 2021-2023. Cela nous a coûté des dizaines de millions d’euros. La vaccination, pour laquelle je militais depuis dix ans, est enfin arrivée et ça change beaucoup la vie de nos filières". Entre-temps, le groupe a également dû absorber les conséquences du Covid en 2020-2021. "Les produits gastronomiques sont surtout consommés en restauration. Les gens ne sortaient plus, cela a été très impactant pour nous".

"Il a fallu faire des choix pour sortir de la crise par le haut : se séparer de certaines activités, en renforcer d’autres."

Puis est intervenue la hausse "stratosphérique" des coûts de l’énergie avec la guerre en Ukraine. "Il y a eu des années dans le rouge. Cela nous a obligés à faire preuve de beaucoup d’agilité en bougeant nos modèles, et de résilience, pour garder nos équipes. Il a fallu faire des choix pour sortir de la crise par le haut : se séparer de certaines activités, en renforcer d’autres". Le calme est revenu après ces coups durs : "En 2024, nous retrouvons une certaine normalité post-grippe aviaire".

Avec son nouveau visage, le groupe Grimaud reste tout de même un poids lourd du secteur, avec douze filiales en France et dans le monde. Il possède des sites de production de canards en Chine et au Vietnam, de crevettes en Inde et au Mexique. Et en Europe : des œufs embryonnés en Belgique, des lapins en Italie, des mouches en Bulgarie. De là, il rayonne avec une présence dans 50 pays via des distributeurs sous licence et commerce avec une centaine de pays. Il réalise 65 % de son chiffre d’affaires à l’international.

Entreprise à mission vers une transmission en interne

Avec ce nouveau périmètre, le groupe devient plus facilement transmissible à une équipe de management. C’est le projet que prépare Frédéric Grimaud, à un horizon d’environ cinq ans. "J’ai 60 ans et pas de succession exécutive familiale à venir", explique-t-il. "C’est aussi pour cela que nous sommes devenus une entreprise à mission en 2022. Ce n’est pas un gadget, je voulais donner de la profondeur, un cadre pour l’avenir".

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