Coup double pour le groupe ABCDE. Sur une parcelle située dans la ZAC des Sables à Rosières-aux-Salines, en Meurthe-et-Moselle, le groupe présidé par Patrick Marchand vient de franchir une étape majeure dans son développement, en faisant sortir de terre à la fois un nouveau siège social et un point de massification des biodéchets, pour un total d’investissement de 4,4 millions d’euros, financés grâce à de la dette apportée par le CIC et Bpifrance.
Vers un équilibre des activités du groupe
"Nous avons investi pour 20 ans", résume Loïc Delettre, le directeur général du groupe qui emploie 65 salariés et réalise 8,7 millions d’euros. Ses deux activités sont le triage de semences pour les agriculteurs, soit le pôle "Grain" du groupe qui pèse un total de 5,3 millions d’euros, et le pôle de traitement de la matière organique, pour 3,3 millions d’euros de vente. Lancée en 2016, l’activité liée à la collecte de biodéchets est en pleine croissance, du fait notamment de la loi Agec de février 2020, rendant obligatoire la mise en œuvre des solutions de valorisation des biodéchets au niveau des collectivités depuis le 1er janvier 2024. À terme, les deux métiers du groupe devraient s’équilibrer.
Des aléas chez les fournisseurs
Une fois en service, le nouveau point de massification de 480 m2, qui a mobilisé la moitié de l’investissement total, soit 2,2 millions d’euros, sera capable de traiter entre 5 000 et 6 000 tonnes de déchets organiques par an. "Nous avons deux mois et demi de retard", regrette Loïc Delettre, qui précise que d’ici "un mois", les premiers "essais à vides" seront menés, avant d’enchaîner sur les tests avec les "premiers volumes de déchets" qui arriveront sur le site. "Nous avons subi des aléas au niveau de nos fournisseurs, qui ont rencontré des difficultés sur d’autres chantiers, qui les ont pénalisés et ont fini par nous toucher", détaille le directeur général du groupe ABCDE. Très fortement automatisée, l’unité pourra être pilotée par deux opérateurs, abrités dans une cabine.
Trois plateformes de traitement de la matière
Actuellement, le groupe familial dispose de trois sites majeurs de traitement de la matière organique, capables de prendre en charge un total de 50 000 tonnes de déchets par an : la plateforme de Mandres-sur-Vair, dans les Vosges, qui dispose d’un méthaniseur, la plateforme de Port-sur-Seille, qui valorise essentiellement par compostage, et enfin la plateforme de Zittersheim, en Alsace, entièrement dédiée au compostage. Le point de massification de Rosières-aux-Salines, situé à 20 minutes de la métropole de Nancy, sera alimenté avec les restes alimentaires provenant des professionnels, comme les établissements de soin, restaurants, industries agroalimentaires, commerces d’alimentation, ainsi que ceux des collectivités, comme les cantines scolaires.
Des cuves de stockages avant expédition
"La collecte de ces biodéchets se fait grâce à des bennes spéciales, dont la capacité maximale est de quelques tonnes", détaille Loïc Delettre. "Notre métier, c’est de collecter des déchets et de les traiter, pas de faire des kilomètres sur la route. Il faut donc mettre le bon outil de collecte au bon endroit." A Rosières-aux-Salines, le point de massification dispose de deux cuves de 22 m3, qui vont servir à stocker la "soupe de biodéchets", cette pulpe organique issue du traitement des biodéchets. Une fois prête à être digérée par un méthaniseur, cette "soupe" sera transportée sur le site de Mandres-sur-Vair, grâce à des poids lourds capables d’emmener plusieurs dizaines de tonnes. Ou "vendue à d’autres exploitants de méthaniseurs", précise le directeur général du groupe ABCDE. D’après les premières projections, la moitié des déchets traités sur le nouveau point de massification devraient venir alimenter le méthaniseur du groupe.
"Valoriser le déchet organique en matière et en énergie"
Sur la plateforme de Port-sur-Seille, soit à mi-chemin entre Metz et Nancy, le groupe planche sur la possibilité d’installer une nouvelle unité de méthanisation, dont la matière sera collectée dans les collectivités situées le long du Sillon mosellan. "Installer une nouvelle unité de méthanisation n’est pas un objectif en soi, prévient Loïc Delettre. Nous nous sommes donné entre trois et cinq ans pour aboutir, mais tout cela dépend du marché." Rappelant que la stratégie numéro un du groupe est de faire du "retour au sol" de la matière, le directeur général du groupe ABCDE souligne que, pour lui, "la méthanisation est une opportunité de valoriser le déchet organique en matière et en énergie", tout en dégageant des revenus.
Des bureaux pour favoriser les synergies
Autrefois implanté à Saint-Nicolas-de-Port dans un local de 250 m2, le groupe a dessiné 1 000 m2 de bureaux mêlant espaces individuels, salles de réunion modulables et zones dédiées aux visioconférences. "Nous avons multiplié l’effectif du groupe par deux en 7 ans", précise Loïc Delettre. "Nos anciens locaux n’étaient plus adaptés." La moitié de l’investissement, soit 2,2 millions d’euros, a été injectée dans ce nouveau siège, qui devra, à terme, permettre de favoriser les échanges avec tout l’écosystème travaillant avec le groupe ABCDE. "L’idée, c’est de développer des synergies en recevant des acteurs qui sont dans l’opérationnel sur les enjeux environnementaux", résume Loïc Delettre.