Spécialisé dans le marché des voiliers de grande croisière, Grand Large Yachting affiche une forte croissance économique, depuis sa création en 2004 à Cherbourg, avec un chiffre d’affaires ayant progressé en moyenne de 31 % par an. Sa recette ? Racheter et restructurer des chantiers en difficulté, tout en combinant acquisitions ciblées, développement organique et innovation. L’entreprise compte aujourd’hui 1 100 salariés pour un chiffre d’affaires de 123,4 millions d’euros, dont 80 % réalisés à l’international. Chaque année, le groupe commercialise une centaine de voiliers, monocoques et catamarans, sous ses différentes enseignes. À ce jour, plus de 1 500 unités ont été construites et le catalogue compte plus de 19 modèles.
Revitalisation des chantiers et reprise de marques existantes
Les deux fondateurs établissent une stratégie qui repose sur la reprise de marques existantes avec un savoir-faire et des équipes solides. En reprenant des chantiers en difficulté et en redonnant vie à des marques emblématiques, ils réussissent à bâtir un véritable empire naval.
L’aventure débute en 2003 à Cherbourg avec la création d’Allures Yachting. Passionnés par la voile et l’aventure, Xavier Desmarest et Stéphan Constance, amis d’enfance et ingénieurs centraliens, se lancent dans leur aventure entrepreneuriale et fondent Grand Large Yachting. "À l’époque, nous partions de zéro : pas de chantier, pas de marque, pas même de design de bateau… Pour beaucoup, c’était une folie ! Ce qui nous unissait, c’était avant tout notre passion pour la voile et l’aventure", raconte Stéphan Constance, président du groupe Grand Large Yachting. Ce premier succès encourage les deux entrepreneurs à poursuivre leur expansion. En 2007, ils rachètent Outremer, un chantier spécialisé dans les catamarans de croisière en composite de 45 à 60 pieds, basé à La Grande-Motte. Lors de son acquisition, l’entreprise réalisait un chiffre d’affaires de 1,7 million d’euros. Aujourd’hui, il dépasse les 40 millions.
Intégrer de nouvelles expertises
Grand Large Yachting a ensuite poursuivi son expansion à travers une série d’acquisitions stratégiques. En 2010, le groupe rachète Garcia Yachting à Condé-sur-Noireau, dans le Calvados, suivi en 2013 d’Alumarine Shipyard, situé à Couëron, près de Nantes (Loire-Atlantique), aujourd’hui dédié à la production aluminium pour les marques Allures et Garcia. En 2015, il intègre Ocean Voyager, un chantier spécialisé dans le "day-charter". Fondé en 1997 par CIM, celui-ci conçoit et fabrique des catamarans de 52 pieds et plus, capables d’accueillir de 20 à 140 passagers pour des sorties à la journée.
En 2016, Grand Large s’attaque à un autre segment avec le rachat de Gunboat, marque emblématique de catamarans de performance alors en difficulté aux États-Unis, qu’il relocalise à La Grande-Motte (Hérault). Pour renforcer son savoir-faire, le groupe opte pour une stratégie de diversification en intégrant de nouvelles expertises. Cette même année, il internalise une menuiserie spécialisée en agencements nautiques avec l’acquisition de Griffon Marine à Chambretaud, en Vendée, ainsi que Shoretam, entreprise experte dans l’étude et la fabrication d’outillage et de pièces composites en petite série près de Caen. Une unité de production à Canet-en-Roussillon, près de Perpignan, vient compléter ces investissements. En 2020, c’est le chantier rochelais RM Yachts, réputé pour ses voiliers de croisière rapide en contreplaqué époxy qui est repris.
Soutenu financièrement par plusieurs investisseurs
"Notre objectif n’est pas simplement de récupérer du chiffre d’affaires, mais de redonner vie à des chantiers en difficulté en relançant leurs marques."
Dès ses débuts, le groupe bénéficie du soutien de l’Anvar (Agence nationale de valorisation de la recherche) et de financements de Bpifrance, qui lui accorde régulièrement des crédits à taux bonifiés pour accompagner l’innovation. Présente depuis 2019, la société de gestion Pechel Industries Partenaires soutient la croissance de Grand Large Yachting jusqu’en septembre 2023, où elle s’en va. Cette même année marque une nouvelle étape avec l’entrée de nouveaux investisseurs : Épopée Gestion et iXO Private Equity rejoignent Raise Invest, entré au capital lors de la reprise de Marsaudon Composites à Lorient. Cette acquisition permet au groupe d’intégrer la marque ORC à son offre de catamarans.
Malgré ces augmentations de capital successives, les deux fondateurs conservent le contrôle de l’entreprise. Après l’entrée de Raise Invest, Xavier Desmarest et Stéphan Constance détiennent toujours 50,1 % des droits de vote, garantissant ainsi la continuité de leur vision entrepreneuriale. Mais leur stratégie de développement ne se limite pas à l’acquisition d’entreprises, ils misent avant tout sur une croissance organique. "Notre objectif n’est pas simplement de récupérer du chiffre d’affaires, mais de redonner vie à des chantiers en difficulté en relançant leurs marques. Notre priorité absolue est d’accroître nos capacités de production. Actuellement, nous ne parvenons pas à satisfaire tous nos clients, ce qui entraîne des pertes. Certains clients, dont les projets ne correspondent pas à nos délais de livraison, se tournent vers d’autres options, et c’est particulièrement frustrant pour nous", ajoute Stephan Constance. En optimisant les services supports, en mutualisant les fournisseurs et en rationalisant les processus de fabrication, le groupe a su structurer son développement. Ses collaborations avec des architectes navals de renom ont également renforcé l’expertise, en les faisant devenir un acteur incontournable du marché de la grande croisière.
Un positionnement premium sur un marché exigeant
"Nous ne fabriquons pas de bateaux en stock, chaque projet est unique et pensé selon les besoins et les aspirations de nos clients"
Alors que la construction navale traverse une période incertaine, Grand Large Yachting réussit à maintenir son cap en se démarquant par une approche sur-mesure. L’entreprise, qui compte désormais 1 100 salariés contre 850 en 2023, fabrique principalement des voiliers de moins de 24 mètres. Positionnée sur un segment premium sans pour autant verser dans l’ultra-luxe, elle répond aux attentes d’une clientèle exigeante en concevant des unités entièrement personnalisées. "Nous ne fabriquons pas de bateaux en stock, chaque projet est unique et pensé selon les besoins et les aspirations de nos clients", souligne le chef d’entreprise.
Bois, aluminium, composite, carbone ; monocoque ou catamaran : il s’adapte à toutes les demandes. Chaque projet est conçu en fonction du programme de navigation envisagé, du nombre de passagers, de la durée du voyage et des besoins spécifiques des propriétaires. Si les premiers prix commencent autour de 200 000 euros, le prix moyen pour accéder à un voilier de grande croisière est d’environ 1,5 million d’euros, mais peut rapidement grimper jusqu’à 20 millions d’euros pour les modèles les plus exclusifs.
S’ouvrir à une nouvelle clientèle internationale
La clientèle, composée majoritairement de quadragénaires et quinquagénaires passionnés, recherche des bateaux conçus comme de véritables maisons flottantes. Que ce soit pour un tour du monde en famille ou comme pied-à-terre pour du cabotage dans les Caraïbes, ces unités offrent tout le confort moderne et sont équipées des dernières technologies. Ce public exigeant est composé à 80 % d’acheteurs étrangers, avec en tête les Américains, suivis par les Européens, notamment les Français, les Allemands, les Britanniques et les habitants des pays du Nord, ainsi que des Australiens et des Néo-Zélandais séduits par l’expertise du groupe.
Conscient des opportunités à l’échelle mondiale, Stephan Constance souligne l’importance de poursuivre l’expansion internationale du groupe, notamment aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et au Japon.
Se préparer aux défis de demain
Le groupe investit dans l’innovation pour concevoir les voiliers du futur. "Nous réfléchissons à la mise en œuvre d’une aile gonflable qui pourrait allier la simplicité d’un bateau à moteur à l’expérience d’un voilier", explique Stéphan Constance. Parallèlement, il explore l’utilisation de matériaux biosourcés, notamment avec la construction d’un bateau intégrant 50 % de lin pour le navigateur Roland Jourdain. Ce défi technique majeur soulève des contraintes importantes, notamment en matière d’étanchéité.
L’électrification des navires fait également partie des axes de développement. Des essais sont en cours sur les modèles Outremer 4X ainsi que sur les Garcia Exploration 45 et 52, ouvrant la voie à une propulsion plus durable et respectueuse de l’environnement.