L’aixois Ecocem inaugure un nouveau laboratoire pour accélérer la décarbonation du ciment
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L’aixois Ecocem inaugure un nouveau laboratoire pour accélérer la décarbonation du ciment

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À l’occasion de son 25ᵉ anniversaire, le groupe Ecocem, pionnier du ciment bas carbone installé à Aix-en-Provence, inaugure un nouveau laboratoire de recherche et d’innovation. Un investissement de 10,5 millions d’euros destiné à perfectionner ses technologies et à industrialiser la prochaine génération de ciments décarbonés.

Ecocem a investi 10,5 millions d’euros dans un nouveau laboratoire d’innovation à Chilly-Mazarin au sud de Paris — Photo : Ecocem

Après vingt-cinq ans d’existence, Ecocem France (137,7 M€ de CA en 2024, 230 salariés, dont 90 en France), filiale du groupe familial indépendant franco-irlandais Ecocem Ireland Limited, passe à la vitesse supérieure. Celui qui s’est imposé comme pionnier du ciment bas carbone, avec deux usines à Fos-sur-Mer et Dunkerque, vient d’achever la construction d’un nouveau laboratoire d’innovation à Chilly-Mazarin au sud de Paris.

Un investissement de 10,5 millions d’euros

Avec 2,5 % de son chiffre d’affaires réinvestis chaque année dans la recherche et l’innovation grâce à un contrôle de son board et de son actionnariat, l’industriel a entièrement autofinancé ce nouveau site de 10,5 millions d’euros. À la pointe de la technologie, il compte trois zones d’activités : une première dédiée au béton, équipée de machines pour évaluer sa durabilité, une deuxième destinée aux mortiers industriels, et une dernière consacrée à l’analyse chimique et physique. Équipé d’appareils dernier cri, malaxeurs, broyeurs à boulets et broyeurs de type " orbit " pour les matériaux tendres (calcaire, pouzzolanes…) ou sécheurs à infrarouge, le laboratoire est "l’un des plus complets au monde pour le développement de ciments bas carbone, capable de gérer l’ensemble de la chaîne" et de produire jusqu’à 15 tonnes de ciment test, affirme Roberta Alfani, directrice recherche et innovation d’Ecocem.

Roberta Alfani, directrice recherche et innovation d’Ecocem — Photo : Ecocem

Via ce nouveau laboratoire, Ecocem ne compte pas seulement perfectionner la technologie actuelle mais aussi "créer la technologie de demain, celle d’après-demain et celle d’après-après-demain" explique Conor O’Riain, son directeur général. "Les technologies ACT 2, 3, 4 sont dans les pipelines" confirme Roberta Alfani. Au cœur de l’innovation d’Ecocem, la technologie ACT (Advanced Cement Technology) — qui permet de réduire jusqu’à 70 % les émissions liées au ciment — fait aujourd’hui l’objet de tests dans ce nouveau laboratoire. L’ambition avec ce nouveau laboratoire étant d’aller au-delà de ces 70 % et de préparer la future génération de technologie bas carbone.

Des ambitions industrielles fortes pour la technologie ACT

Le principe de la technologie Act ? Substituer au clinker traditionnel – principal responsable du CO₂ – des matériaux alternatifs disponibles localement, tels que le laitier sidérurgique, les cendres volantes, les argiles calcinées ou encore les roches pouzzolaniques. "L’intérêt d’ACT, c’est qu’elle n’est pas liée à une ressource unique. Chaque cimentier peut l’adapter selon les coproduits ou matières naturelles disponibles dans son pays", souligne Roberta Alfani. La technologie a déjà été testée sur une quarantaine de chantiers en France et en Europe de l’Ouest, dont le village des athlètes des Jeux olympiques de Paris 2024.

"À partir de la fin d’année, nous pourrons nous déployer dans la plupart des applications du bâtiment", ajoute-t-elle. Pour passer à l’échelle industrielle, Ecocem entend collaborer avec les grands acteurs du secteur. "Notre solution doit être massifiable, explique Conor O’Riain. Notre objectif est de travailler avec l’industrie cimentière mondiale pour leur transférer notre technologie".

Via son nouveau laboratoire, Ecocem ne compte pas seulement perfectionner la technologie actuelle "mais créer la technologie de demain, celle d’après-demain et celle d’après-après-demain" explique Conor O’Riain, son directeur général — Photo : Ecocem

Ecocem, qui collabore déjà avec plusieurs industriels de renom – Saint-Gobain, Titan, Cemex France, Bouygues Construction et Vinci Construction –, n’exclut pas d’octroyer des licences de sa technologie et imagine déjà des collaborations techniques avec d’autres acteurs pour accélérer sa diffusion. Le dirigeant, qui dit "ne vouloir travailler en exclusivité avec personne pour pouvoir travailler avec tout le monde", évoque déjà "plusieurs projets en Asie et au Moyen-Orient". Le groupe, qui compte 230 salariés et quatre usines en Europe (France, Irlande, Pays Bas), investit massivement pour déployer cette innovation : 50 millions d’euros à Dunkerque pour construire d’ici fin 2026 la première usine de production d’ACT capable de produire 300 000 tonnes d’ACT/an et 4 millions d’euros à Fos-sur-Mer, son premier site de production situé à proximité des deux hauts fourneaux d’ArcelorMittal.

Soutenu par France 2030 et les collectivités locales, l’industriel prévoit des investissements capex à hauteur de 170 millions d’euros d’ici à 2030 pour quatre nouvelles unités ACT. Ecocem travaille en lien étroit avec les pouvoirs publics pour renforcer le soutien financier à ses futurs sites de production. Objectif visé, une production annuelle d’1,9 million de tonnes de ciment ACT, soit une économie potentielle de 800 000 tonnes de CO₂.

Conor O’Riain, directeur général d’Ecocem — Photo : Bruno Levy

Une recherche de pointe adossée à des partenariats académiques

Pour soutenir ces ambitions industrielles, Ecocem s’appuie sur un écosystème scientifique solide. Implanté sur plus de 7 000 m² à Chilly-Mazarin, dont 3 300 m² dédiés aux laboratoires, son nouveau centre de recherche concentre l’expertise internationale du groupe. Une trentaine d’ingénieurs et de techniciens, issus de dix nationalités, y travaillent déjà. "La plupart ont été recrutés à l’issue de thèses financées par le groupe en partenariat avec des universités françaises et étrangères", souligne Roberta Alfani. Ecocem, qui finance douze doctorants et cinq post-doctorants dans le monde entier, y prévoit encore cinq à six recrutements en 2026. Loin de fonctionner en vase clos, le nouveau laboratoire s’inscrit dans un maillage de partenariats académiques, comprenant deux laboratoires communs avec l’Université Paris-Saclay et l’INSA Toulouse, une communauté scientifique internationale et plusieurs conseillers académiques. "Nous avons construit l’un des programmes de recherche et d’innovation les plus ambitieux au monde pour décarboner l’industrie du ciment", insiste Roberta Alfani.

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