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"La Bretagne pourrait réduire de 80 % ses émissions de gaz à effet de serre liées à sa consommation d’énergie"
Interview Bretagne # Services # Transition énergétique

Jean-Philippe Berton directeur à l’action régionale d’EDF en Bretagne "La Bretagne pourrait réduire de 80 % ses émissions de gaz à effet de serre liées à sa consommation d’énergie"

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La direction à l’action régionale d’EDF en Bretagne a mené, avec la R & D d’EDF, une étude appelée "Breizh Décarbonation 2050". Pendant six mois, des scenarii visant à réduire l’empreinte carbone liée aux consommations d’énergie ont été étudiés dans six secteurs d’activité. Il en ressort différents leviers, dont EDF invite les entreprises et collectivités à se saisir.

Jean-Philippe Berton, directeur à l’action régionale d’EDF en Bretagne — Photo : Virginie Monvoisin

Cette étude est-elle une première et dans quelle optique EDF l’a-t-elle menée ?

Oui c’est une première en Bretagne, qui est la 10e région à être passée au crible. C’est une étude de prospective énergétique explorant les scenarii de décarbonation de différents secteurs d’activité de la région. L’objectif est d’éclairer l’ensemble des acteurs politico-économiques sur les chemins qui nous paraissent les plus porteurs pour réussir cette décarbonation des consommations énergétiques. Nous avons réalisé des analyses sectorielles et, par un diagnostic chiffré des émissions actuelles et des leviers pour les réduire, nous voulons les éclairer sur les gains potentiels. En deux mots : montrer le champ des possibles.

Quels secteurs sont concernés ?

Les diagnostics de l’étude d’EDF sont déclinés dans cinq secteurs, que sont le bâtiment, la mobilité et les transports, les industries agroalimentaires, l’agriculture, et enfin la production d’énergie et les réseaux. À chaque fois, nous relevons les émissions de GES (gaz à effet de serre, NDLR) actuels, les prévisions d’évolution si rien n’est fait, et les potentielles améliorations si on active certains leviers.

Sur quels éléments vous êtes-vous basés ?

D’abord, nous nous sommes appuyés sur les données publiques disponibles et vérifiables. Elles peuvent provenir de la Région Bretagne, par exemple pour les projections démographiques, les secteurs d’activité économiques, ou du Ceren (Services de réduction de l’empreinte environnementale) pour son observatoire statistique de la demande en énergie. Ensuite, nous sommes attentifs aux spécificités du territoire et à ses trajectoires économiques, ses perspectives de croissance, de démographie, etc. Nous analysons l’évolution de l’empreinte carbone et identifions des leviers pour donner des projections. Enfin, nous les confrontons aux acteurs économiques locaux de chaque secteur, par atelier d’une vingtaine de dirigeants, afin d’affiner nos simulations d’émissions futures en fonction de la réalité du terrain.

De combien la Bretagne peut-elle réduire ses émissions liées à la consommation d’énergie ?

Actuellement, la région est à 17,1 millions de tonnes équivalent (Mteq) CO2 émis, dont 9,7 millions de tonnes (Mt) par le transport et 3,7 Mt par le bâtiment. Sans mesures de décarbonation, en 2050 nous serons à plus de 19 Mt. Or, en agissant à de nombreux de niveaux, nous pouvons éviter 14 millions de tonnes pour atteindre environ 3 Mteq CO2 émises. Soit une réduction de 80 % comparée au niveau actuel. La France veut atteindre l’objectif de zéro émission nette en 2050, comme inscrit dans la "Stratégie Nationale Bas Carbone". Nous donnons des clés pour y arriver et diviser par 5,6 les émissions de gaz à effet de serre énergétiques à cette échéance.

Concrètement, comment les entreprises et collectivités peuvent-elles agir ?

Nous avons défini trois types de leviers, déclinés pour chaque secteur d’activité : réduire la quantité d’énergie consommée, changer de type d’énergie, réorganiser l’activité. Dans les transports, les émissions pourraient être divisées par 7, en mettant en œuvre une politique d’aménagement du territoire ambitieuse mais réaliste visant à réduire les déplacements, en augmentant le taux de remplissage des véhicules ou en favorisant le report modal. Dans le bâtiment, on pourrait diviser les émissions par 3 en éliminant les "passoires thermiques", en améliorant l’isolation et en supprimant le fioul pour le remplacer par des énergies renouvelables thermiques (bois, pompes à chaleur…). Dans les industries agroalimentaires, pour diviser par 2 les émissions, on pourrait par exemple opter pour les pompes à chaleur et récupérer la chaleur fatale. Étant donné que 42 % de l’industrie agroalimentaire en Bretagne utilise du gaz naturel, l’électrification des procédés carbonés est essentielle.

Bretagne # Services # Industrie # Production et distribution d'énergie # Transition énergétique # RSE