La perte de 208 des 528 emplois de Carl Zeiss en France - dont 117 à l’usine bretonne du fabricant allemand d’optiques - avait traumatisé Fougères, en 2013. Même Nicolas Sériès, le directeur général de la division France - l’une des six du groupe au monde - parle encore de « tsunami » et de situation « apocalyptique ». Ce plan social sans précédent était dû à la perte non anticipée, sur appel d’offres, d’un gros client représentant plus de la moitié du business à l’époque : le réseau GrandVision (GrandOptical et la Générale d’Optique). « Ce qui a entraîné une perte de chiffre d’affaires de 56% entre 2013 et 2014. »
Un marché signé pour 4 ans
Il reste aujourd’hui 320 salariés à Fougères et l’usine qui taille les verres pour le marché français exclusivement retrouve la vue. « Nous sommes sortis du rouge, l’entreprise est à nouveau en croissance et profitable », explique Nicolas Sériès. Son enthousiasme est notamment dû à un nouveau référencement des verres Zeiss, pour quatre ans jusqu’à mi-2019, cette fois dans le réseau de soins Santéclair. Ce dernier « agrège » 8,5 millions de Français et 3.000 opticiens à travers des mutuelles partenaires comme MMA, la Maaf, Alliance, les mutuelles d’Air France, d’Apple, d’Ikéa... « Cela nous a permis de pouvoir toucher 1.000 nouveaux points de vente et de nouveaux clients dont le nombre a augmenté de 50 %. Du coup, nous avons pu augmenter notre production de 25%, de 2014 à fin mai 2015. Et notre chiffre d’affaires est reparti à la hausse de 28 %. C’est nettement plus que ce que l’on avait prévu dans nos plans, sur un marché national de l’optique à zéro, voire en légère baisse », note Nicolas Sériès qui a investi 1,5M€ à Fougères en 2014 (dont 189.000 € de subventions des collectivités), dans la réorganisation et la modernisation de l’outil de production, avec une nouvelle salle de contrôle qualité. « Cela nous permet aussi d’envisager de nouveaux investissements dans le renouvellement d’équipements... », ajoute-t-il sans en dire davantage. Les budgets seront décidés cet été.
La production remontée de 2.800 à 3.500 verres par jour
A Fougères, Zeiss prévoyait de « revenir à l’équilibre en 2015 et à la profitabilité en 2016 »... D’après ses calculs, l’entreprise a gagné près de deux ans. « Nous sommes dans la situation espérée à fin 2016... » La production quotidienne, tombée de 5.800 au plus fort à 2.800 verres, est remontée à 3.500 verres aujourd’hui. Là encore, il s’agissait des volumes prévus en 2016. Du coup, 21 postes mis au chômage technique peuvent être réactivés et pérennisés.
Passer de 7 à 20 % de PDM
Le nouveau contrat décroché avec Santéclair n’explique pas tout. « Nous introduisons à Fougères toutes les innovations du groupe (Ndlr, 10% du CA en R&D et 2 brevets déposés par jour) et avons pris le leadership sur le marché français », souligne Nicolas Sériès. Ses parts de marché étaient tombées à 7 % mais remontent en flèche. « Nous visons les 20%. »
Pour cela, Zeiss mise sur le dernier né de la marque : le verre DriveSafe, « optimisé pour la conduite ». Ce verre anti-reflets innovant (en progressif ou unifocal) permet de réduire l’éblouissement des phares la nuit, notamment les nouveaux au xénon, mais aussi les aberrations de vision liées aux mauvaises conditions météo. Une première mondiale, selon le groupe. Du jamais vu d’après ses utilisateurs ! A grands renforts de campagnes médias et de marketing, Zeiss qui ne travaille qu’en B to B veut toucher le grand public. Une première. Objectif : convaincre le client final de réclamer à son opticien ces verres spéciaux fabriqués essentiellement en Bretagne. De nouvelles perspectives pour Fougères qui défend l'Origine France garantie et se positionne avec succès sur le haut de gamme. Zeiss a aussi lancé récemment un verre adapté aux utilisateurs d'écrans, de tablettes et smartphones, le Digital Lenses.