Photowatt, l'une des dernières usines de panneaux solaires de l’Hexagone, s’apprête à fermer définitivement ses portes. EDF Renouvelables, qui avait racheté l’entreprise iséroise photovoltaïque en 2012, a ainsi convoqué aujourd’hui une réunion du CSE de Photowatt le 4 février prochain, afin de "présenter aux organisations représentatives du personnel les propositions d’accompagnement des 162 salariés concernés par la cessation des activités de l’entreprise".
Une entreprise en déficit structurel
EDF Renouvelables a donc finalement préféré jeter l’éponge, après le projet de rachat avorté par Carbon, à l’automne dernier. La start-up, qui vise à construire une giga factory de panneaux solaires aux environs de Marseille s’était portée candidate pour reprendre Photowatt. Mais elle avait finalement dû faire marche arrière fin novembre 2024, après que les syndicats de Photowatt ont rejeté le projet de reprise, jugé trop fragile.
"L’option de trouver un repreneur industriel nous occupe depuis plusieurs années. Nous avions reçu plusieurs dossiers et celui de Carbon est celui qui était allé le plus loin. Nous avons épuisé toutes les pistes de ce point de vue là. L’entreprise est structurellement en déficit et nous avons donc décidé d’arrêter les activités", explique un représentant d’EDF Renouvelables.
Une consultation de trois mois
La période de consultation, qui commencera le 4 février permettra d’informer les organisations représentantes du personnel des possibilités d’accompagnement des salariés concernés par la fermeture du site. "Les informations ne seront pas divulguées avant début mai à l’extérieur de Photowatt. Selon la procédure, les propositions ne sont communiquées qu’aux syndicats pendant trois mois, pour leur permettre d’échanger de façon privilégiée. Il faudra attendre l’avis du CSE début mai pour connaître l’issue définitive de la procédure", explique encore le représentant d’EDF Renouvelables. En attendant, le site de Bourgoin-Jallieu poursuivra son activité. "L’usine continuera de produire tant que l’avis du CSE n’aura pas été rendu", poursuit le représentant.
Reconvertir le site
Cette période de consultation sera également l’occasion d’informer les organisations représentatives du personnel de l’état d’avancement du plan de revitalisation du site de Photowatt, engagé par EDF Renouvelables. "Nous sommes à la recherche d’un repreneur pour développer une activité économique sur le site. Nous sommes propriétaires du terrain et nous estimons qu’il est très important pour le territoire qu’il y ait de l’activité sur ce site", conclut le responsable d’EDF ENR.
La déferlante chinoise
Photowatt est l'un des derniers fabricants de panneaux solaires en France. S'il reste quelques fabricants comme la start-up savoyarde Heliup ou la PME alsacienne Voltec Solar (110 salariés), la filière française a été grandement malmenée par les panneaux solaires chinois. "Nous avons affaire à une crise industrielle d'ordre mondial liée à des investissements massifs de la Chine dans le photovoltaïque", nous indiquait récemment Lucas Weiss, le directeur général de Voltec Solar.
Cette crise a eu raison au printemps 2024 du fabricant nantais Systovi (80 salariés). Contrainte de cesser ses activités, la PME pointait alors du doigt le "dumping chinois, conséquence de l'augmentation du capacitaire et de la fermeture du marché américain, liée aux mesures protectionnistes de réduction de l'inflation. Faute d'un cadre réglementaire adapté, ce contexte a généré un déferlement de panneaux chinois subventionnés, vendus à perte sur le marché français et européen".
Si les fabricants français et européens sont touchés de plein fouet par la concurrence chinoise, les panneaux solaires montent en puissance sur le Vieux continent. L'énergie solaire a ainsi représenté 11 % de la production totale d'énergie dans l'Union européenne en 2024, selon le bilan annuel du think tank Ember. Elle dépasse désormais la production du charbon.