La consommation en eau du groupe Cristal Union ((2 000 salariés ; CA : 2,8 Md€) est passée de 10 millions de m3 en 2010 à 2,5 millions de m3 en 2024. Pour quelles raisons le site alsacien de Cristal Union doit-il suivre le mouvement et réduire sa consommation en eau ?
Les industriels en général doivent changer radicalement d’approche sur la consommation de l’eau. Pendant très longtemps en Alsace, la question de l’eau était un impensé dans l’industrie. La nappe phréatique sous nos pieds était vue comme une ressource inépuisable, une véritable richesse abondante. C’était la solution la plus simple pour prélever de l’eau et il n’y avait pas vraiment de stratégie mise en place pour préserver cette ressource. Aujourd’hui, le réchauffement climatique est à notre porte. Depuis quelques années, des arrêtés préfectoraux interdisent le prélèvement en eau dans certaines régions à cause des sécheresses. Ce sont de véritables alertes. Face aux changements climatiques, l’ensemble des ressources sont menacées, il faut prendre des mesures et s’adapter pour pouvoir continuer à exercer nos activités.
Comment comptez-vous réduire votre consommation ?
L’eau représente près de 75 % de la composition de la betterave sucrière. Nous pouvons récupérer entre 560 et 600 litres d’eau par tonne de betterave qui entre dans l’usine. Cette eau peut être valorisée, utilisée à bon escient dans notre processus de production pour remplacer l’eau prélevée dans la nappe phréatique.
Vous arrêtez donc tout prélèvement dans la nappe phréatique ?
Pas exactement, nous visons une diminution de 90 % des prélèvements. L’incorporation d’eau de la nappe phréatique est nécessaire dans la fabrication du sucre liquide. L’eau de betterave ne pourra pas la remplacer. L’objectif est de limiter la consommation d’eau de l’usine à 200 000 m3 par an à partir de 2026. En 2024, nous avons consommé 920 000 m3 d’eau. En 2010, c’était plus de 3 millions de m3.
Qu’est-ce que cela implique pour l’organisation de la production de sucre sur votre site ?
C’est une nouvelle organisation du circuit de production, avec notamment le passage d’un circuit ouvert à un circuit fermé, pour intégrer le condensat de betterave dans différents usages. Par exemple, avant chaque campagne, nous devons lancer à vide notre processus pendant deux jours. À partir de 2026, nous utiliserons l’eau de la campagne précédente, stockée dans des bassins, pour réaliser cette tâche, soit 40 000 m3 d’économisé rien que sur cette partie du processus. Par ailleurs, l’excédent d’eau issu du processus de fabrication ne sera plus rejeté dans le Rhin. Nous sommes en train de réfléchir à un partage de la ressource avec d’autres industriels voisins ou pour des usages agricoles comme l’irrigation, comme c’est déjà le cas dans plusieurs autres sites du groupe.
Quand ces mesures doivent-elles débuter ?
En réalité, la réutilisation de l’eau de betterave a déjà commencé depuis le début d’année 2024. Cela devrait nous permettre d’économiser 300 000 m3 d’eau dès cette année 2025. Les investissements portent déjà leur fruit.
Lors de la signature de votre partenariat avec l’agence de l’eau Rhin-Meuse en décembre, Cristal union a annoncé un investissement de près de 10 millions d’euros sur son site d’Erstein, dont 3,7 millions financés par l’agence de l’eau. Concrètement, comment ces 10 millions d’euros seront-ils utilisés ?
Ce chiffre est en réalité un chiffrage indicatif. Il y a bien une feuille de route des solutions envisagées, mais les investissements prévus ne sont pas figés. Nous recherchons les meilleurs moyens d’optimiser la production de l’usine, des solutions avant tout adaptées au territoire et au site. Le montant peut donc évoluer en fonction des solutions qui vont être mises en place. La sauvegarde des ressources n’est pas une question financière, l’eau est un préalable à toute activité de l’usine. La pérennité du site est indissociable de notre autonomie en eau. Ces investissements concernent des modifications d’infrastructures déjà existantes comme la conversion de bassins pour assurer la décantation de l’eau de betterave, la création de nouvelles installations comme des biopurificateurs par exemple, de l’optimisation de certains processus pour la réorganisation du circuit, etc. Cet investissement englobe tous les leviers possibles. Ce qui est sûr, c’est que tout doit être réalisé pour la fin 2026. C’est notre engagement auprès de l’agence de l’eau.
D’autres actions doivent-elles être engagées avec ce partenariat ?
Nous avons également une mission de conseils auprès des agriculteurs pour réduire l’utilisation des intrants dans la production de betterave. Notre objectif est évidemment de faire le maximum pour conserver une qualité et des cultures en bonne santé tout en protégeant la ressource en eau. Un autre axe de travail en commun avec l’agence de l’eau Rhin-Meuse concerne la biodiversité. Nous nous sommes engagés à la sauvegarde de la faune et de la flore qui entourent le site d’Erstein, notamment les oiseaux migrateurs qui s’arrêtent à proximité des bassins.