Lucas Weiss, le directeur général de Voltec Solar (110 collaborateurs) l’assure : "Nous avons affaire à une crise industrielle d’ordre mondial liée à des investissements massifs de la Chine dans le photovoltaïque et, de manière générale, dans l’ensemble des segments liés à la transition énergétique. On estime la capacité de production chinoise à un Térawatt par an pour un besoin mondial en panneaux photovoltaïques de 400 à 500 gigawatts".
Pour le dirigeant de la société, basée à Dinsheim-sur-Bruche (Bas-Rhin), filiale de la holding familiale Strub, la souveraineté de la filière du solaire française passera par l’innovation.
"Le but, pour gagner en souveraineté, ce n’est pas de faire en France ce que savent très bien faire les fabricants chinois. Nous devons développer notre propre filière, estime-t-il, c’est le sens de notre collaboration avec l’Institut Photovoltaïque d’Ile de France".
Un rendement amélioré pour un coût inférieur
L’IPVF (qui compte Total, EDF et Air Liquide à son capital), implanté à Palaiseau, travaille actuellement à la mise en œuvre d’un pilote industriel, codéveloppé avec Voltec Solar, focalisé sur une technologie mixte reposant sur le silicium, déjà utilisé dans les panneaux solaires, et la pérovskite, un minéral abondant et répandu. "Le rendement du panneau solaire est alors nettement amélioré, il est de 30 % au lieu de 23 %, pour un moindre coût", signale Lucas Weiss.
En attendant le démonstrateur, "nous avançons pas à pas", souligne le dirigeant. En cas de réussite du projet, déjà soutenu sur la phase pilote dans le cadre de France 2030 par l’État, et par la Région Ile de France, Voltec Solar portera l’industrialisation du procédé. Avec l’ambition d’une capacité de 5 GW de production annuelle à terme - un horizon 2030 est avancé- soit l’équivalent capacitaire des projets développés par HoloSolis à Hambach (Moselle) ou Carbon à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Quant à l’implantation du site, Lucas Weiss ne s’interdit pas de penser qu’elle pourrait revenir à l’Alsace.
Voltec Solar a investi 9 millions d’euros en 2023
La souveraineté, un enjeu crucial au regard des turbulences infligées au marché au deuxième semestre 2023. En septembre de l’année dernière, les panneaux chinois ont envahi le marché européen à prix bradés. "Ces panneaux sont vendus en dessous de leur prix de revient. Les cellules chinoises se vendent 10 centimes de dollars sur le marché européen, contre 11 centimes en Chine, 18 en Inde et 30 sur des marchés protégés tels que les États-Unis", souligne Lucas Weiss.
Avec des conséquences directes à la clé : "Nous avons perdu 30 % d’activité sur le deuxième semestre et nous avons dû déprécier nos stocks pour nous aligner avec le marché", détaille le dirigeant. Le chiffre d’affaires a été impacté. De 62 millions d’euros en 2022 (mai 2022 à avril 2023, en deux ans l'entreprise a connu trois exercices à la suite de son rapprochement puis de sa séparation avec sa société soeur Alsapan), il a rétrogradé à près de 50 millions l’an passé.
Pour Voltec Solar qui revendique 15 % de parts de marché en France, et 500 MW de capacité produite, le timing n’était pas le meilleur. L’alsacien a investi l’été dernier "9 millions d’euros dans des équipements européens", tient-il à rappeler, afin de doubler ses capacités de production, de s’assurer des gains de compétitivité et d’accroître la puissance de ses panneaux.
La question de la stratégie industrielle européenne
Pour le dirigeant, il faut interroger l’Europe, "sur ce qu’elle est prête à faire pour rétablir un équilibre". "Le vrai sujet, c’est moins la Chine que la place de l’industrie en Europe", insiste-t-il. Si le gisement de clients sensibles à l’argument de l’empreinte carbone et du made in France est bien présent, la nouvelle réglementation européenne (NZIA) pourrait porter à 40 % la part de panneaux européens dans les appels d’offres.
"Notre carnet de commandes est dans le vert"
Depuis septembre, le carnet de commandes de Voltec Solar est reparti à la hausse. "Nous sommes dans le vert. Notre carnet de commandes a été multiplié par cinq depuis le deuxième semestre 2023. Et par rapport à 2022, cela représente une croissance de 25 %", se réjouit Lucas Weiss. Une dynamique portée par le domaine résidentiel et les particuliers d’un côté, le tertiaire et le commercial de l’autre. Des indicateurs favorables qui portent l’industriel à se lancer dans le recrutement de 50 collaborateurs, une décision qu’il avait différée l’an passé.