Le BTP est en crise ? "Mais nous, on y croit, alors nous nous donnons les moyens de nous développer", affirme Jean-Pascal Leuvrey, le directeur régional de l’agence Grand Est du groupe de BTP Spie Batignolles. Le dirigeant vient d’installer ses équipes de Saint-Avold dans des locaux plus vastes, soit 150 m2 de bureaux et 350 m2 de dépôt, calibrés pour accompagner la croissance de l’activité. Historiquement très implanté à l’Ouest de la France, Spie Batignolles ne réalise que 43,5 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le Grand Est, pour un total de 2,6 milliards d’euros d’activité à l’échelle du groupe, qui compte 200 implantations en France et 21 à l’international.
Vers une agence en "Moselle Nord" ?
Dans la région, Jean-Pascal Leuvrey et ses 150 collaborateurs sont donc en conquête : "2025 aurait dû être une année en croissance, mais vu le contexte, nous allons boucler l’exercice sur un chiffre d’affaires du même ordre de grandeur que l’année précédente", constate le directeur régional. Un palier sur une trajectoire de croissance qui doit permettre au groupe de BTP d’aller chercher rapidement les 50 millions d’euros de chiffre d’affaires. "Voire beaucoup plus", affirme Jean-Pascal Leuvrey.
À court terme, le dirigeant veut en effet densifier le maillage du groupe dans le Grand Est, et implanter une agence en "Moselle Nord". Sans vouloir trop en dévoiler, le dirigeant cible ce territoire, ainsi que la Champagne-Ardenne, comme étant propices à la croissance de l’activité.
18 millions d’euros de travaux de proximité et de services
Pour l’instant, dans le Grand Est, Spie Batignolles s’appuie sur les agences de Nancy, Strasbourg, Mulhouse, Reims et Saint-Avold, agence implantée en 2019 pour couvrir la Moselle Est.
"Notre premier chantier sur ce territoire, c’était en 2012, une commande à 7 millions d’euros pour construire l’usine de confection de sacs de tri par le Syndicat des déchets ménagers de Moselle Est, le Sydeme", rappelle Jean-Pascal Leuvrey. Un premier chantier qui a permis de développer une stratégie mêlant petits chantiers de proximité et gros projets industriels.
"Les chantiers de proximité et de service, réalisés sous notre marque Présance, c’est 18 millions d’euros d’activité", rappelle Benoît Pierre, responsable de l’activité Présance dans le Grand Est. Soit des commandes de 15 000 euros en moyenne, qui permettent non seulement d’alimenter la trésorerie mais aussi de maintenir les équipes au travail en cas de creux.
Des références industrielles sur la plateforme de Chemesis
Dans l’activité de Spie Batignolles dans le Grand Est comme à l’échelle du groupe, les grands projets industriels pèsent 50 % du chiffre d’affaires. "C’est une stratégie d’entreprise que nous voulons inscrire dans la durée", résume Jean-Pascal Leuvrey, qui signe des projets industriels pour des montants compris entre 4 et 5 millions d’euros en moyenne. "Faire un très grand projet pour faire un très grand projet, cela ne nous intéresse pas. Nous souhaitons inscrire notre travail dans la pérennité avec nos clients", insiste le directeur régional.
Du fait de sa présence à Saint-Avold, Spie Batignolles a accompagné le développement de la plateforme Chemesis de Carling Saint-Avold, en Moselle : Arkema, TotalEnergies, GazelEnergies, Afyren Neoxy ou encore Metex Novista ont fait appel aux équipes du groupe de BTP.
Dernière référence en date, la mise en place de quatre colonnes de distillation, mesurant 60 mètres de haut pour 130 tonnes chacune, pour le chimiste français Arkema (21 100 salariés, CA : 11,5 Md€), sur la plateforme Chemesis.
"Sur les 130 millions d’euros d’investissement total dans le projet, notre lot de génie civil n’était pas le plus important. Mais il fallait réussir à la perfection l’installation pour que cette nouvelle unité puisse être opérationnelle", se félicite le directeur régional pour le Grand Est de Spie Batignolles.
À la recherche de la valeur ajoutée
Conforté dans sa stratégie par un carnet de commandes déjà "plein de certitudes" pour 2026, c’est pour 2027 que Jean-Pascal Leuvrey anticipe l’essoufflement. Et c’est pour aller chercher plus de valeur que le dirigeant va rester fidèle à sa stratégie visant à servir l’industrie : "Nous sommes capables d’amener quelque chose en plus sur la transition écologique, avec des solutions de béton bas carbone ou de la préfabrication. Notre capacité à mobiliser les équipes nous permet aussi de proposer des solutions où nous pouvons améliorer le planning. Et c’est un enjeu pour les industriels d’aller vite".
Conscient de la nécessité de se diversifier, Jean-Pascal Leuvrey a aussi repositionné sa direction sur la réhabilitation des bâtiments, pour répondre notamment aux impératifs des bailleurs sociaux.