C’est un véritable serpent de mer qui aura fini par aboutir. Lundi 17 mars, la première pierre de la chatière a été symboliquement posée à Port 2000 en présence d’élus et de représentants d’Haropa Port. Cette future digue de 1,8 km, créant un chenal protégé des mauvaises conditions météorologiques large de 100 m, permettra aux bateaux fluviaux de charger les conteneurs transitant à Port 2000, ce qui leur était jusqu’alors quasiment impossible, faute notamment d’être adaptés à la navigation maritime.
Un paradoxe enfin résolu
Cette chatière va enfin résoudre "un paradoxe" rappelé par Florian Weyer, directeur général délégué en charge de la direction territoriale du Havre : les terminaux de Port 2000 - infrastructure inaugurée en 2006 - qui accueillent 90 % des 3 millions de conteneurs transitant par le Port du Havre par an, ne sont accessibles aujourd’hui qu’à moins de 10 % seulement de la flotte fluviale navigant sur la Seine (automoteurs, convois poussés). Estimant que les deux ingrédients indispensables au transport sont la fréquence et la régularité, "cette chatière va nous permettre de retrouver la fréquence avec un accès possible 365 jours par an, 24 heures/24, et ce par toutes conditions météo, ce qu’on ne pouvait pas faire aujourd’hui".
Développer la multimodalité
La part modale actuelle est aujourd’hui massivement assurée par le transport routier (85 %), l’acheminement fluvial représentant 10 % et le ferroviaire, 5 %. "La chatière permettra de décarboner la chaîne logistique en augmentant la part modale des conteneurs qui transiteront par la voie fluviale. Elle renforcera le rôle de la Seine comme corridor logistique vert entre Le Havre, Rouen et Paris", s’est félicité Benoît Rochet, le nouveau président du directoire de Haropa Port.
Les atouts environnementaux sont indiscutables : le transport fluvial étant 4 fois plus efficace énergétiquement que le transport routier et 5 fois moins émetteur de gaz à effet de serre, selon Florian Weyer.
L’objectif visé à l’issue de la construction de la chatière est une augmentation de 50 % du volume de conteneurs qui empruntent le mode fluvial depuis et vers Port 2000, le directeur général délégué Haropa Le Havre se refusant toutefois à donner des projections chiffrées de part modale. Car "elles dépendent beaucoup de l’évolution des volumes sur Port 2000, avec notamment le projet annoncé par TIL MSC (les nouveaux portiques arrivés en automne 2024) et son investissement d’1 milliard d’euros, les volumes de Port 2000 vont mécaniquement augmenter".
Dix ans après les premières études, une première phase de travaux préparatoires d’une durée de 6 mois a déjà débuté à la fin 2024, essentiellement consacrée à la dépollution pyrotechnique -la zone n’ayant jamais été draguée après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale- et à la purge des matériaux ne pouvant supporter la future digue. La livraison de la chatière est attendue pour 2027.
Près de 200 millions d’euros de travaux
Pour financer les travaux chiffrés à 197 millions d’euros, la région Normandie a mis les plus gros moyens sur la table (86,05 M€), Haropa Port consentant à un investissement légèrement moindre (82,45 M€), l’État abondant à hauteur de 3,6 millions d’euros. L’Union Européenne, qui devait initialement investir 24,9 millions d’euros dans le projet, ne devrait que fournir 10 millions d’euros pour cause de retard pris dans le projet. "La seule question à régler, c’est de trouver quelques euros supplémentaires pour boucler le financement de cette opération. Mais je ne doute pas que nous saurons trouver ces moyens dans une révision du contrat de plan, qui arrivera bien à un moment ou à un autre", a souligné Hervé Morin, président de la Région s’adressant au préfet Jean-Benoît Albertini, préfet de la région Normandie et préfet de la Seine-Maritime.