Installé dans l’ancienne usine historique de Bull, construit en 1962, le site de la filiale d’Atos Eviden à Angers est en pleine mutation. Le projet d’une nouvelle usine avait été lancé il y a trois ans et il s’est maintenu, contre vents et marées, et les difficultés qu’a connues le géant français de l’informatique n’ont pas modifié sa trajectoire. La première partie du futur équipement industriel sera opérationnelle fin 2025.
Une usine de 20 000 mètres carrés
Pour Vincent Sarracanie, le directeur du site Eviden d’Atos à Angers, le projet de cette usine du futur n’a jamais été remis en cause. Lorsqu’il s’est agi en effet il y a quelques années de réfléchir à un nouvel écrin pour l’actuelle unité, qui abrite le seul site de production de supercalculateurs en Europe, le choix a rapidement été fait de rester à Angers. "Il a été décidé de se réinventer sur place, indique le dirigeant, en reprenant une friche, en démolissant et en reconstruisant. Il n’y a donc aucune artificialisation des sols puisque nous restons sur le site."
Des bâtiments attenants aux actuels locaux hébergeant Atos ont été détruits et la construction d’une nouvelle usine est en cours. Au total, le site se déploiera sur 20000 mètres carrés. Une première moitié, qui accueillera la production, sera terminée cet été et opérationnelle en fin d’année. Ensuite, l’actuel bâtiment de production sera détruit puis on construira à la place la partie logistique du site, qui sera totalement terminée en 2027.
Un investissement de 80 millions d’euros
Actuellement, l’usine Eviden du groupe Atos occupe à Angers 28 000 mètres carrés de locaux sur deux niveaux et emploie 250 personnes. Le nouveau site sera accolé au centre mondial d’essai des supercalculateurs, inauguré en 2019 "L’usine, totalement de plain-pied, disposera notamment d'un bâtiment de stockage de grande hauteur et d'une surface de production qui sera augmentée de 40 %, explique Vincent Sarracanie, L’enveloppe prévue, s’élevant à 80 millions d’euros, sera respectée. Elle intègre le coût de la construction et de tous les équipements et infrastructures."
Construit en béton bas carbone, le site, dont l’électricité sera fournie en énergie renouvelable, se veut respectueux de l’environnement, avec une surface d’espaces verts multipliée par 8, et le raccordement au réseau de chauffage urbain installé à proximité. La chaleur produite par la production des serveurs et supercalculateurs y sera réinjectée, permettant de chauffer l’équivalent d’environ 600 maisons.
Supercalculateurs, serveurs d’entreprises et cybersécurité
L’usine d’Angers du groupe Atos est le seul site qui produit des supercalculateurs en Europe, sur un marché mondial où la concurrence est très limitée. C’est aussi l’enjeu de souveraineté et la spécificité de cette production qui a permis de ne pas remettre en cause la construction d’un nouveau site. "Ce projet était indispensable et il porte un retour sur investissement, indique Vincent Sarracanie. Il s’autofinance en nous apportant des capacités de production supplémentaires. Pour l’instant, nous n’envisageons pas de recruter mais nous le ferons en fonction de l’augmentation de nos marchés. C’est le plan de commandes qui décidera de l’augmentation de nos effectifs." Aujourd’hui, les supercalculateurs représentent 60 % de l’activité du site d’Angers, avec des clients majoritairement en Europe mais également au Brésil et en Inde. Le reste de l’activité se répartit pour 35 % dans la conception et la production de serveurs d’entreprises et pour 5 % dans l’activité de cybersécurité.
Résilience
Durant la crise qu’a traversé le groupe Atos jusqu’à la restructuration financière du groupe opérée en décembre dernier lui offrant maintenant une réelle visibilité, le site d’Angers n’a été que peu impacté. "Nous avons toujours eu de l’activité, analyse Vincent Sarracanie, en particulier sur les supercalculateurs. La production de serveurs d’entreprises a ralenti mais nos plus gros clients ont continué à nous faire confiance et la charge de travail dans l’usine a toujours été bonne. Le climat est également demeuré serein, les gens ont été résilients et la construction de l’usine a aussi montré qu’on ne s’arrêtait pas. Désormais, le destin est entre nos mains."
Ordinateur quantique
Le destin du site passera évidemment, dans un domaine où les technologies évoluent très vite, par l’innovation : pour preuve, l’installation récente dans l’usine angevine d’un ordinateur quantique, IQM Spark. Conçu pour la formation et la recherche, il va permettre aux utilisateurs et clients du groupe de mener à bien des expérimentations.
"Centres de recherche, universités et acteurs industriels pourront ainsi mieux appréhender et comprendre les technologies d’informatique quantique et découvrir, entre autres, les différentes approches de programmation, les modèles de bruits ou encore les contraintes d’utilisation", explique Eviden dans la présentation de cet équipement. Il s’agit avant tout de donner aux clients d’Eviden l’accès à cet environnement nouveau, la filiale d’Atos ayant inscrit dans sa feuille de route quantique l’engagement de "rendre ces technologies plus accessibles et de favoriser leur adoption."