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Faux départ pour la Forge des Batignolles, qui n’a pas déniché assez de start-up industrielles
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Faux départ pour la Forge des Batignolles, qui n’a pas déniché assez de start-up industrielles

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Lancé en fanfare début 2024, le site de la Forge des Batignolles avait vocation à accueillir des start-up industrielles, avec la promesse d’un lieu foisonnant d’innovation, en leur proposant des ateliers et des bureaux. Après avoir accueilli seulement trois start-up sur des baux précaires, la Forge des Batignolles va finalement se concentrer sur deux grosses entreprises pour occuper ses ateliers.

Le visuel du projet de rénovation de La Forge des Batignolles, à Nantes, portée par Foncière Magellan — Photo : Fonciere Magellan

Les promesses étaient pourtant belles. Dévoilée en grande pompe début 2024, la Forge des Batignolles avait vocation à accueillir des start-up industrielles, et devenir le lieu totem du renouveau industriel nantais. Pour répondre à leur besoin, ce lieu hybride est composé d’un immeuble tertiaire et d’une ancienne halle. Mais le boulet de canon a fait plouf. L’année 2024 n’aura pas été celle espérée. Suite à un manque de candidats, le propriétaire du lieu, la foncière Magellim, a décidé de réorienter sa stratégie vers de plus gros acteurs. "Nous nous attendions à avoir beaucoup plus de start-up intéressées, reconnaît Steven Perron, président de Magellim. Le contexte économique de cette année n’a pas aidé. Les start-up fonctionnent via des levées de fonds, qui ont été plus difficiles à boucler. Cette tendance va se poursuivre en 2025", prévoit-il.

Une sécurisation de l’investissement immobilier

L’investissement dans ce projet se chiffrait à 23 millions d’euros, porté à 60 % par Magellim et à 40 % par la Banque des Territoires. La foncière a donc souhaité sécuriser son investissement dans le lieu, avec l’arrivée de CGI. Fondée au Canada en 1976, l’entreprise de services-conseils en informatique (90 000 salariés dans le monde, 15 000 en France) a signé fin 2024 pour louer 3 700 m² de bureaux, sur les 5 600

m² totaux. Les travaux sont en cours, et l’emménagement est prévu au second trimestre 2025. "L’objectif premier était de réimplanter de la vie sur ce site. Nous devions trouver un acteur fort qui relance la machine", poursuit Steven Perron.

Arrivée d’un industriel de poids

Initialement, c’était La Ville du futur, une filiale d’EP, le start-up studio nantais, qui devait gérer le lieu et l’animation entre les start-up. En l’absence de ces dernières, la Ville du Futur sort de l’équation, au moins temporairement. "Nous reprenons en direct la gestion du lieu. Nous n’avons pas prévu de nouvelles animations tant que les start-up ne sont pas arrivés", confirme Steven Perron. Mais celles-ci ne devraient pas non plus remplir les nefs industrielles, qui jouxtent la partie bureaux. "Aujourd’hui, nous sommes en négociation avec un acteur industriel de poids, qui devrait prendre l’intégralité des nefs industrielles", expose le dirigeant de Magellim.

Des start-up mises à la porte

Néanmoins, l’installation à venir de grosses écuries nécessite des aménagements. Or, trois start-up avaient déjà élu domicile en 2024 à la Forge des Batignolles : Carborok, Redeem Medical, et Re-vert. Installées via des baux précaires, ces dernières s’étonnent d’avoir été mises dehors sans que les périodes de préavis n’aient été respectées. "Les alarmes ont été changées du jour au lendemain, sans explication ni dialogue", regrette encore Clémence Cornet, fondatrice de Redeem Medical. "Nous avons été ignorés. Un courrier aurait suffi pour nous tenir informés, mais nous n’en avons même pas eu", déplore de son côté Fabien Michel, fondateur de Carborok.

L’entreprise avait investi et installé de premières machines dans la halle industrielle, qu’il a fallu démonter illico presto pour les stocker dans un local. Heureusement pour Carborok, l’entreprise a retrouvé un site qui vient d’ouvrir ses portes à Bouguenais, Cyneo. Ce dernier est spécialisé dans le réemploi des matériaux issus du BTP. De son côté, Redeem Medical devrait trouver refuge auprès de l’incubateur du futur CHU nantais, baptisé Gina, et qui doit accueillir ses premiers occupants en 2025.

Des objectifs repoussés, mais inchangés

Magellim ne souhaite pas totalement abandonner le concept d’hébergement de start-up. "Il reste plusieurs centaines de mètres carrées de bureaux qui peuvent toujours être dédiés à cette activité", appuie Steven Perron. La foncière espère que, fin 2025, l’entièreté de son site soit plein. "Nous voyons le bout du tunnel sur cet immeuble, souffle son dirigeant, qui se veut optimiste pour la suite. Les tergiversations de 2024 ne changent pas nos perspectives sur le plus long terme".

40 000 m2

Il faut dire que les ambitions sont de taille. Le dirigeant, qui souhaite garder l’ADN et l’esprit originel du lieu mélangeant start-up et industries plus confirmées a planifié un projet : Forge 2. Sur ce même quartier industriel des Batignolles, l’ambition est de développer 40 000 m2 d’immobilier. Un pôle d’innovation qui pourrait même être complété avec une école d’ingénieurs. "Notre objectif reste la réindustrialisation du territoire. Mais aujourd’hui, il n’y a plus d’immeubles qui sortent de terre. Notre projet est toujours d’actualité, mais nous avons 12 à 18 mois de décalage avec ce que nous prévoyions initialement", précise Steven Perron. Il faudra sûrement que le contexte économique retrouve un certain allant, pour espérer voir ces promesses se concrétiser.

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