Trop, c’est trop ! L’ensemble des patrons français, quelle que soit la taille de leur entreprise, monte en ligne dans un mouvement commun pour dénoncer l’absurde situation politico-budgétaire qui englue la France depuis plusieurs semaines. La colère des dirigeants de PME et d’ETI, de grands groupes et de très petites entreprises, qui s’exprime sur l’ensemble du territoire, est relayée par leurs organisations professionnelles qui mettent en garde le gouvernement.
Lettre au Premier ministre
Des patrons un temps ébaubis par l’examen du projet de loi de finances 2026 à l’Assemblée nationale et la multiplication de ses amendements menaçants, et qui poussent désormais clairement un coup de gueule. Pour preuve l’animosité dorénavant affichée du Medef à l’égard du gouvernement et du Premier ministre, soutenue par une douzaine d’autres organisations patronales signataires avec le Medef d’une lettre envoyée le 11 novembre dernier à Sébastien Lecornu. En bas de la page, les paraphes notamment de la CPME, de l’U2P, du METI, de Croissance Plus, des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens, du Family Business Network France…
53 milliards d’euros de nouvelles taxes
Les dirigeants ont fait leurs comptes : ils chiffrent à ce jour à 53 milliards d’euros les charges nouvelles sur les entreprises décrétées lors de l’examen du budget par les députés. Baisse des crédits à l’apprentissage, taxation en France des bénéfices mondiaux des multinationales (26 milliards d’euros), surtaxe d’impôt sur les sociétés amendée (6 milliards, pour les 440 plus grosses entreprises), instauration d’un impôt sur la fortune improductive (500 millions), hausse de la taxe sur les rachats d’actions (8,4 milliards), remboursement du crédit impôt recherche en cas de délocalisation (2 milliards), taxe sur les holdings patrimoniales et remise en cause du pacte Dutreil. N’en jetez plus, la coupe est pleine.
Tout cela sans compter les effets induits par la suspension de la réforme des retraites.
Des allégements fiscaux très réduits
Certes, quelques mesures ont bien été proposées en guise de compensation avec des allègements de la fiscalité pour les PME : baisse de la CVAE confirmée (+ 1,2 milliard d’euros pour les entreprises en 2026), relèvement du seuil de l’impôt réduit sur les sociétés de 15 % (jusqu’à 100 000 euros de bénéfice, contre 42 500 euros actuellement pour les entreprises réalisant moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires). Mais le compte n’y est pas, jugent les chefs d’entreprise. En cette période de forte instabilité économique et de concurrence mondiale exacerbée, dopée par l’isolationnisme américain et l’offensive commerciale chinoise, s’attaquer ainsi aux entreprises relève de l’inconscience et de l’incompétence, alertent les chefs d’entreprise.
À l’heure où l’Espagne caracole en tête de la croissance européenne, quand l’Allemagne vole au secours de son industrie en baissant les prix de l’électricité, la France pénalise un peu plus ses entreprises déjà surtaxées. Conséquences : "Les entreprises investissent moins, recrutent moins, subissent les désinvestissements des grands groupes", alerte Amir Reza-Tofighi, président de la CPME. Des entreprises qui en ont "ras-le-bol d’avoir une classe politique qui n’est pas à la hauteur des enjeux".
S’armer de résilience
On le sait bien, une partie des mesures budgétaires annoncées à coups d’amendements ne verront pas le jour. Et Sébastien Lecornu a beau jeu de dénoncer une inquiétude exagérée des patrons qui devraient au contraire rassurer leur base "sur des problèmes qui n’existent pas". En perspective, l’examen du projet de loi de finances au Sénat qui devrait remettre de l’ordre dans le jeu. Néanmoins, l’inquiétude s’est installée et avec elle un sentiment affirmé de défiance à l’égard de toutes les entreprises qui sont pourtant les rouages essentiels de notre économie et notre avenir. "Écoutez-nous plus, sortez-vous de la tête que quand on râle, c’est juste pour se défouler, que c’est par poujadisme primaire ou parce qu’on ne comprend rien", martèle Patrick Martin, président du Medef à l’égard du Premier Ministre. Nous allons "avoir dix-huit mois compliqués avant la prochaine présidentielle", estime pour sa part Amir Reza-Tofighi qui veut malgré tout rester optimiste et en courage ses pairs à "s’armer de résilience, de patience, d’énergie (pour) continuer à avancer malgré les difficultés".