Filiater, qui transforme les déblais en briques, veut se déployer en France
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Filiater, qui transforme les déblais en briques, veut se déployer en France

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La niçoise Filiater fabrique des blocs de construction, directement sur les chantiers, à partir des terres d’excavation. Elle a entamé une année 2026 capitale durant laquelle elle entend déployer son savoir-faire unique en région, malgré les difficultés à trouver des investisseurs.

Filiater fabrique des blocs en terre comprimée à partir de déblais de chantier, utilisés pour ériger des murs porteurs, sans béton armé — Photo : Camille Sonally

Pour connaître l’actualité de la niçoise Filiater, il faut se tourner vers Paris-Saclay, au sud de la capitale où l’EPA (Établissement Public d’Aménagement) du même nom a été retenu comme "démonstrateur de la ville durable" par France 2030. Ainsi cherchait-il "un partenaire industriel pour structurer une filière locale de matériaux de construction bas carbone, en circuit court, à partir des terres excavées du territoire".

Filiater va construire une usine pour transformer et recycler les terres d’excavation du périmètre de l’EPA Paris-Saclay — Photo : EPA Paris Saclay

Un savoir-faire unique

Qui d’autre que Filiater aurait pu remporter cet appel à manifestation d’intérêt, tel que cela a été le cas fin 2025 ? "On n’a pas beaucoup d’équivalents, de vraie concurrence, précise Michel Oggero, géologue de formation, président fondateur de l’entreprise. L’EPA a en quelque sorte imaginé ce que nous proposons." À savoir transformer, directement sur un chantier, terre et gravats issus des déblais en blocs de construction bas carbone ultra-solides. Pas de terre gaspillée à la décharge, pas de va-et-vient de camion. De l’économie ultra-circulaire.

Michel Oggero (3e à gauche) a fondé à Nice l'entreprise Filiater qu'il dirige — Photo : Filiater

Filiater, qui compte une dizaine de collaborateurs, a désormais deux ans pour livrer, début 2028, une usine sur un terrain de 5 000 m2 et qui restera implantée le temps du chantier. Un chantier conséquent puisque "2 millions de m2 de surfaces de plancher restent à bâtir dans le périmètre de l’Opération d’intérêt national".

Lauréat Ademe et Bpifrance

En attendant, Filiater va lancer le développement d'"usines mobiles" dans le cadre du projet baptisé Firmater et du dispositif "Première Usine" porté par Bpifrance et dont il a été lauréat 2024. "L’idée est de développer une mini-usine qui se déplace sur des grands chantiers ou des plateformes de recyclage." Un projet via lequel l’entreprise niçoise vise "un développement national par le biais de la multiplication d’usines sur plusieurs territoires, en commençant par deux ou trois premiers territoires qui sont en train de se dessiner."

Firmater débutera au moment où s’achèvera un autre projet dont l’entreprise a également été lauréate. Il s’agit du projet MacroTerre. Porté cette fois par l’Ademe et démarré en 2020, il a vu la mise au point de sa machine de production de matériaux, la création d’un centre technique près de Grasse ou encore de la construction de démonstrateurs parmi lesquels une maison de santé de 750 m2 à Charleval dans les Bouches-du-Rhône, un campus à Marseille ou des logements à Nice.

Le savoir-faire de Filiater a permis de bâtir la Maison de santé pluridisciplinaire de Charleval, dans les Bouches-du-Rhône, à partir de blocs de terre comprimée et béton de site — Photo : Javier Callejas

Des financements qui se font attendre

2026 sera donc une année intense pour Filiater. "Une année vraiment cruciale, charnière, confie le dirigeant, parce que nous n’avons pas encore passé le pas d’un vrai développement. Nous autofinançons toujours une partie de nos dépenses pour pouvoir obtenir nos remboursements."

Car si l’enveloppe promise (sous forme d’avances que l’entreprise devra rembourser et non de subventions) pour Firmater s’élève à 2 millions d’euros et celle pour MacroTerre à 3,4 millions d’euros, l’entreprise attend toujours de les recevoir intégralement. "L’Ademe a été formidable, les chargés d’affaires sont ultra-réactifs et efficaces, mais le système est ainsi fait : nous devons toujours avancer les dépenses avant de percevoir ces aides qui doivent aider à booster l’innovation."

Le savoir-faire de Filiater est actuellement utilisé pour la construction du campus Omnes Education à Marseille — Photo : Filiater

Et cela est parfois très difficile pour une petite entreprise de garder les reins suffisamment solides pour se permettre d’attendre. "Et lorsque nous recevons un euro d’argent public, nous devons aller chercher un euro d’argent privé. C’est normal et c’est bien, mais trouver des investisseurs ces temps-ci est extrêmement difficile. Ce que l’on fait répond parfaitement à ce qu’il faut faire en matière de développement durable. Il nous faut passer à l’échelle supérieure en termes de moyens pour le déployer comme une boule de neige."

Des collaborations dans le Nord, en Alsace ou près de Lyon

Alors, afin d’essaimer son savoir-faire et accélérer sa croissance pour passer un cap, Filiater a changé son fusil d’épaule et cessé de courtiser des fonds financiers en se tournant vers des entreprises. Et cela semble bien fonctionner. "Nous sommes en pourparlers avec un grand groupe du Nord, qui détient une immense carrière, et avec un autre en Alsace", précise Michel Oggero.

Car recycler les déblais issus de carrières ou de grands terrassements est un des débouchés qui lui permettrait là aussi de s’implanter en régions. Filiater a d’ailleurs commencé à collaborer avec une ETI de la région lyonnaise au sein de laquelle seront fabriquées des briques de terre. La première production est prévue dans le courant de cette année 2026.

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