Le site industriel de LMR Naturals s’étend désormais sur près de 5 000 m2 au cœur du parc d’activités des Bois de Grasse.
"Une nouvelle ère"
Géant américain des arômes, parfums et ingrédients alimentaires, IFF (24 000 salariés dans le monde, CA 2024 : 11,5 Mds $) a investi 10 millions d’euros dans l’extension de sa filiale. De quoi faire entrer l’entreprise dans rien de moins qu’une "nouvelle ère", selon les mots de Bertrand de Préville, son directeur général.
"Nous allons pouvoir accélérer dans l’innovation, aller encore plus loin que ce que nous avons commencé à faire depuis que Monique Rémy a créé LMR, que nous développons depuis. Avec ce nouveau site, nous prévoyons de lancer quatre à six nouveaux ingrédients par an." Et de revaloriser 98 % des "coproduits", ces feuilles, tiges, baies ou cire qui composent les déchets naturels issus de la production.
Pionnière du naturel
Précurseur, Monique Rémy (décédée en 2024) avait fondé LMR en 1983, un laboratoire autour de la matière première naturelle, à une époque où beaucoup ne juraient plus que par les produits de synthèse. Depuis, la naturalité est devenue le Graal du monde du parfum. Pour preuve, le retour ou l’implantation à Grasse des grands acteurs du secteur. IFF, lui, a succombé dès 2000 en rachetant le petit laboratoire devenu LMR Naturals, pour afficher clairement son orientation.
Un hall pilote
LMR (150 salariés en France, CA : NC) compte désormais sur son site, un hall pilote qui regroupe plus de 30 experts en R & D et "rassemble à la fois les techniques les plus traditionnelles et les technologies les plus innovantes" : hydrodistillation, éco-extraction par micro-ondes et ultrasons pour distiller plus rapidement et augmenter les rendements, extraction au CO2 supercritique pour extraire les matières premières végétales à basse température et ainsi les préserver, distillation moléculaire pour travailler sous un vide dont "le niveau de pression est un million de fois inférieur à la pression atmosphérique afin de conserver les propriétés organoleptiques du produit", expliquent Arnaud Routier, responsable process, et Jean Rivollier, responsable projet nouveaux ingrédients.
Car l’objectif ultime de chaque avancée, de chaque innovation est de se rapprocher toujours plus près du parfum naturel de la fleur ou du fruit.
Pamplemousse ou romarin plus "authentiques"
Ainsi, quand LMR "développe" un ingrédient comme le pamplemousse, celui-ci n’a évidemment rien de commun. "C’est du pur exprimé à froid, confirme Sophie Palatan, ingénieure agronome, responsable R & D des ingrédients naturels pour la division Paarfum IFF. Et cela change tout. Il est rare de trouver une essence pure de pamplemousse rose du Mexique. Dans leur portefeuille, les parfumeurs n’ont jamais eu un pamplemousse aussi authentique. La plupart des maisons de parfum utilisent des essences d’agrumes standardisées." Idem pour le romarin de la Drôme, a priori commun sauf qu’il est issu ici d’une variété sélectionnée pour une molécule spécifique et qu’il est travaillé non pas par distillation mais par extraction au CO2. "Les parfumeurs nous disent qu’il est ainsi beaucoup plus authentique. L’inspiration c’est la nature. Mais il nous faut aussi proposer une palette différenciante aux parfumeurs, donc plusieurs versions du même ingrédient."
Un laboratoire à ciel ouvert
Pour pousser un cran plus loin cette authenticité et se rapprocher de ce que la nature fait de mieux, LMR Naturals vient d’acquérir un champ de 2 hectares de rose centifolia, tubéreuse ou jasmin, à quelques minutes de son site industriel. "Nous allons ainsi développer la compréhension agricole, précise Bertrand de Préville. L’agronome sera dans le champ le matin, reviendra à l’usine avec des fleurs à 9 heures, qui seront extraites à 10 heures, pour être senties à 11 heures avec le parfumeur. C’est un vrai laboratoire à ciel ouvert dont la proximité va nous permettre d’aller très vite."
De la cosmétique aux effets sur le cerveau
De quoi ouvrir de nouveaux horizons notamment dans la "cosmétique active". Comprendre là que l’ingrédient n’est pas utilisé pour ses seules "propriétés hédoniques mais aussi fonctionnelles. Notre ambition est d’avoir une vue holistique de l’ingrédient, que ce soit pour l’odeur, pour les bénéfices au niveau de la peau ou de l’humeur, du bien-être, confie le dirigeant. Nous avons mené de gros travaux avec des neurochirurgiens, des sociétés spécialisées dans l’étude du cerveau. Quand vous sentez un produit, vous activez votre pression sanguine qui va activer des zones du cerveau très différentes, celle de la peur, de la mémoire, de l’amour, de l’attention, de la relaxation, etc. On a validé ces études pour les mettre à profit dans nos nouveaux produits."
L’activité de LMR reste essentiellement dédiée à la parfumerie. Si IFF n’est pas un nom familier du grand public, ce sont ses parfumeurs qui sont à l’origine des plus grands succès mondiaux du groupe L’Oréal tels que Trésor ou La Vie est belle de Lancôme, ou Libre d’Yves Saint Laurent, Invictus de Paco Rabane (groupe espagnol Puig) ou encore L’Interdit de Givenchy (LVMH) et ses différentes déclinaisons.