L’aindinois Trédi muscle la valorisation thermique du réseau de chaleur strasbourgeois
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L’aindinois Trédi muscle la valorisation thermique du réseau de chaleur strasbourgeois

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À Strasbourg, le site de l’entreprise Trédi (siège dans l’Ain), filiale de Séché Environnement spécialisée dans le traitement thermique des déchets industriels dangereux, alimente le réseau de chaleur urbain opéré par R-CUA. Déjà producteur de 48 GWh de chaleur fatale livrés au Port du Rhin, le site vise 70 GWh d’ici 2027, soit l’équivalent de 14 000 logements chauffés.

L’apport au réseau de chaleur se fait exclusivement par transfert thermique, sur le site de Trédi Strasbourg — Photo : Marine Dumeny

Installé sur le Port du Rhin, le site strasbourgeois de Trédi traite chaque année environ 65 000 tonnes de déchets dangereux, liquides, solides ou pâteux. Le site, qui emploie 65 salariés pour 18 millions d’euros de chiffre d’affaires, fait partie des installations classées les plus sensibles de l’Eurométropole. Cette filiale de Séché Environnement (basé en Mayenne), a son siège social dans l’Ain.

Depuis 2023, il est aussi devenu un maillon du réseau de chaleur R-PAS, exploité par R-CUA, qui valorise la chaleur fatale d’industriels du port, d’abord Blue Paper, puis désormais Trédi. En 2024, ce réseau doit franchir les 150 GWh récupérés, l’équivalent de 30 000 logements chauffés, en alimentant notamment le quartier Coop, la clinique Rhéna, les Malteries Soufflet ou encore le siège des Ports de Strasbourg. À l’échelle de l’Eurométropole, les trois réseaux publics (Wacken, Ouest, Strasbourg Centre) totalisent 64 km de canalisations et délivrent plus de 500 GWh par an, soit près de 50 000 logements. L’ambition est de doubler ce volume d’ici 2030, avec 75 % d’énergies renouvelables ou de récupération, contre 43 % aujourd’hui.

Mickaël Sarazin devant le four tournant de Trédi à Strasbourg — Photo : Marine Dumeny

" Notre installation produit dix fois plus d’énergie qu’elle n’en consomme ", souligne le directeur du site strasbourgeois depuis 2024, Mickaël Sarazin, qui y voit " une contribution directe à la décarbonation du territoire ".

Du déchet dangereux à la chaleur utile

Sur le site de Strasbourg, aucun camion n’entre sans certificat d’acceptation préalable. À leur arrivée, les déchets sont échantillonnés ; les premiers résultats tombent au bout de 20 minutes au minimum. Un camion passe environ 1 h 30 sur place, contrôles et déchargement compris.

" Nous traitons exclusivement des déchets dangereux, explique Mickaël Sarazin. Cette contrainte impose une rigueur absolue à chaque étape, mais elle n’empêche pas une valorisation énergétique très performante. "

Les camions passent en moyenne 1 h 30 sur place. 100 % des déchets, liquides ou solides, sont testés à l’entrée — Photo : Marine Dumeny

Une fois déchargés, les déchets sont dirigés vers deux fours rotatifs qui montent à 1 200 °C. Les fumées suivent une séquence serrée : dépollution par réactifs, dépoussiérage, filtration. La chaleur issue de la combustion est captée par deux échangeurs thermiques, puis transmise à une boucle d’eau portée à 150 °C. Par simple échange thermique, sans mélange de fluides, elle rejoint ensuite le hub Quai Jacoutot, puis le réseau de chaleur urbain.

48 GWh aujourd’hui, montée en puissance engagée

Trédi fournit aujourd’hui 48 GWh au réseau R-CUA, l’équivalent de 10 000 logements. L’objectif est d’atteindre 70 GWh d’ici 2027.

Pour accompagner cette montée en puissance, le site a déjà investi 600 000 à 700 000 € dans une première phase : condensateurs, maintenance lourde, calorifugeage des échangeurs, sécurisation des réseaux. Résultat, sur une partie de l'installation: les pertes de chaleur sont désormais limitées à 1 %.

Un des deux condensateurs qui permettent l’échange thermique pour renvoyer la chaleur produite par le site de Trédi quai Jacoutot à Strasbourg, dans le réseau de chaleur R-CUA — Photo : Marine Dumeny

Une phase 2, également de plusieurs centaines de milliers d’euros, est en préparation. " Nous avançons par palier. L’idée est d’optimiser, de réduire les pertes et d’améliorer nos équipements sans jamais arrêter l’activité, qui tourne 24 h sur 24 ", résume le directeur.

Le réseau alimente logements, collectivités et entreprises du port. Certaines modulent leur consommation selon les saisons. "Les malteries, par exemple, utilisent davantage notre chaleur l’été, quand elle est plus compétitive ", précise-t-il.

Un levier de la stratégie bas-carbone de Séché

Séché Environnement s’est fixé en 2022 une trajectoire climatique exigeante : – 25 % d’émissions en France d’ici 2030, et – 40 % chez ses clients tous scopes confondus. La valorisation thermique des déchets dangereux, dont Trédi Strasbourg est l’un des exemples les plus avancés, fait partie des leviers majeurs. L’évolution des seuils réglementaires et l’intégration des meilleures technologies disponibles (BREF) orientent les investissements du site. " La filière du déchet dangereux évolue vite. Les exigences techniques montent en gamme, et nous devons suivre pour rester exemplaires ", conclut le directeur.

Trédi mène par ailleurs plusieurs actions en faveur de la biodiversité : prairies, plantations, nichoirs, interventions d’écologues, collaborations locales engagées dans des démarches Act for Nature.

Sur le terrain, cette ambition se traduit aussi par une réduction progressive du recours à l’enfouissement, désormais fortement taxé, avec une partie des mâchefers envoyés vers des installations près de Nancy. Une manière de rappeler que la chaleur valorisée au Port du Rhin est l’aboutissement d’une filière qui se transforme pour être plus propre, plus sûre… et plus utile au territoire.

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