Nous sommes en 1955. Joseph Ripaud, fils d’agriculteur, commence à cultiver un lopin de terre donné par sa tante dans le petit bourg de Cheffois, au sud de la Vendée. Sa première année d’exploitation est marquée par la vente d’une centaine de bottes de radis livrées à la cantine de l’usine Fleury Michon, située dans une commune proche. En 2026, changement d’échelle. Pépinières Ripaud cultive, sur une centaine d’hectares, 2 millions de végétaux dont des essences rares et exotiques. L’entreprise figure parmi les plus grandes pépinières françaises. En 70 ans, elle s’est hissée à la première place pour la production de plantes haut de gamme et l’art topiaire qui consiste à tailler des arbres de pleine terre en une multitude de formes (cône, spirale, pyramide…). Les végétaux produits par la PME vendéenne (50 salariés, près de 10 M€ de CA) ornent les palaces parisiens, les boutiques chics de l’avenue Montaigne, les résidences du roi du Maroc ou encore les parcs du Puy du Fou, de Maulévrier et Terra Botanica, dans la région des Pays de la Loire.
La passion des plantes en héritage
Cette réussite est d’abord fondée sur la passion du fondateur pour les plantes. Joseph Ripaud sème ses premières graines de fleurs à l’âge de huit ans. Des années plus tard, accompagné de sa femme, il sillonne la France et le monde, avec un objectif : rapporter les plantes et les techniques découvertes sur tous les continents et les acclimater en Vendée. À la faveur de vacances familiales, le couple est parfois accompagné de ses neuf enfants. "Je me souviens d’un voyage à Madère d’où nous sommes revenus nos valises remplies d’agapanthes. Aux États-Unis, nous avons découvert des formes spécifiques de l’art topiaire qu’à notre retour, nous avons appliqué à un carré d’ifs. Passionné de taille, mon père m’a également emmené au Japon découvrir les bonsaïs de jardin (niwaki) taillés en nuages. Mon frère Benoît a rapporté d’Australie des fougères arborescentes qui sont l’une de nos spécialités", raconte Damien Ripaud. Gagné par la passion des plantes transmise par son père, le plus jeune de la fratrie codirige aujourd’hui l’entreprise aux côtés de sa nièce Amandine Briffaud, qui a pris la succession de son père, Benoît Ripaud, à son décès. Les graines semées par le patriarche ont ainsi fleuri jusqu’à la troisième génération. Toutefois, en juillet 2022, pour la première fois de son histoire, la PME a accueilli un associé venant de l’extérieur, en la personne de Marc-Henri Doyon. "Marc-Henri, également passionné de plantes, était pépiniériste en Vendée. Il rêvait de s’installer. Nous lui avons fait signe et il nous apporte, notamment, son expertise dans la production. Chacun choisit ses domaines de compétence, mais les grandes décisions se prennent à trois", indique Amandine Briffaud.
Produire en Vendée
Contrairement à de nombreux pépiniéristes, l’entreprise produit une grande partie des plantes qu’elle commercialise. "Notre stratégie consiste à limiter les achats à l’étranger et à produire chez nous, en Vendée, en nous appuyant sur notre maîtrise technique. Nous savons semer, greffer, bouturer… Pour exceller dans l’art topiaire, nous nous sommes formés au Japon. Nous testons des façons de faire, nous échouons, nous recommençons avec des espèces différentes ou une autre technique. Nous progressons en nous adaptant en permanence", relate Damien Ripaud.
Lanceurs de tendances végétales
Autre force de l’entreprise : sa capacité à anticiper les tendances végétales. "Tels des lanceurs de mode, nous essayons de détecter les végétaux qui s’imposeront dans les années à venir. Ce qui implique une prise de risque, car nous pouvons nous tromper et cultiver pendant dix ans des plantes qui n’auront pas le succès escompté", pointe le dirigeant. Actuellement, Pépinières Ripaud travaille sur les plantes résistant à la sécheresse, sur les agrumes capables de résister au froid grâce à un greffage spécifique, les arbres d’ombrage pouvant apporter de la fraîcheur dans les villes, les arbres colorés toute l’année… D’ici quelques années, des champs de mandariniers ou de citronniers yuzu pourraient pousser dans le bocage vendéen, et ailleurs en France. "Face au dérèglement climatique et aux épisodes de gel tardif menaçant les floraisons des arbres fruitiers traditionnels, nous développons des variétés comme le feijoa, un goyavier d’Amérique du Sud qui pourrait prendre le relais", illustre Damien Ripaud.
Plus de 1 000 variétés
Pépinières Ripaud propose 200 espèces et plus de 1 000 variétés de plantes, des plus classiques aux plus rares, sur une échelle de prix allant de 10 euros à 30 000 euros. Cette largeur de gamme permet d’adresser des clientèles très différentes. Dans son magasin de Cheffois, l’entreprise accueille les particuliers qui représentent 10 % du chiffre d’affaires. Mais, l’essentiel des ventes de Pépinières Ripaud (près de 80 %) est réalisé auprès des professionnels : paysagistes, pépiniéristes, jardineries indépendantes, collectivités, parcs, zoos, châteaux… Tous les végétaux de la pépinière sont également proposés sur le site marchand de l’entreprise, qui a été refait il y a deux ans, avec l’ambition de porter la part des ventes en ligne de 3 à 5 %. "La diversité de nos variétés de plantes, de nos tailles, de nos prix, de nos clients nous a permis d’être plus résilients et de traverser les crises", analyse Damien Ripaud.
Préparer l’avenir
Pour préparer l’avenir, Pépinières Ripaud accélère depuis deux ans ses investissements, essentiellement fléchés vers l’amélioration des conditions de travail et la préservation de l’environnement. En 2024, 1 million d’euros a été injecté dans la construction d’une nouvelle serre de 5 000 m² et des technologies pour réduire de 30 % l’arrosage ou dans des robots de taille et de déplacement pour enlever de la pénibilité. "Nous sommes autonomes en eau, nous ne chauffons que 10 % de nos serres, nous avons mis en place l’éco-pâturage… Notre stratégie n’est désormais pas tant de faire grossir l’entreprise, que de l’améliorer en produisant dans le respect de l’environnement et des personnes", conclut Damien Ripaud.