Incubée par Eurasanté, dans le Nord, la start-up amiénoise Hékia est née tout récemment, et devrait bientôt déposer les statuts de sa société. Mais son activité a démarré plus tôt, au sein d’Artéka, créé en 2019 à Amiens, spécialisée dans l’imagerie multispectrale et l’intelligence artificielle embarquée. "Nous travaillons dans différents domaines, l’archéologie, le militaire, l’environnement et le médical. J’ai souhaité séparer ce dernier pan dans une entité propre", explique Cyrille Chaidron, le président d’Artéka et d’Hékia. Aux côtés du professeur Mathurin Fumery, gastro-entérologue au CHU d’Amiens, la start-up travaille sur une solution pour diagnostiquer plus rapidement la maladie de Crohn.
En 2022, Cyrille Chaidron avait déjà collaboré avec un professeur du CHU d’Amiens sur une solution pour détecter les cancers de la vessie, en temps réel et sans connexion internet, via une caméra endoscopique et une tablette. Le projet s’est arrêté mais en s’appuyant sur le logiciel développé à cette époque, il a lancé ce nouveau projet pour la maladie de Crohn. Avec de nouvelles difficultés. "Pour la vessie, c’était une détection par caméra endoscopique avec des images fixes et en couleurs. Pour la maladie de Crohn, c’est à partir d’une échographie, une imagerie dynamique en noir et blanc, donc plus difficile à analyser", détaille le dirigeant.
Une levée de fonds en cours
Depuis un an, l’entrepreneur mène une levée de fonds, espérant récolter "plusieurs centaines de milliers d’euros". "Étant archéologue de profession, ne sortant pas d’HEC ou de polytechnique, c’est plus difficile pour convaincre les investisseurs, même si aujourd’hui nous sommes en pourparlers avec des business angels", précise-t-il. S’il est trop tôt pour communiquer un chiffre d’affaires prévisionnel, l’objectif est de commercialiser la solution "le plus rapidement possible" en espérant, à terme, "pouvoir financer une industrialisation".
Un gain de temps pour le diagnostic
À partir d’un modèle d’intelligence artificielle (IA) en open source, il a fallu créer un réseau de neurones, en le nourrissant de plusieurs dizaines de milliers d’images médicales. Les premiers résultats montrent que le logiciel installé sur une tablette, permet de détecter en temps réel, sans connexion internet, la maladie lors de l’échographie. "Ce qui va permettre au médecin de prescrire un traitement au patient, puis de le revoir peut-être un mois plus tard, d’utiliser à nouveau notre solution pour voir l’état de la maladie et ajuster le traitement si besoin, c’est un vrai gain de temps", annonce Cyrille Chaidron.
Une course contre la montre sur l’IA
Une solution qui va entrer dans sa deuxième phase début 2025, avec des essais cliniques. Et en parallèle, Hékia va se pencher sur d’autres cancers, du col de l’utérus et du sein.
"C’est une course contre la montre, car la concurrence est là, insiste Cyrille Chaidron, avec les États-Unis, la Chine, mais aussi l’Inde, un acteur très important dans l’IA". L’entrepreneur et ses deux associés travaillent bénévolement sur le projet, sans salariés. En s’appuyant par ailleurs sur d’autres compétences ponctuellement. "Cet été, nous avons collaboré avec des étudiants stagiaires en IA du Maroc, qui nous ont fait gagner beaucoup de temps", indique le dirigeant d’Hékia. En novembre 2024, deux partenariats ont été noués avec une université et un hôpital du Kazakhstan pour avancer sur la recherche.