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"Je veux désaisonnaliser l’activité de production des chocolats"
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François-Xavier Mignon président des Chevaliers d’Argouges "Je veux désaisonnaliser l’activité de production des chocolats"

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La chocolaterie normande Les Chevaliers d’Argouges a ouvert une nouvelle page de son histoire, avec la reprise de l’entreprise en 2023, par François-Xavier Mignon. Le récent dirigeant souhaite donner un nouvel élan industriel à l’entreprise, tout en conservant l’ADN artisanal de la société.

François-Xavier Mignon, président des Chevaliers d’Argouges, souhaite développer le chiffre d'affaires à l'international — Photo : Chevaliers d'Argouges

Vous avez repris la chocolaterie en 2023. Qu’est-ce qui vous a amené à vous lancer dans cette aventure ?

"J’ai un parcours de plus de 30 ans dans l’agroalimentaire, avec un profil d’homme de produits et de marques. Par ailleurs, j’ai passé plus de 20 ans de ma vie à l’international : j’avais notamment en charge la direction générale de la filiale de la fromagerie Bel en Algérie, puis je me suis occupé du développement à l’international du groupe Mont-Blanc-Materne jusqu’en 2020. J’avais envie de repartir sur le secteur de l’opérationnel et me lancer dans une reprise de PME industrielle agroalimentaire. Je voulais une entreprise avec des marques sur lesquelles je pouvais apporter de la valeur ajoutée, avec un savoir-faire à préserver tout en pouvant y apporter une aventure de transformation importante. Après un temps de recherche, j’avais sélectionné une dizaine d’entreprises mais ce sont les Chevaliers d’Argouges qui ont répondu à tous les critères que je m’étais fixés.

Comment le capital de l’entreprise est-il composé ?

Le processus de transmission s’est déroulé entre décembre 2022 et mars 2023, date à laquelle la cession définitive des parts a été effectuée. Le capital de l’entreprise détenu à 56 % par un bloc de personnes physiques : moi-même, les deux cofondateurs de l’entreprise David Meiss et Bertrand Pierre ainsi qu’Éric Levée, directeur financier, restent au capital de l’entreprise. Le reste du capital est détenu par trois fonds d’investissement : Normandie Participations, fonds d’investissement de la Région Normandie ; Agro-Invest, spécialisé en agroalimentaire et la Caisse d’Épargne Normandie.

Quels sont vos projets de développement pour l’entreprise ?

Nous avons redéfini la feuille de route de l’entreprise avec plusieurs grands axes de développement. Nous voulons booster la partie commerciale et marketing, avec notamment le renforcement de la valeur de marque des chevaliers d’Argouges, via une exposition plus forte dans les GMS et un ciblage de consommateurs plus jeunes. Nous voulons continuer à nous développer sur le marché français où nous avons des réservoirs de croissance dans la grande distribution qui représente déjà près de 60 % du chiffre d’affaires, mais aussi nous développer dans les réseaux professionnels. B to B : restaurations hors foyers, épiceries fines, réseaux touristiques… Notre troisième axe de développement est l’augmentation de notre chiffre d’affaires à l’international : il n’est aujourd’hui que de 5 %, nous visons 10 à 15 % à moyen terme.

Des investissements sont-ils au programme ?

Pour atteindre ces objectifs, il nous faut transformer notre modèle industriel, pour le rendre plus performant et notamment moins dépendant de la main-d’œuvre. Cela passe par l’automatisation de notre outil industriel pour accroître notre productivité, avec des investissements prévisionnels de 500 000 euros par an sur les trois à quatre prochaines années. L’entreprise devra également s’équiper d’outils digitaux pour simplifier les processus internes et être plus réactive. 
L’autre levier de croissance est la montée en compétences de notre capital humain, avec la formation des salariés. Pour préparer la saison 2024 2025, nous avons organisé une cinquantaine de journées de formation. Mon objectif est d’être à plus d’une journée et demie de formation par personne et par an. Avec cette montée en compétences des ressources humaines, l’enjeu est de transformer les emplois précaires en emplois permanents. L’objectif est d’arriver à désaisonnaliser l’activité de production des chocolats principalement réalisée à Noël (60 %) et Pâques (30 %).

Qu’en est-il de la RSE et de l’innovation au sein de l’entreprise ?

La RSE, notamment l’éco-conception et éco-production, est un autre axe de développement stratégique pour l’entreprise. 30 % de nos achats sont déjà faits en bio et en achats responsables (fairtrade) et la réglementation européenne nous pousse dans ce sens : en 2026, 100 % du cacao et du café devant devront être issus de zones non déforestées après 2020. Nous mobilisons nos équipes R & D pour travailler nos recettes, et les rendre plus vertueuses, en particulier en réduisant les sucres ajoutés. Globalement, chaque année, nous sommes dans une logique de lancer par marque et par saison, deux produits nouveaux, et d'essayer d'en supprimer entre trois ou quatre, pour reconcentrer le portefeuille. L'idée étant de faire moins, mais mieux, tout en remettant le consommateur au centre du débat. Avec, pour les gros projets dont les coûts de développement sont importants, des tests consommateurs en amont de la sortie du produit.

Le Gouvernement étudie l’éventualité d'une nouvelle taxe sur l’ensemble des produits sucrés. Quelles seraient les conséquences sur l’entreprise ?

Ce serait une catastrophe pour notre secteur. Ce sont malheureusement les consommateurs qui paieront, car des entreprises de notre taille ne seraient pas capables de supporter ces coûts supplémentaires pour adapter les processus de production. Le coût serait de centaines de milliers d’euros pour des entreprises comme la nôtre. Notre industrie est d’autant plus en danger que nous sommes confrontés à une augmentation inédite des matières premières comme le cacao.

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