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L’alsacien Socomec change d’échelle industrielle
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L’alsacien Socomec change d’échelle industrielle

Porté par l’essor des data centers, de l’intelligence artificielle et des infrastructures critiques, le groupe familial alsacien Socomec, spécialisé dans les équipements électriques, accélère simultanément ses investissements en Amérique du Nord, en Asie et en Europe. Et doit atteindre dès cette année le milliard d’euros de chiffre d’affaires.

Ivan Steyert, PDG de Socomec depuis 2010, pilote l’accélération des investissements industriels du groupe en Amérique du Nord, en Asie et en Europe, tout en maintenant Benfeld comme centre industriel historique — Photo : Marine Dumeny

"Le XXIe siècle est celui de l’électrique." La formule d’Ivan Steyert, PDG de Socomec, résume à elle seule le changement d’époque que perçoit aujourd’hui le groupe bas-rhinois. À Benfeld, où est née l’entreprise il y a plus d’un siècle, les investissements s’enchaînent désormais à un rythme inédit. Et les projets s’étendent désormais bien au-delà de l’Alsace, des États-Unis à l’Asie en passant par le Canada.

En quelques mois, le groupe familial alsacien spécialisé dans les équipements électriques pour infrastructures critiques a considérablement accéléré son déploiement industriel mondial. Aux États-Unis, Socomec a inauguré un nouveau site de production de 18 000 m² à Suwanee, près d’Atlanta, dédié notamment aux équipements destinés aux data centers nord-américains. Au Canada, l’entreprise a renforcé son ancrage autour de Toronto avec l’extension de ses capacités industrielles.

Des projets aux USA, au Canada, en Inde et en Chine

En parallèle, le groupe poursuit ses développements en Inde, où il dispose de deux usines, ainsi qu’en Chine. L’Italie continue elle aussi de monter en puissance avec une extension de 3 000 m² en préparation.

"Pour réussir aux États-Unis, il faut être américain. Pour réussir en Chine, il faut être chinois"

Et à Benfeld, berceau historique du groupe, un nouveau site industriel de 16 000 m² doit voir le jour à proximité immédiate du siège.

Derrière cette succession d’investissements se dessine une même logique : rapprocher la production des marchés dans un contexte de forte électrification des usages et de croissance accélérée des infrastructures critiques. " On est dans une phase de forte croissance. On approche du milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2025, avec une croissance de 8 % ", souligne le PDG Ivan Steyert. Une dynamique portée par l’essor des data centers, de l’intelligence artificielle, du stockage d’énergie et, plus largement, par la transformation des réseaux électriques mondiaux.

Produire sur les marchés mondiaux

Le groupe réalise désormais 25 % de son activité en Amérique du Nord, 20 % en Asie et environ 55 % dans la zone Europe-Moyen-Orient. Une nouvelle géographie qui pousse progressivement Socomec à régionaliser son outil industriel et ses capacités de développement.

"Pour réussir aux États-Unis, il faut être américain. Pour réussir en Chine, il faut être chinois", résume Ivan Steyert. Derrière cette approche figure la volonté d’être au plus près des clients, des normes et des marchés, dans un contexte géopolitique plus instable. Produire localement permet de réduire les délais, de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et de contourner certaines barrières commerciales. "Quand on produit aux États-Unis, on n’a pas de droits de douane ", rappelle le dirigeant.

Longtemps concentrés autour de l’Alsace et de l’Italie, les centres de développement et les capacités industrielles se déploient désormais dans l’ensemble des grandes zones de marché.

Socomec compte aujourd’hui 14 usines dans le monde et plus de trente implantations industrielles ou commerciales. Deux usines sont implantées en Inde. Trois au Canada. Deux aux États-Unis. Le groupe dispose également d’une implantation industrielle en Chine dans le cadre d’un partenariat local.

S’adapter aux normes

À Atlanta, où le nouveau site est opérationnel depuis mars 2026, cette proximité devient stratégique. L’usine américaine doit produire des systèmes de transfert statique (STS) et des alimentations sans interruption (ASI), équipements devenus essentiels pour sécuriser les infrastructures critiques.

L’IA change la donne énergétique

Car derrière cette vague d’investissements se cache un autre basculement : celui des usages électriques mondiaux. "On est rentré dans l’ère de l’électricité", insiste Ivan Steyert. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les énergies renouvelables sont désormais devenues la première source de nouvelles capacités électriques installées dans le monde, tandis que la consommation des data centers pourrait fortement accélérer d’ici 2030 sous l’effet de l’intelligence artificielle.

Chez Socomec, les data centers représentent déjà entre 30 et 35 % de l’activité. "L’intelligence artificielle demande des puissances de calcul énormes. D’où la multiplication des data centers", souligne le dirigeant. Cette croissance transforme profondément les besoins électriques. Les infrastructures numériques réclament désormais une alimentation continue, stable et extrêmement sécurisée. Une microcoupure peut interrompre des milliers de serveurs ou perturber des traitements critiques.

Trois spécialisations pour améliorer l’électrique

C’est précisément le cœur de métier du groupe alsacien. Socomec s’est spécialisé dans trois domaines : la coupure, la mesure et la conversion d’énergie. Ses équipements assurent la continuité de l’alimentation électrique dans les hôpitaux, les infrastructures ferroviaires, les sites industriels ou les centres de données. "Partout où l’énergie compte et où elle est critique", résume Ivan Steyert.

Les STS (systèmes de transfert statique) développés par le groupe permettent par exemple de basculer d’une source électrique à une autre en quelques millisecondes, sans interruption d’alimentation. Les ASI (ou onduleurs), elles, stabilisent et sécurisent le courant électrique avant de prendre le relais grâce aux batteries lors d’une panne réseau. "C’est une machine à laver le courant", image le dirigeant.

Tests en cours au "Tesla Power Lab" de Socomec à Benfed (Bas-Rhin) — Photo : Fred Laures pour Socomec

Cette montée en puissance des infrastructures critiques redéfinit progressivement la place de l’électricité dans l’économie mondiale. "C’était autrefois surtout un sujet d’approvisionnement. Aujourd’hui, cela devient aussi un enjeu de souveraineté numérique", glisse Ivan Steyert.

Benfeld reste le centre névralgique

Cette mondialisation industrielle ne signifie pourtant pas un effacement du site historique alsacien. Bien au contraire. À Benfeld, où travaillent plus de 1 400 salariés sur les 4 800 que compte le groupe dans le monde, Socomec poursuit aussi sa transformation avec sa future usine de 16 000 m² prévue aux abords du siège. "L’Alsace reste le cœur battant de l’entreprise", affirme Ivan Steyert, qui tient à la formule.

Le site concentre toujours les fonctions stratégiques du groupe : direction, innovation, finance, systèmes d’information, juridique ou ressources humaines. C’est aussi ici que se déploie progressivement la transformation industrielle engagée par Socomec.

La question de la data

En parallèle, Socomec accélère aussi sur la data industrielle. Les données issues des lignes de production et de maintenance sont désormais exploitées pour piloter la qualité, optimiser les flux ou développer de la maintenance prédictive. " Les outils numériques sont très puissants. Il y a une accélération ", observe Ivan Steyert.

L’automatisation comme condition

Robots mobiles autonomes, cobots, automatisation de certaines opérations répétitives : à Benfeld comme sur ses autres sites, Socomec modernise progressivement ses usines, avec une approche revendiquée comme pragmatique. Les récents investissements dans les cellules robotisées d’ébavurage illustrent cette logique. Déployés pour réduire les gestes répétitifs et les troubles musculosquelettiques, ces équipements automatisent certaines tâches pénibles tout en faisant évoluer les opérateurs vers des fonctions de contrôle, de pilotage ou de supervision.

Sur le site de Benfeld, Socomec a déployé trois nouvelles cellules robotisées d’ébavurage dédiées au traitement de pièces issues de l’injection thermodur — Photo : Marine Dumeny

Le dirigeant insiste toutefois sur une automatisation ciblée. Les équipements produits à Benfeld reposent largement sur des petites séries et des configurations adaptées aux besoins spécifiques des clients, limitant la possibilité d’une robotisation totale. "On automatise, on robotise. C’est une des conditions pour préserver nos emplois industriels. L’emploi industriel se maintient, voire se développe malgré l’automatisation", souligne Ivan Steyert.

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