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La croissance des entreprises françaises du numérique s’essouffle
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La croissance des entreprises françaises du numérique s’essouffle

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Les incertitudes politiques et économiques freinent la croissance des entreprises du numérique en France. Selon Numeum, le marché tricolore devrait croître de seulement de 3,5 % cette année, près de deux fois moins qu’en 2023.

Le segment le plus dynamique est celui des éditeurs de logiciels et des plateformes cloud, dont la croissance est estimée à 8,2 % en 2024 — Photo : DR

La croissance des entreprises du numérique sera bien moins forte que prévu. Elle devrait s’établir à 3,5 % sur l’année, selon les estimations de Numeum, la première organisation des professionnels du secteur en France, avec 2 500 entreprises adhérentes. Cela reste plus de trois fois supérieur à la croissance du PIB français. Mais, ce niveau de croissance est largement inférieur à celui enregistré en 2023 (+ 6,5 %). Et il reste très en deçà des prévisions. En juillet dernier, le syndicat patronal tablait encore sur un marché en progression de 5,8 %.

L’édition de logiciel et le cloud en forte croissance

Le segment le plus dynamique est celui des éditeurs de logiciels et des plateformes cloud, dont la croissance est estimée à 8,2 % en 2024. La croissance est beaucoup plus molle pour les entreprises de conseil en technologies (+ 1 %) et pour les entreprises de services du numérique (+ 0,7 %).

Dans un marché tricolore du numérique évalué à 69,4 milliards d’euros, le segment des ESN reste le plus important (50 % du marché), devant celui des éditeurs (39 %) et les activités d’ingénierie et de conseil (11 %).

Le poids de l’incertitude

Ce qui explique l’essoufflement général du marché en 2024 ? "Les incertitudes économiques et politiques", répond Numeum. Le climat d’instabilité "pèse sur la capacité des entreprises à anticiper et planifier leurs investissements".

"Le premier frein à la croissance du secteur n’est plus la capacité à acquérir de nouveaux talents"

Pour Numeum, le marché du numérique fait face à un changement de paradigme. "Le premier frein à la croissance du secteur n’est plus la capacité à acquérir de nouveaux talents, mais bien à identifier les opportunités d’affaires sur le marché", estime le syndicat patronal.

Ralentissement des recrutements

La bataille pour acquérir des talents s’est grandement calmée. Le secteur fait face à un net ralentissement de ses recrutements. "Près de 30 % des entreprises déclarent avoir réduit leurs recrutements ou ne pas en avoir effectué du tout", rapporte Numeum. C’est trois fois plus qu’en 2023. Résultat : les jeunes diplômés rencontrent davantage de difficultés à s’intégrer sur le marché de l’emploi. Tout comme les personnes en reconversion professionnelle.

4,1 %

Dans ce contexte teinté d’incertitudes, le syndicat patronal reste prudent pour 2025. Il prévoit une croissance de 4,1 % pour le marché du numérique. Un mauvais signal pour le marché mais aussi pour les entreprises françaises en général, estime la présidente de Numeum Véronique Torner : "Il est impératif que les entreprises continuent d’innover et d’identifier des relais de croissance pour rester compétitives".

Cloud, cybersécurité, big data, numérique responsable : les marchés les plus porteurs

L’économie du numérique tricolore devrait continuer d’être portée l’année prochaine par plusieurs leviers. Les marchés du cloud sont en effet sur une forte dynamique (27 % de croissance en 2024). La cybersécurité devrait également poursuivre sur sa lancée (12 % de croissance en 2024), sous l’effet de la recrudescence des attaques informatiques. Le marché du big data est, lui aussi, en essor (16 % de croissance), la collecte de données permettant aux entreprises de faire faire évoluer leurs modèles économiques. Beaucoup plus confidentiel avec un marché estimé à 900 millions d’euros, le marché des services numériques responsables, qui cherche à concilier transitions digitale et environnementale, affiche aussi une croissance à deux chiffres (+ 27 % en 2024).

L’IA à la peine

Face à ces quatre marchés en forte croissance, celui de l’IA peine à décoller. En 2024, la croissance du marché français n’est que de 5 %, selon Numeum. Pourtant, 47 % des entreprises ayant adopté l’IA générative rapportent une amélioration de leur productivité de 5 à 10 % et 26 % prévoient des augmentations supérieures à 11 %. Des freins à l’adoption de l’intelligence artificielle demeurent toutefois. Les entreprises peinent à identifier les bénéfices ou font face à une pénurie de compétences pour la mettre en œuvre.

Cela doit amener les éditeurs de logiciels à se transformer en profondeur afin que les entreprises du numérique puissent apporter des solutions clés en main, note Numeum. "Cette évolution nécessite des investissements conséquents en recherche et développement qu’il est essentiel de soutenir par des dispositifs d’aide à l’innovation".

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