Ni Gérard Mezou, président de la Fnaim du Var, ni Gilles Pernot, président de la délégation territoriale varoise de l'Observatoire immobilier de Provence ne crient au catastrophisme. Toutefois, le marché immobilier, au premier semestre 2012, n'affiche pas une forme éclatante, même dans le Var. «Marqué par deux échéances électorales importantes, le premier semestre s'est caractérisé par un certain attentisme, que le pouvoir d'attraction intact et les caractéristiques démographiques spécifiques du département ont sans doute atténué. Il n'empêche, même dans le Var, le contexte économique incertain, la perspective d'une hausse de la fiscalité, le durcissement des conditions d'octroi des crédits immobiliers, conjugués à des mesures comme la suppression du PTZ+dans l'ancien, ne sont pas restés sans effet, notamment sur l'activité», souligne Gérard Mezou.
Une activité au ralenti
Le volume des transactions immobilières a ainsi accusé un retrait de 20%, «une baisse programmée, après une année 2011 exceptionnelle», remarque Gérard Mezou. En revanche, les prix restent globalement stables, voire augmentent encore, comme dans l'Est Var (+9%), où le marché profite d'un dynamisme particulier lié à la proximité des Alpes-Maritimes et au nombre important de résidences secondaires. Le logement neuf est également en retrait dans le département et le marché de la maison individuelle accuse une baisse de 16% en région. Du côté des banques, Patrick Poncet, directeur des affaires immobilières de la Banque Populaire Côte d'Azur constate un recul des demandes de crédit proche de 40%. Enfin, l'immobilier d'entreprise est aussi en berne, enregistrant une baisse de 37% du nombre de m² placés par rapport au premier semestre 2011 dans l'Ouest Var. «Le début d'année 2012 a été marqué par une activité dans nos différents métiers en net recul par rapport à l'exercice précédent», résume Gilles Pernot.
Quelles conséquences pour l'emploi?
Premier touché lorsque l'immobilier est en berne, le secteur du BTP. «Le comité de suivi de la commande publique de juin2012 a confirmé une chute d'activité des constructeurs sociaux. Du côté de la promotion privée, les ventes sont en baisse et les stocks ne s'écoulent plus. L'activité générée par la commande publique est sujette à caution. Après avoir bien résisté jusqu'à présent, maintenant les effectifs entre 22.000 et 23.000 salariés, le BTP varois devrait passer durablement sous la barre des 22.000 emplois», confie Philippe Donat, président de la fédération du BTP du Var. À l'autre bout de la chaîne, aucune fermeture d'agences immobilières adhérentes à la Fnaim n'est à déplorer. «Toutefois, nos385 entreprises adhérentes, qui emploient dans le département un total de 1.800 salariés et représentent 60% du marché, vivent mal le trou d'air et certains postes de salariés ou d'agents commerciaux ne sont pas renouvelés», constate Gérard Mezou.
Des mesures insuffisantes
Dans ce contexte, la loi-cadre sur le logement promise pour le premier semestre 2013 est très attendue. Les professionnels attendaient aussi beaucoup de la loi de finances 2013... Aujourd'hui, ils s'interrogent sur les effets escomptés de cette loi par le gouvernement.Même si de nombreux dispositifs intégrés à cette loi doivent être précisés, ils apparaissent en effet «comme une réponse peut-être insuffisante et incomplète à nos préoccupations», remarque Gilles Pernot. Pour Gérard Mezou, «si certaines mesures vont dans le bon sens, leurs résultats risquent d'être limités.» Le gouvernement s'est fixé un objectif de construction de 500.000 logements par an, dont 150.000 sociaux. Pour cela, il a programmé deux mesures: créer un choc d'offre en aménageant le régime des plus values immobilières et mettre en place le Duflot, dispositif fiscal de soutien à l'investissement locatif, en remplacement du Scellier. «Malheureusement, la restauration du PTZ dans l'ancien n'a pas été retenue» et les professionnels de la Fnaim doutent des effets des mesures intégrées à la loi de finances et font part de leur colère: «Les propriétaires hésitent à vendre, on peut les comprendre. À la location, le projet économique est fragilisé par la multiplication des lois fiscales. L'investissement est freiné car la plus-value impactera l'opération et la somme disponible pour l'investissement sera inférieure au capital initial. La chaîne est cassée.» Enfin, le prix du foncier, notamment dans le Var reste un frein majeur. «Il représente 26% du prix de vente d'une opération immobilière», rappelle la fédération du BTP du Var. Les professionnels réclament dès lors davantage de pragmatisme, la fin des effets d'annonce et une politique immobilière durable pour que la chaîne du parcours résidentiel retrouve toute son efficacité.
Le marché immobilier n'affiche pas une forme éclatante, même dans le Var et les professionnels du secteur attendaient du gouvernement des mesures pragmatiques et durables. Les mesures de la loi de finances 2013 dévoilées, les acteurs expriment leurs doutes quant aux effets escomptés.