Le site Thales de Troyes double sa surface de production, en passant de 2 700 m² à 5 000 m² pour le nouveau site. Les capacités de production seront-elles aussi décuplées ?
Notre but est d’augmenter substantiellement nos capacités de production, en réalité d’un facteur supérieur à deux, parce que nous investissons pour le très long terme. Dans l’aéronautique, on investit pour plusieurs dizaines d’années. Si nous savons que notre activité va doubler dans les années qui viennent, dans les faits nous regardons plus loin encore. Le but est de dimensionner le site pour toutes les activités futures, sur les prochaines décennies. Par exemple, aujourd’hui nous avons dans notre usine actuelle deux lignes de production de cartes électroniques. Le nouveau site sera dimensionné pour en accommoder une troisième. Nous n’avons pas besoin d’une troisième ligne pour doubler la production, en revanche nous en aurons peut-être besoin un jour pour aller au-delà du doublement. Nous étions arrivés aux limites d’extension du site, qu’il n’était plus possible d’agrandir. Voilà pourquoi nous avons décidé de déménager.
Quels changements seront apportés sur le nouveau site ?
Nous allons optimiser les flux. L’installation physique ne sera pas exactement la même, bien que ce soit les mêmes moyens de production qui seront déménagés depuis le site actuel et complétés. Un ensemble de modernisations sera apporté, pour plus d’automatisation et plus de fluidité dans la circulation des pièces et des personnes. Le but n’est pas seulement d’augmenter l’espace, c’est aussi d’améliorer le confort de nos employés et optimiser les flux. Nous allons concevoir les flux de manière que nos compagnons fassent ce pour quoi ils ont un savoir-faire unique, c’est-à-dire produire des équipements. Aujourd’hui, certains des compagnons de notre site doivent parfois se lever de leur poste de travail, aller chercher des pièces au magasin et revenir, qui sont des tâches pour lesquelles leur savoir-faire unique de montage d’équipements embarqués n’est pas réellement employé au mieux. Par exemple, nous allons ajouter des chariots automatiques, qui apporteront des pièces depuis le magasin vers les chaînes de production, de manière à faciliter le travail des compagnons. Et d’autres mesures seront mises en place, comme de la digitalisation qui permet d’avoir du zéro papier dans l’usine. Les gammes de montage ou les plans de montage seront digitalisés, permettant un accès beaucoup plus rapide pour chacun des compagnons.
110 collaborateurs travaillent actuellement sur le site troyen. Prévoyez-vous d’autres recrutements ?
Nous sommes dans une logique de très forte croissance de l’activité, multipliée par deux ces trois dernières années. C’est inédit, y compris dans l’aéronautique, qui est pourtant un secteur en forte croissance. Nous nous projetons sur une trajectoire similaire dans les années qui viennent. C’est-à-dire que nous allons encore doubler l’activité dans les cinq à six ans qui viennent. En conséquence nous sommes dans une logique de croissance rapide des effectifs. L’automatisation va permettre de s’assurer que nous concentrons les recrutements à venir sur des personnes pour les tâches qui nous différencient dans notre métier. Les trois dernières années, nous avons embauché environ 10 personnes par an, ce qui n’est pas anodin, sur un total de 110 personnes. Et nous allons continuer sur cette lancée pour les années qui viennent.
Combien l’installation de ce nouveau site vous coûte-t-elle ?
C’est un investissement de l’ordre de 10 millions d’euros. Cela comprend le bâtiment et les nouveaux moyens de production qui seront installés, en plus de ceux qui seront déménagés depuis le site existant. La construction doit démarrer en septembre et nous allons déposer le permis de construire sous peu. Notre calendrier sera naturellement sujet à l’obtention du permis de construire. Si nous obtenons le permis de construire dans les délais prévus, nous commencerons les travaux en septembre, pour une livraison prévue fin 2026 et un démarrage de l’activité début 2027.
Comment explique-t-on la croissance de votre activité ?
La première raison c’est que l’aéronautique est une industrie en croissance. Nous bénéficions directement des montées en cadence de nos clients, par exemple Airbus, Dassault, Boeing, Bombardier, etc. La deuxième raison, c’est que nous sommes positionnés sur des systèmes aéronautiques, dont le marché spécifique est en pleine révolution. Notre marché spécifique à nous, c’est la connectivité des avions, qui permet de plus en plus de nouvelles fonctionnalités : par exemple, grâce à notre système, il est maintenant possible de garantir la connectivité quelle que soit la position de l’appareil, y compris notamment au milieu de l’océan. Par ailleurs, nos systèmes permettent de réduire la charge de travail des pilotes, car ils permettent par exemple une qualité audio exceptionnelle ou l’échange de messages en liaison de données en plus des messages vocaux. Troisièmement, nos systèmes, qui ne sont pas les seuls sur le marché à permettre ces progrès, sont les plus performants du marché en termes de masse, d’encombrement et de performance : c’est d’autant plus important que le poids compte beaucoup pour un avion et qu’en termes d’encombrement la place est précieuse à bord de l’avion. Nous sommes la société de notre marché qui croît le plus vite.
Avant son rachat par Thales en 2024, le site Cobham Aerospace de Troyes avait un chiffre d’affaires en croissance, d’environ 80 millions d’euros en 2023, puis d’environ 100 millions en 2024. L’entreprise devrait donc continuer sur cette trajectoire ?
Nous étions à environ 50 millions d’euros en 2021. Donc, nous avons doublé l’activité en trois ans. Et cela va continuer : nous sommes sur cette lancée pour au moins les cinq ans qui viennent, mais probablement au-delà. Et depuis le rachat de Cobham Aerospace Communications, nous bénéficions de l’effet Thales, qui nous permet d’accélérer sur des sujets importants : par exemple, les embauches. Grâce au nom Thales, nous arrivons à recruter plus vite qu’avant. Autre exemple, grâce au nom Thales, les clients sont également plus rapides à se décider en notre faveur.
Quels systèmes portent votre croissance ?
Nous fournissons deux types de systèmes qui sont extrêmement performants sur le marché. Le premier des deux, c’est le système de gestion audio radio du cockpit, qui permet aux pilotes de converser avec l’extérieur de l’avion. Mais le système qui constitue le moteur le plus puissant de notre croissance, c’est le SAT-COM, qui est l’acronyme pour satellite communication. C’est un système qui permet à l’avion de communiquer avec les satellites. Il permet notamment d’avoir des connexions au-dessus de l’océan. C’est une révolution dans la connectivité des avions. En 2024, nous avons livré un peu moins de 500 systèmes de ce type, contre 200 en 2023. Cette année, nous visons les 700 et nous prévoyons de passer la barre des 1 000 à terme. La connectivité des avions vit une révolution, au sein de laquelle nous allons jouer pleinement notre rôle sur les années à venir. Nous avons un produit qui connaît un succès spectaculaire sur le marché aujourd’hui, mais ce n’est que le début. Il y aura d’autres générations d’avions, d’autres générations de systèmes de connectivité…
Était-ce un choix évident pour Thales de conserver son implantation à Troyes ?
Absolument. Parce que notre succès ne dépend pas seulement de nos produits, mais aussi du savoir-faire, de l’expérience et de l’engagement uniques de nos salariés. Le métier qui concerne le montage d’équipements électroniques de SAT-COM ou la gestion audio radio, demande une grande expérience, beaucoup de savoir-faire et un grand professionnalisme de la part de nos équipes. De plus, l’aéronautique est un monde encadré par des processus très stricts de certification, et de qualification à chaque étape de la fabrication. Et donc il y a toute une expérience de la certification aéronautique à avoir, en plus de l’expérience de savoir fabriquer des équipements électroniques. L’équipe de notre site de Troyes est essentielle à notre succès et à aucun moment, nous ne nous sommes posé la question de ne pas rester à Troyes.
Comment allez-vous trouver de nouveaux profils à recruter dans le bassin troyen ?
La formation dont nous avons besoin n’existe plus sur le marché, puisque la plupart des formations de technicien supérieur, qui étaient jusqu’à il y a une dizaine d’années les pourvoyeurs principaux, n’existent plus. En conséquence, nous recrutons des personnes que nous formons nous-mêmes. Ces profils ont soit une compétence en électronique, soit une compétence en montage et en câblage et en moyens de test. Et nous les formons à la fois à nos produits et aux requis de certification aéronautique. C’est une formation qui dure entre six mois et un an, pour que la personne soit complètement opérationnelle. Il arrive que parfois nous ayons besoin d’un profil très rare et avec un fort passé aéronautique : dans ce cas, nous recrutons hors du bassin de Troyes, dans des bassins aéronautiques, par exemple Toulouse ou Paris. Mais c’est l’exception.