200 à 400M€. C'est, selon Christine Lagarde, ministre de l'Économie, le coût pour l'économie française des grèves qui ont touché le pays en septembre et octobre. S'il est difficile de donner des chiffres précis, il est facile de faire la liste des secteurs pénalisés par les mouvements sociaux. Alors que les entrepreneurs essayent tant bien que mal de faire face aux effets de ces grèves, le Medef reste étonnamment silencieux. Une stratégie d'apaisement, explique Pierre Goguet, président du Medef Gironde: «Nous sommes parfois un allié gênant, comme disait Jean-Pierre Raffarin. Cette réforme des retraites est indispensable, même si elle est timide, mais si nous nous affichons trop, cela va mettre de l'huile sur le feu. Déjà que le gouvernement est suspecté d'être à la solde du Medef!» Comment le patronat peut-il donc faire entendre sa cause sans prêter le flanc à la caricature? «Nous sommes inaudibles alors même que notre président national, Jean-François Roubaud, s'exprime régulièrement dans les médias, déclare Serge Marcillaud. Les patrons sont systématiquement caricaturés». Les chefs d'entreprise marseillais, qui vivent une situation autrement plus difficile qu'à Bordeaux, ont réagi par voie de presse (Voir ci-dessous). Une méthode que ne soutiennent pas Pierre Goguet et Serge Marcillaud. Tous deux considèrent que le dialogue social doit demeurer la priorité et que le rôle du patronat n'est pas d'acheter des pages de publicité dans la presse.
Transport routier
Les transporteurs routiers, déjà fortement touchés par la crise économique, se seraient bien passés d'un mouvement social touchant l'approvisionnement en carburant. «L'Aquitaine n'a pas connu de pénurie à la pompe comme en Normandie ou en Bretagne, explique Jérôme Bessière, délégué interregional de la FNTR. En revanche, les entreprises qui possèdent des cuves sur leur site ont connu des problèmes d'approvisionnement et ont dû s'organiser. Le vrai problème concerne le prix du gazole. Nous avons constaté des cas qui s'apparentent à de la spéculation, avec des hausses de prix de 10%.» Les transporteurs spécialisés dans le transport d'hydrocarbure ont été particulièrement touchés, avec des poids lourds parfois bloqués devant les dépôts. «Le temps que les chauffeurs passent à attendre est une charge pour les entreprises et entraîne une perte de productivité», souligne Jérôme Bessière.
Port de Bordeaux
Sur le Port de Bordeaux, cinq mouvements sociaux ont été organisés par les syndicats entre le 7septembre et le 19octobre. Ils ont mobilisé entre 58% et 75% des salariés et entre 11% et 22% des cadres. Des escales ont dû être annulées (comme celles du porte-conteneurs CMA-CGM de début octobre) et d'autres ont duré beaucoup plus longtemps que prévu, avec comme effet la remise en cause de trois navires.
Aéroport
En septembre, 177 vols ont été annulés sur les deux épisodes de grève à l'aéroport de Bordeaux. Cela représente une perte de 13.800 passagers, soit 4% du trafic global mensuel. Pour octobre, les chiffres définitifs n'étaient pas encore arrêtés au moment de notre bouclage. Les grèves des 12 et 19octobre ont entraîné la suppression de 120 vols.
Hôtellerie
Pour les hôteliers, grève est synonyme d'annulations. «Le préjudice est assez important pour le secteur, affirme Thierry Gaillac, président de la branche hôtellerie de l'UMIH Gironde et patron du Burdigala. Dans mon hôtel, nous avons perdu environ 10% de notre chiffre d'affaires à cause des grèves».
Travaux publics
«50 employés ont été mis au chômage technique en octobre dans le secteur des travaux publics aquitains, déclare Christian Surget, président de la FRTP. Le secteur a surtout souffert des problèmes d'approvisionnement des centrales d'enrobés. Sans bitume, les chantiers routiers ont pris du retard». Mais, pour Christian Surget, la plus grave conséquence des mouvements sociaux est «la psychose qui va encore se développer dans les entreprises. Nous avons déjà connu des baisses de prix supérieures à 30% depuis un an et demi et devons en plus gérer les effets d'une crise sociale».
Artisanat
Dans un communiqué diffusé le 21octobre, l'UPA Gironde relaye le cri d'alarme des artisans inquiets à propos des conséquences des mouvements sociaux. «Ils sont notamment impactés par des difficultés d'approvisionnement de carburant et des retards de courriers importants. Des répercussions commencent ainsi à se faire ressentir dans le secteur artisanal sur le plan des déplacements et d'une baisse du niveau d'activité.»
Transporteurs routiers, hôteliers, artisans, entreprises de travaux publics... S'il est difficile de donner des chiffres précis sur le coût des grèves, il est facile de faire la liste des secteurs particulièrement pénalisés par les mouvements sociaux. Quel est l'impact de cette crise sociale sur l'économie? Comment les patrons peuvent-ils se faire entendre?
Yann Buanec et Orianne Esvan