Derrière le projet de start-up de Laurent Richard, expert en agriculture et en élevage avicole, il y a 27 ans de carrière dans l’agriculture en France et à l’international. Lauréat de la quatrième promotion de La Cabine, le pré-accélérateur de start-up de la CCI Vendée, sa jeune pousse au nom singulier, Vers les poules, pourrait apporter une alternative durable à l’alimentation animale en misant sur les vers de terre, et non plus sur le soja. "Trois actionnaires, dont un géant de la production d’œufs, viennent de rejoindre l’aventure, explique le fondateur. Ils apportent 500 000 euros que je complète avec un emprunt bancaire de 150 000 euros".
Cette levée de fonds est une étape clé pour structurer et déployer la production à l’échelle industrielle de son innovation qui en rappelle d’autres qui ont fait parler d’elle récemment. "Beaucoup de start-up se sont lancées dans l’élevage d’insectes pour l’alimentation animale, dont Ynsect, mais elles ont échoué, rappelle Laurent Richard. Car elles ont oublié un élément essentiel : les poules ne digèrent pas la chitine, qui compose la carapace des insectes, et diminue donc la rentabilité de ces produits et de leurs dérivés. Moi, je me suis simplement demandé ce qu’une poule mange à l’état naturel. La réponse était évidente : des vers de terre." Il ajoute : "dans un ver de terre, tout se mange."
Les paillettes de vers de terre : une alternative naturelle au soja
Aujourd’hui, l’alimentation animale repose majoritairement sur le soja et les acides aminés de synthèse, un modèle critiqué pour son impact environnemental et sa dépendance aux importations. Vers les Poules propose ainsi une alternative avec un concentré de vers de terre, sous forme de paillettes alimentaires destinées aux volailles, porcs et poissons. Avec une teneur en protéines de 64 %, ce substitut permet de réduire la part de soja dans l’alimentation animale : pour un résultat équivalent, seulement 6 à 8 % de concentré de vers de terre suffisent contre 19 à 24 % de soja.
"Notre objectif est de remplacer le soja en apportant une source de protéines plus efficace et surtout plus durable, à un coût comparable. Grâce à notre procédé, on peut produire autant de protéines animales avec beaucoup moins de matière première, et surtout, sans dépendre d’importations", précise Laurent Richard. En réduisant la dépendance au soja importé, Vers les Poules répond aux enjeux de souveraineté alimentaire, tout en proposant une alternative plus respectueuse des écosystèmes, via une solution locale et durable.
Un modèle de production innovant et breveté
L’un des défis majeurs de cette innovation repose sur la production de vers de terre à grande échelle. Actuellement, les lombriculteurs produisent en extérieur, une méthode limitée par les conditions climatiques. Laurent Richard a développé un système breveté de culture en intérieur, basé sur l’utilisation des conteneurs de culture. Dans un milieu nutritif optimisé, les vers grandissent pendant trois mois avant d’être récoltés et transformés en concentré alimentaire. "Ce système permet une production continue et maîtrisée, qui garantit un approvisionnement régulier et stable toute l’année", explique le fondateur.
L’usine sera implantée à La Boissière-de-Montaigu, où les infrastructures existantes seront adaptées pour accueillir ce mode de production innovant. L’objectif est de répliquer ce modèle sur d’autres sites, en utilisant des bâtiments désaffectés ou inexploités pour limiter les coûts d’installation et optimiser l’impact environnemental. La première unité sera installée dans 4 bâtiments de 400 m2 qui n’avaient plus d’usage.
Une démarche d’économie circulaire
Au-delà de redonner une activité à de bâtiments préexistants, Vers les Poules inscrit son projet dans une logique d’économie circulaire, en valorisant les co-produits de l’industrie agroalimentaire pour nourrir ses vers. L’entreprise veut collaborer avec des acteurs locaux, notamment les brasseries, qui produisent d’importants volumes de drêches de bière, mais aussi avec les producteurs de déchets agricoles et alimentaires, ou avec les collectivités publiques qui veulent se débarrasser des algues sur leurs plages. Ces ressources, souvent sous-exploitées, deviennent des intrants précieux pour l’élevage des vers. "Tout ce qui est organique et inutilisé peut servir à nourrir nos trois espèces de vers de terre", souligne Laurent Richard.
Enfin, ce projet ne se limite pas aux volailles. Les perspectives de développement sont déjà dans les cartons, notamment pour le secteur de l’aquaculture, où les alternatives aux farines de poissons sont activement recherchées, mais aussi du côté des porcs qui peuvent très bien assimiler ce type de produits à base de vers. Avec une production prévue d’ici à mars 2026, Vers les Poules entend bien s’imposer comme une référence dans l’innovation alimentaire pour l’élevage, et pas seulement des poules. Il faudra peut-être qu’elle change alors de nom…