Le premier travail de Carborok ? Mettre du CO2 dans des cailloux. C’est ainsi que le vulgarise Fabien Michel, le fondateur et dirigeant de la start-up nantaise. Carborok a été fondée en 2022 telle une marque de la société d’ingénierie et de conseil Voltigital, également tenue par le dirigeant. "Le constat est que les puits de carbone naturels, comme les forêts, ne sont pas suffisants face à l’ampleur de nos émissions. L’objectif est de développer des puits de carbone technologiques", expose Fabien Michel. Avec aujourd’hui trois personnes à bord, l’entreprise vient de recevoir une première unité pilote de minéralisation du CO2. Cette dernière doit pouvoir piéger 20 à 30 tonnes de CO2 par an. Carborok espère vendre dès l’année prochaine des machines avec une capacité 10 à 20 fois supérieure.
D’abord réduire avant de retirer
De manière naturelle, le béton réagit en surface au contact du carbone, et emprisonne ainsi du CO2. "Mais cette réaction prend énormément de temps. Notre dispositif permet de l’accélérer", note Fabien Michel. L’entreprise pourra ainsi vendre ses unités de minéralisation pour les industriels qui veulent compenser leurs émissions. Mais si tous les secteurs sans exception émettent aujourd’hui du carbone à différentes échelles, Fabien Michel ne compte pas répandre sa technologie partout. "Parmi toutes les solutions, le plus efficace reste d’abord de réduire les émissions qui peuvent l’être. Et il reste encore beaucoup de travail sur ce point avant d’imaginer les retirer de l’atmosphère dans un second temps", promeut-il. Carborok ne s’adresse ainsi pas aux gros émetteurs, comme les pétroliers ou les cimenteries qui ont déjà beaucoup à faire avec la capture du CO2. "Nous nous tournons plutôt vers des acteurs comme les banques, les assurances, ou encore certains acteurs aéronautiques", note Fabien Michel. Le béton carbonaté qui sort de ces unités pourra ensuite être réutilisé dans les sous-couches routières par exemple, ou les chantiers de travaux publics.
Des crédits d’élimination
Au-delà de ces ventes, la principale source de revenus pour Carborok proviendra des unités qu’elle exploitera par elle-même. L’entreprise vendra alors des crédits d’élimination de carbone aux industriels. "Nous serons payés pour aller chercher et capturer le CO2 par une industrie qui en émet", synthétise le dirigeant.
"Nos crédits d’élimination coûteront entre 300 et 500 euros par tonne de CO2"
Le dispositif de Carborok se concentre sur le piégeage de CO2 biogénique, soit le carbone déjà capté dans un premier temps par les plantes. "Lorsque l’on plante un arbre, il absorbe et stocke le carbone sur une durée courte. Or, dans un minéral, le carbone est stocké sur une très longue durée", analyse Fabien Michel. Ce piégeage longue durée donne plus de valeur aux crédits d’élimination associés. "Ils coûteront entre 300 et 500 euros par tonne de CO2. Lorsque le CO2 est directement issu de l’air, la tonne peut grimper à 600 euros, car il est très dilué dans l’atmosphère, et le capter coûte cher. Dans les années à venir, le marché va se structurer et les prix auront tendance à baisser", analyse le dirigeant.
Incubé au Village by CA et par Atlanpole, Carborok est présente sur le nouveau site de Cynéo, à Bouguenais.
Porté par Bouygues Construction, ce lieu ouvert début 2025 se veut un point central pour tous les acteurs du réemploi des matériaux du BTP. De quoi trouver quelques cailloux à charger en CO2 pour Carborok.