Quelles sont les attentes prioritaires des entreprises adhérentes à l’Union Portuaire Rouennaise (UPR) vis-à-vis de leur ville et de l’agglomération rouennaise ?
Davantage d’implication dans les instances qui président à la prise de décision stratégique sur l’aménagement de notre territoire : c’est-à-dire plus d’implication dans la facilitation à l’implantation d’entreprises (concernant les PLU, accompagnement des entreprises qui souhaitent investir), la simplification du réglementaire à travers les postes occupés par nos élus dans les différentes administrations de conseil, comme le conseil de surveillance du port de Rouen, au sein d’Haropa Port, dont on attend qu’ils défendent les intérêts des entreprises du tissu économique local.
Quel rôle joue la ville au sein de l’administration de l’établissement public qu’est Haropa Port ?
La Ville de Rouen a un poste d’administrateur au conseil de surveillance d’Haropa Port, qui comporte une quinzaine de membres. Elle est donc en capacité d’influencer les orientations stratégiques en tant qu’acteur économique du territoire, au même titre que la Région ou certaines organisations syndicales. Les entreprises privées ne sont pas au conseil de surveillance et nous attendons précisément que la Ville et la Métropole représentent nos intérêts.
"Les PLU peuvent être révisés pour se rendre attractif pour les projets industrialo-portuaires"
De même, Haropa Port a du foncier disponible, prêt à construire ou à aménager, et il est fréquent qu’Haropa Port et la métropole échangent au sujet d’aménagements communs ou procèdent à des reventes entre elles de parcelles de terrain. Ces deux organes communiquent donc correctement, mais nous attendons un fléchage clair des activités possibles sur les terrains encore disponibles. Certains terrains sont favorables à l’accueil d’industries qui généreront des services. Donc, sur l’aménagement territorial, les PLU peuvent être révisés pour se rendre attractif pour les projets industrialo-portuaires.
Percevez-vous un fossé entre l’activité portuaire et la ville ?
À travers la présence des élus dans les conseils d’administration de différentes instances, on souhaite améliorer l’interface ville-port. On souhaiterait et on attend de la ville qu’elle travaille plus en coopération avec l’économique : les deux tiers des investissements réalisés sur le port de Rouen sont portés par le secteur privé quand seulement un tiers de ces investissements sont supportés par le secteur public. Or, le privé n’a pas le droit de cité dans les organes de décision d’aménagement du territoire. Nous pouvons financer, mais nous n’avons pas le droit d’influencer sur les décisions d’investissement.
Enfin, nous attendons des élus puissent améliorer l’acceptabilité des citoyens de nos activités industrialo-portuaire. Il faut qu’il y ait une réconciliation entre ces deux univers et une démystification de nos activités. Il est évident que l’on ne souhaite pas habiter au pied d’une usine. Néanmoins, de nombreuses usines étaient présentes avant les habitations, lesquelles sont venues se construire autour.
Certaines entreprises déjà présentes sur le port de Rouen estiment-elles être peu accompagnées ?
Certaines entreprises, historiquement présentes, ont des projets de développement et sont moins écoutées que d’autres qui souhaitent s’implanter. Les élus semblent favoriser les projets d’implantation au détriment du développement.
À quels autres obstacles se heurtent vos entreprises adhérentes dans leur développement ?
Il faut que la métropole nous aide à contrecarrer un de nos inconvénients en matière de compétitivité : l’impossibilité, pour un privé, d’être détenteur de foncier portuaire. Celui-ci reste la propriété du port, assujettie à une AOT (Autorisation d’occupation du territoire) ou une COT (Convention d’occupation du territoire), qui font que l’investisseur ne pourra pas être propriétaire de son emprise. Cela fait partie de la stratégie de financement de l’établissement public d’Haropa Port.
"Les entreprises paient une taxe transport qui finance près de 70 % à 80 % de la mobilité de nos concitoyens et, pour autant, les zones portuaires sont les plus mal desservies "
Mais si un investisseur ne peut pas être propriétaire de son foncier, il doit trouver d’autres avantages qui viennent compenser cette absence de capacité à acquérir : par une tarification attractive du foncier, une bonne desserte des terminaux portuaires par des transports en communes et on attend les élus à ce sujet. Les entreprises paient une taxe transport qui finance près de 70 % à 80 % de la mobilité de nos concitoyens et, pour autant, les zones portuaires sont les plus mal desservies !
Constatez-vous des manques en matière d’infrastructure de transport sur le territoire ?
Aujourd’hui, on a un maillage routier qui n’est pas satisfaisant. Nous avons besoin de fluidité et, évidemment que le monde économique et industrialo-portuaire est extrêmement favorable au projet du contournement Est de Rouen. Pour autant, on a beau le crier et le justifier, il y a des positions dogmatiques qui sont arrêtées qui vont à son encontre et, plus le temps avance et moins la réalisation de ce projet nous semble réalisable. Il faut donc que les élus aient un courage politique assumé pour lancer ce projet.
"On n’a pas les infrastructures qu’une ville comme Rouen mérite"
Il n’y a plus aucun obstacle à sa réalisation, si ce n’est l’entente entre élus du territoire. Il n’y a pas eu de projet significatif en matière d’aménagement fluvial ou d’infrastructures routières depuis plusieurs décennies, à part ceux de mobilités douces. Mais, au regard de l’activité économique et en périphérie de Rouen, on est confrontés à un réseau saturé et des poids lourds qui continuent à traverser la ville, en dépit des interdictions. On n’a pas les infrastructures qu’une ville comme Rouen mérite.
Pensez-vous que cet état des lieux nuit à l’attractivité de la ville ?
Lorsque des industries veulent s’implanter, elles regardent le maillage territorial en termes de transport, la capillarité des réseaux et se positionnent à proximité des nœuds ou d’interfaces des réseaux. C’est un appel au bon sens et à la non-opposition des univers de l’entreprise et des attentes de bien-être des administrés de la ville ? Il n’y a pas de raison que les deux environnements ne puissent pas cohabiter.
Je demande aux candidats : quels types d’industries souhaitent-ils voir s’implanter ou attirer sur notre territoire qui soient compatibles avec leurs attentes environnementales ? Comment envisager l’accompagnement de la décarbonation attendue par tous ? La décarbonation n’est-elle pas une composante d’un projet bien plutôt qu’un projet à lui seul ? Les entrepreneurs sont des gens responsables, ils ne vont pas aller à l’encontre d’une réglementation contraignante, les projets se font dans le respect des réglementations environnementales. Si la décarbonation est incontournable, je ne suis pas convaincu qu’elle doit être l’axe qui doit guider le développement de notre territoire.
Outre les infrastructures routières, quelles autres infrastructures vous semblent indispensables ?
Nous ne gagnerons en l’attractivité que sur notre réseau et nos infrastructures de transport. Ainsi, la Ligne LNPN (Ligne Nouvelle Paris Normandie) est aussi pour nous un projet structurant parce que l’amélioration des conditions de circulation permettra de réserver des sillons pour le fret des marchandises là où, actuellement, les sillons sont sanctuarisés pour le transport de voyageurs.