Loin d'être imposée par le haut, la définition des normes relève de plus en plus d'une réelle collaboration entre ergonomes et entreprises. «Une des forces de notre métier, c'est d'être un "facilitateur". Nous venons partager nos connaissances mais aussi apprendre le métier de l'entreprise, de manière très concrète, pour pouvoir travailler ensemble, dans une neutralité bienveillante. L'ergonomie trouve tout son sens dans cette complémentarité», explique Jean-Pierre Zana, ergonome expert-conseil à l'INRS.
Concertation
Exemple de l'importance de ce travail de coopération: la création de la norme Afnor NF X 35701 qui définit les exigences relatives à la conception, aux matériels et aux espaces de travail des caissières et caissiers des grandes surfaces. Elle a pris effet le 29mars dernier. «Voilà un bel exemple de ce sur quoi peut déboucher une vraie collaboration entre industriels, fabricants et ergonomes», se félicite Jean-Pierre Zana. Au total? 40 acteurs incluant distributeurs et fabricants ont collaboré à la définition de cette norme. En 2010, les troubles musculo-squelettiques représentaient environ 85% des maladies professionnelles, la grande distribution étant un des secteurs les plus concernés, rappelle l'Afnor. La cause: les 200.000 caissiers et caissières de France travaillent souvent dans des positions inconfortables, causant à terme de sérieux problèmes de santé, (tendinites, mal de dos et de cervicales, syndrome du canal carpien, stress...). Un phénomène qui n'échappe pas aux employeurs qui se rapprochent des experts en ergonomie. «Plusieurs grands distributeurs nous ont contactés en 2006 sur le problème de la conception des postes d'encaissement, raconte Jean-Pierre Zana. Nous avons alors travaillé à des analyses biomécaniques qui ont conduit à une première étude, puis une deuxième pour finalement déboucher sur la norme, qui est un référentiel.» Résultat: les professionnels ont désormais à leur disposition un document normatif répertoriant les principes ergonomiques à respecter pour la conception des postes de caisse. La norme fournit également une trame pour l'évaluation du confort et de la sécurité des caissières et caissiers. Autre exemple: la définition de la norme européenne NF X35-109, relative au port des charges par les travailleurs, norme adoptée en 2009 et révisée en novembre dernier. Sa principale nouveauté est de fixer un poids sans distinction de sexe (précédemment 15kg pour les femmes et 25 pour les hommes). Là encore, professionnels et ergonomes ont travaillé main dans la main. «Nous avons discuté avec les maçons, par exemple mais aussi avec les fabricants pour s'interroger sur les conditionnements et inciter à l'utilisation de big bags permettant la mécanisation des charges lourdes.»
Études plus concentrées, plus ciblées
Des rencontres de présentation de la version révisée sont actuellement organisées en région par l'AFNOR pour permettre aux acteurs de terrain de bien en mesurer sa valeur et comprendre son usage à travers des témoignages. Le resserrement des budgets a peut-être en ce domaine un effet bénéfique. «Les entreprises n'ont plus les moyens de s'offrir 36 jours de consultant. Nous faisons désormais des études plus concentrées, plus ciblées. Ça devient du sur-mesure», souligne Jean-Pierre Zana.
La notion d'ergonomie au travail est de plus en plus intégrée chez les concepteurs de lieux professionnels, même si elle n'est pas toujours systématiquement mise en oeuvre.