En 2023, l’usine historique de La Confiserie du Tech (100 salariés, CA 2024 : 10 M€) a été modernisée, passant de 2 500 à 4 400 m2 de superficie à Cabestany, près de Perpignan (Pyrénées-Orientales). D’ici la fin 2025, elle connaîtra une nouvelle extension de 1 400 m2 dédiée à la production de chocolats, mais aussi à l’installation d’un circuit de visite, ouvert aux amateurs de tourisme industriel. Ce sera l’occasion, pour le fabricant de biscuits, confiseries, chocolats et pâtisseries, de célébrer "la confrérie du Tech" englobant tous celles et ceux qui ont aidé, depuis les années 1960, à construire l’une de plus belles marques occitanes d’agroalimentaire. "Les touristes pourront découvrir nos procédés de fabrication, mais il s’agit d’abord d’expliquer qui nous sommes. Notre production est industrielle mais la recette est sublimée. Nos produits ne sont pas déshumanisés, et restent artisanaux pour une bonne part", souligne Xavier Danjou, qui incarne la troisième génération à la tête de La Confiserie du Tech.
Un savoir-faire né en Algérie
L’histoire a débuté en Algérie : André Labaume, grand-père du dirigeant, a créé une première activité de fabrication de confiserie, chocolats et tourons, employant jusqu’à 20 salariés. Avec la guerre d’indépendance, il regagne sa terre natale des Pyrénées-Orientales, à Arles-sur-Tech, en 1962, avant d’implanter la PME familiale près de Perpignan en 1964. Dépourvue de boutique, elle travaille d’abord avec des détaillants. Puis, en accumulant les contacts dans le réseau de pâtissiers locaux, elle étend sa gamme, en développant notamment la biscuiterie. "Mon grand-père est un des premiers à fabriquer les rousquilles (célèbre spécialité catalane, NDLR). Ce produit pâtissier sèche avec le temps, or il trouve un procédé pour le conserver", raconte Xavier Danjou.
Le passage à l’échelle nationale
Dans les années 1970, la deuxième génération prend le relais. L’activité, restée locale jusqu’alors, bondit avec la grande distribution. Vers 1975, La Confiserie du Tech prend le virage des supermarchés, et dans les années 1980, celui des hypermarchés. Si bien que la PME catalane est distribuée partout en France, accélérant encore sa croissance dans les années 1990. Mais dans la décennie suivante, la question d’une vente de la société se pose pour la première fois. Après avoir passé 8 ans comme responsable des ventes et du marketing chez l’équipementier automobile Valeco, Xavier Danjou intervient pour la garder dans le giron familial. "Resté très attaché à ce territoire, je voulais faire connaître l’entreprise à mes enfants. J’en ai racheté les parts avec une de mes tantes – qui, à 75 ans, est encore à mes côtés !", sourit Xavier Danjou, devenu président en 2003.
La valorisation de l’ancrage local
La Confiserie du Tech fait alors face, sur le marché national, à des mastodontes comme Lindt et Ferrero. Xavier Danjou décide de garder la production de chocolats en petite configuration, préférant muscler la biscuiterie. Il modernise l’outil de production puis, en 2013, il reprend la marque locale Maison Lor, qui fabrique les mêmes produits avec des recettes différentes. "La clé du succès est de garder la maîtrise de la production, tout en valorisant une identité emblématique des Pyrénées-Orientales", insiste le dirigeant. À ce titre, l’entreprise a été une des premières à être labellisée "Sud de France", marque ombrelle inventée en 2006 par l’ex-président de Région Georges Frêche. Elle l’utilise encore comme vecteur d’ancrage territorial dans sa croissance en France et à l’export.
Le souci de la naturalité
En outre, la certification IFS permet à l’entreprise de signer avec des grands distributeurs et de produire pour eux en marque blanche (20 % du CA à ce jour). De même, elle ouvre un premier magasin à Cabestany en 2005, puis un deuxième à Rivesaltes, créant un nouveau flux de revenus (20 % du CA). Ces lieux de vente directe sont ouverts à de nombreux fabricants locaux (vins, miels, confitures, etc.). Vice-président de la CCI des P-O, figure du patronat catalan, Xavier Danjou se dit attentif à signer des partenariats étroits avec les filières locales : selon lui, "99,9 % des ingrédients" utilisés par La Confiserie du Tech sont d’origine française, soit une vingtaine de fournisseurs au total. "Notre entreprise a évolué sans jamais perdre le souci de la qualité des ingrédients. Nous en limitons le nombre pour mieux maîtriser leur origine. C’est vital à une époque où grandissent les attentes sur la naturalité des produits consommés", juge Xavier Danjou.
Préparer l’avenir
Avec le Covid, puis la guerre en Ukraine, La Confiserie du Tech traverse quelques aléas, dont l’envol du prix des matières premières. Ceux-ci retardent de 3 ans le plan de modernisation de l’usine (coût : 4 M€), pourtant prêt depuis 2020. L’atelier prévu en 2025 (1 M€) permettra de lancer de nouveaux produits en magasins et dans les réseaux de distribution : tablettes de chocolat, biscuits chocolatés, enrobés, rousquilles fourrées à l’abricot, etc. De quoi préparer la relève ? "Mes quatre enfants travaillent tous en dehors du secteur agroalimentaire. Ils sont très intéressés par l’évolution de la société. Toutefois, je ne les pousse pas à reprendre. Ce serait valorisant qu’ils le décident, mais ils doivent d’abord faire leurs preuves ailleurs, car on est toujours "un fils de" qui doit s’affirmer", estime Xavier Danjou. Au-delà du cercle familial, ce dernier se dit soucieux de garder son métier attractif, de "convaincre les jeunes". En créant des parcours de formation au sein du G16, le cluster des industriels catalans. Et en prouvant inlassablement que le goût de l’authenticité rejoint le désir de modernité.