Pour Céline Gris, la présidente de Gris Group, cette opération de croissance externe "ouvre le champ des possibles". Fabricant de pièces de fixation et de composants mécaniques en acier basé à Lesménils, en Meurthe-et-Moselle, Gris Group de reprendre 100 % du capital de la société Laser Alsace Production, PME installée à Rosheim, dans le Bas-Rhin.
Une machine à découper au laser parmi les plus puissantes de France
Désormais composé de trois filiales, Gris Découpage à Lesménils, Gris Umformtechnik à Herscheid en Allemagne et Laser Alsace Production (LAP) à Rosheim, Gris Group pèse 63 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie un total de 290 salariés.
Réalisant un total de 8 millions de chiffre d’affaires avec 30 salariés, pour des clients dans l’industrie, le machinisme agricole ou encore le matériel de travaux publics, Laser Alsace Production exploite notamment trois machines à découper au laser, dont une figurant parmi les plus puissantes de France, soit 24 kW, capable de découper des tôles allant jusqu’à 50 mm d’épaisseur. "Par rapport aux petites pièces que nous avons l’habitude de voir chez nous aujourd’hui, LAP est capable de réaliser des pièces qui font plusieurs mètres de longueur avec des grosses épaisseurs", se félicite Céline Gris.
Des volumes de pièces qui ne "seront pas les mêmes que par le passé"
Avec ce rachat, le groupe meurthe-et-mosellan s’engage résolument dans une stratégie de croissance et de diversification. Travaillant à 60 % pour l’automobile et 20 % pour le poids lourd, Gris Group produit chaque année environ 750 millions de pièces. Sur les presses historiques de la société comme sur les nouvelles presses d’emboutissage à 3 millions d’euros, capables de produire 1 million de pièces à l’heure, l’ensemble des process chez Gris Group a été pensé pour réaliser de grandes séries, à des tarifs compétitifs. "La transition vers l’électrique dans l’automobile nous conduit à penser que les volumes de pièces ne seront pas les mêmes que par le passé, parce qu’il y a beaucoup moins de pièces sur des véhicules 100 % électriques que sur du thermique", analyse Céline Gris.
Un choix de technologie tourné vers la petite série
Plutôt que de subir, la présidente de Gris Group a préféré préparer la transformation de son entreprise. "Nous nous sommes mis en ordre de marche pour aller chercher des pièces et des marchés qui auront forcément moins de volume que ce que propose l’automobile. Derrière, le sujet c’est : quel type de technologie faut-il pour répondre à quel type de pièce sur quel type de volume", retrace la dirigeante. Concrètement, pour répondre aux marchés de la mobilité douce, de l’éolien, de la Défense ou encore de l’aéronautique, il fallait donc investir dans un outil industriel capable de sortir de petites séries à des tarifs compétitifs. "La technologie de découpe laser, c’est essentiellement de la programmation qui rentre dans les machines. Donc il n’y a pas le coût de départ d’outillage. Et c’est ça qui va nous permettre de faire de la productivité", pointe Céline Gris.
Déjà des synergies dans les portefeuilles clients
Le rachat de Laser Alsace Production apporte 15 points de croissance sur le chiffre d’affaires du groupe, mais vient aussi "diluer la part de l’automobile. Aujourd’hui, nous passons de 20 % d’activité pour l’industrie à 34 % en intégrant LAP, qui travaille à 100 % hors de l’automobile", se félicite Céline Gris. Pendant l’instruction du dossier, la présidente de Gris Group a découvert que Gris Découpage et LAP avaient des clients en commun, notamment dans le machinisme agricole, mais "pas sur les mêmes divisions et pas sur les mêmes besoins", se félicite Céline Gris. "Nous avons donc une belle synergie entre le portefeuille client, bien que les tailles et les lots de fabrication des pièces ne soient pas les mêmes."
Vers les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires
C’est en 2024 que la présidente de Gris Group a écrit la stratégie appelée "Cap 100". Touchée par les turbulences sur le marché automobile, par les variations des prix de l’acier ou encore l’inflation sur les prix de l’énergie, Céline Gris voulait rendre une copie "ambitieuse", permettant de retrouver des niveaux de rentabilité acceptables. "Je me suis rendu compte qu’il a été beaucoup plus dynamisant et enthousiasmant pour mes équipes de leur demander de multiplier par deux le chiffre d’affaires en 5 ans, que de faire +2 % tant bien que mal avec des marchés qui sont en difficulté", analyse Céline Gris. L’objectif est fixé : atteindre les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 5 ans, soit au cours de l’exercice 2030.
Une opportunité pour faire de la croissance
Pour y parvenir, figurent sur la feuille de route "une à deux" opérations de croissance externe, des recrutements et de la croissance organique. Le sujet LAP est arrivé un peu plus vite que prévu, mais Céline Gris a saisi l’opportunité. "Le gérant de notre filiale allemande est notamment venu témoigner du fait que le groupe avait investi chaque année pour que la filiale soit en croissance", précise la dirigeante. Lors de son rachat en 2012, Umformtechnik pesait 8 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 17 millions aujourd’hui. "Notre idée, c’est de surtout maintenir les emplois, mettre de la croissance dans cette entreprise et, tous ensemble, adresser plus de marchés", fixe la présidente de Gris Group.
Des marchés avec les constructeurs chinois ?
Loin d’abandonner le secteur automobile, Céline Gris veut aussi profiter de la nouvelle taille de son groupe pour aller trouver des marchés, notamment à l’export. Réalisant environ 65 % de l’activité à l’international, Gris Group observe aussi avec attention la stratégie des constructeurs chinois qui commencent à s’implanter en Europe à l’image de BYD qui a programmé l’ouverture de sa première usine en Europe, à Szeged en Hongrie, pour le second semestre 2025. "C’est un gros travail et nous en sommes aux prémices", tempère Céline Gris, en comptant notamment sur les mécanismes liés à la RSE pour obliger les constructeurs chinois à se fournir en pièces produites sur le sol européen : "Il y a eu des voyages exploratoires, en Chine, pour creuser le sujet et se mettre en relation. Potentiellement, il y a des discussions qui sont ouvertes, mais aujourd’hui, il n’y a rien de concrétisé".