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"La RSE chez Petit BamBou se mesure aux actions, pas aux labels"
Interview Lille # Numérique # RSE

Vincent Bouton directeur général de Petit BamBou "La RSE chez Petit BamBou se mesure aux actions, pas aux labels"

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Installée depuis peu à Villeneuve-d’Ascq (Nord), la PME Petit BamBou poursuit son développement à contre-courant, sur le marché du bien-être. Aux côtés de son application phare de méditation du même nom, elle investit cette année les domaines du sommeil et de la lutte contre la sédentarité. Son directeur général, Vincent Bouton, défend une approche de la RSE intégrée à son ADN, loin des logiques de certification.

Vincent Bouton (à gauche), directeur général de Petit BamBou, aux côtés de Ludovic Dujardin, président et cofondateur — Photo : Petit BamBou

Pourquoi ce déménagement de Petit BamBou à Villeneuve-d’Ascq ?

Les équipes ont intégré ces nouveaux locaux en décembre 2025. Avec 400 m², ils sont deux fois plus grands que les précédents et même probablement trop grands pour nos 22 collaborateurs, mais c’est un choix assumé. À Tourcoing (Nord), l’espace était plus contraint, avec 170 m². Ici, nous avons plus de lumière, plus de confort. Ce n’est pas un projet de croissance des effectifs, c’est un projet de qualité de vie au travail. Petit BamBou investit dans le collectif.

Votre organisation interne est également atypique…

Notre ambition est de rester sous les 30 collaborateurs d’ici 2030. Au-delà, nous serions contraints de changer de modèle. Petit BamBou ne compte pas de management intermédiaire : chacun est autonome, avec un rôle clair. On parle davantage de coopération que de collaboration. Chaque collaborateur est libre de lever la main pour proposer ses idées. On prend le temps de s’aligner, puis chacun avance. Cela limite les lourdeurs et évite une succession de réunions, de reporting ou de fichiers Excel que personne ne lit…

C’est un modèle à rebours des standards de la tech…

Oui, mais il fonctionne. Petit BamBou réalise un chiffre d’affaires dans une fourchette de 5 à 10 millions d’euros, avec une rentabilité constante depuis la création. Nous n’avons jamais levé de fonds pour nous développer et pourtant l’application est numéro 1 en Europe. Elle compte plus de 12 millions d’utilisateurs dans le monde (contre 5 millions d’utilisateurs en 2020, NDLR), dont environ 7,5 millions en France, soit plus de 10 % de la population. Matthieu Leclercq, membre de la famille fondatrice de Decathlon, est entré au capital en 2021 aux côtés de Ludovic Dujardin, fondateur de Petit BamBou et actionnaire majoritaire. Je pense que son investissement a permis à l’entreprise de ne pas être une victime de la prédation de grands groupes américains. Cela nous permet de rester indépendants et de ne pas subir une pression de croissance à tout prix. Petit BamBou ne réalise d’ailleurs pas de business plan.

Petit BamBou revendique 12 millions d’utilisateurs dans le monde — Photo : Petit BamBou

La croissance est évidemment nécessaire pour pérenniser l’entreprise mais elle est une conséquence de ce que l’on fait, pas une finalité. Et quand Petit BamBou fait de la décroissance, cela veut dire qu’il y a des choses qu’on doit mieux faire, qu’il faut se remettre en question. C’est un modèle inspiré de la méthode Montessori, à l’initiative de Ludovic Dujardin, qui a reçu ce type d’éducation. On ne va pas faire des choses parce que c’est nécessaire, on va faire des choses parce qu’on a envie de les faire

Comment cela influence-t-il vos choix de développement ?

Nous n’avons pas les ressources pour lancer des dizaines de projets en parallèle, donc nous faisons des choix forts, en privilégiant la qualité à la quantité. Par exemple, nous venons de lancer une application dédiée au sommeil. C’est un sujet qui est remonté naturellement chez nos utilisateurs. Le sommeil structure énormément le quotidien, mais il est difficile à appréhender. Nous avons donc conçu une application spécifique, avec des contenus variés : méditation, hypnose, respiration, récits, pédagogie…

Pourquoi créer une nouvelle application plutôt que d’enrichir la première ?

Parce que Petit BamBou est très identifié à la méditation. C’est une force, mais aussi une limite. En créant une application dédiée, nous pouvons traiter le sommeil de manière plus large, sans enfermer l’utilisateur dans une seule pratique. Et surtout, nous ne cherchons pas à multiplier les abonnements : l’accès à ces deux applications est commun au compte de chaque utilisateur. L’enjeu est d’augmenter la valeur perçue, pas de créer de nouveaux revenus à tout prix. Plus de 90 % des utilisateurs ont un compte gratuit, les autres suffisent à faire vivre l’entreprise.

D’autres développements sont-ils prévus ?

Une application autour du mouvement sortira dans les prochains mois. La sédentarité est un enjeu majeur. Nous voulons proposer une approche accessible, sans logique de performance, pour aider chacun à se réapproprier son corps. C’est une continuité logique avec l’attention et le sommeil. À chaque fois, on reste fidèle à notre mission : aider chacun à reconquérir ses espaces, qu’ils soient mentaux ou physiques.

Vous revendiquez une démarche RSE forte, mais sans labels…

C’est un choix assumé, nous ne voulons pas engager de démarche pour devenir une entreprise à mission. Petit BamBou ne veut pas non plus de pin’s B-corp. Nous ne cherchons pas à accumuler des labels pour afficher un engagement. D’autant que les démarches pour les obtenir demandent du temps et de l’argent. Nous préférons investir ces ressources dans des actions concrètes. Ce qui compte, ce n’est pas de dire qu’on est engagé, c’est de l’être réellement.

Comment cet engagement se matérialise-t-il en dehors du volet RH ?

Nous avons créé en 2024 un fonds de dotation, la Petit BamBou Foundation, financé à 100 % par l’entreprise, avec au moins un million d’euros sur cinq ans. C’est un véhicule entièrement philanthropique, sans objectif économique. La fondation porte notamment une plateforme gratuite pour les enseignants, utilisée à ce jour par plus de 10 000 d’entre eux, pour soutenir le développement des compétences psychosociales chez les enfants.

Pourquoi rester discret sur ces actions ?

Parce que nous ne voulons pas en faire un argument marketing. Il y a un risque de transformer ces démarches en outil commercial, cela pourrait s’apparenter à du greenwashing. La RSE n’est pas un sujet à part chez nous : elle irrigue l’ensemble de notre modèle, de notre organisation à nos produits. C’est une cohérence globale, plus qu’un discours.

Lille # Numérique # RSE # Qualité de vie au travail # PME