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Robertet passe en 175 ans de pionnier à leader mondial des ingrédients naturels
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Robertet passe en 175 ans de pionnier à leader mondial des ingrédients naturels

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Depuis cinq générations, le grassois Robertet est le spécialiste mondial des matières premières naturelles qui entrent dans la composition de parfums, arômes alimentaires ou actifs pour la santé et la beauté. Cinq générations qui ont su conserver l’indépendance du groupe et ne cessent de préserver discrètement leur savoir-faire et leurs valeurs.

Quatrième et cinquième générations côte à côte. Philippe Maubert est le président de Robertet. Son fils, Julien Maubert, est à la tête de la division Matières premières du groupe — Photo : Olivia Oreggia

À 73 ans tout juste, Philippe Maubert continue de se rendre chaque jour à son bureau, au siège de Robertet à Grasse. Après 29 ans dans le fauteuil de PDG, il est resté président mais a confié, à l’été 2022, la direction générale du groupe à Jérôme Bruhat, venu de L’Oréal.

"Je suis là tous les jours. Nous avons une réunion toutes les semaines avec Jérôme. Nous discutons des investissements, des rachats de sociétés, de stratégie. J’ai toujours mon mot à dire lorsque l’on engage des cadres de haut niveau. Mais je ne m’occupe plus de l’exécutif. Et puis il faut que j’anime le conseil d’administration. Ce que je ne veux pas, c’est venir pour venir, pour lire les journaux."

Le siège social de Robertet, à Grasse, abrite l’usine historique construite à la fin du XIXe siècle — Photo : Robertet

Une lignée familiale "naturelle"

Après des études d’ingénieur chimiste, il a travaillé dans une banque, pour s’habituer à l’aspect financier des choses", dans l’optique d’intégrer Robertet. "Sans doute en 1975-1976". Son père, Jean Maubert, en est alors le président, comme son père et son grand-père avant lui. Mais personne ne le contraint à suivre. "C’était naturel", dit-il simplement.

Ses frères, Christophe et Olivier, prendront le même chemin. Le premier est le directeur de la division Parfumerie, le second de la division Health & Beauty (Santé et Beauté), il est également directeur Innovation et cofondateur de Villa Blu, l’accélérateur lancé en 2023 pour les start-up œuvrant dans la naturalité.

Parfumeur distillateur, Jean-Baptiste Maubert est la première génération de la famille à la tête de Robertet — Photo : Robertet

Son fils, Julien, n’a pas non plus été ni poussé ni contraint. "Très jeune déjà, j’ai des souvenirs d’odeurs, de déambuler dans les couloirs de Robertet, confie-t-il. C’est quelque chose qui m’a toujours attiré. J’étais assez impatient de commencer à travailler et de découvrir cette société de l’intérieur." A 39 ans, celui qui incarne la cinquième génération Maubert (deux de ses cousins sont aussi dans l’entreprise) est à la tête de la division Matières Premières et est le directeur RSE.

1 700 ingrédients naturels

Les matières premières sont ce sur quoi Robertet a bâti son expertise dès sa naissance en 1850 et ce qui lui vaut d’être le numéro un mondial du secteur aujourd’hui. Au commencement n’étaient traitées que "les fleurs et plantes provençales". Puis au jasmin, au mimosa, à la rose centifolia, l’iris, la fleur d’oranger ou la tubéreuse de Grasse se sont ajoutés des ingrédients venus du monde entier. "Nous sourçons plus de 1 700 ingrédients venant de 60 pays", précise Julien Maubert. Des ingrédients naturels. "Il n’y a pas de chimie chez nous", ajoute Philippe Maubert. "Il n’y a que deux produits majeurs que nous ne touchons pas : les citrus et la menthe qui sont quasiment des industries à part entière. Pour tout le reste, nous sommes de loin les leaders dans les grands produits pour la parfumerie." Robertet compte ainsi parmi ses clients les plus grandes maisons telles que Chanel, Dior ou Guerlain.

L’enfleurage permet extraire les essences parfumées des fleurs comme la tubéreuse — Photo : Robertet

Une diversification maîtrisée

Ce n’est qu’au début des années 1960, que l’entreprise se diversifie dans les arômes alimentaires et les compositions de parfumerie qui sont à ce jour les divisions les plus importantes, regroupant chacune 35 % de l’activité globale.

Mais la diversification s’arrête là. "Nous ne sommes pas du tout dans une optique de transformation ou de diversification d’activités, souligne Julien Maubert. Nous sommes fiers d’être ce que l’on appelle un pure player. Nous voulons continuer à croître en gardant notre vision, notre culture et notre réputation, et elle sera centrée sur les produits naturels."

Sacro-sainte indépendance

Ce positionnement unique, Robertet se bat bec et ongles pour le conserver. Tout comme il a fait de son indépendance son cheval de bataille. "L’homme qui s’est battu pour cela est surtout mon père", rappelle Philippe Maubert.

Dans l’usine Robertet de Grasse en 1961 — Photo : Robertet

"Quand il a pris la suite de son père en 1961, il s’est aperçu que la famille possédait moins de 20 % du capital. Son obsession était de récupérer la majorité et de la maintenir. Si on regarde l’histoire de Grasse, dans les années 1970, il y avait une dizaine de sociétés comme Tombarel, Chiris, Lautier… plus importantes encore que Robertet. Elles ont toutes été rachetées par des grands groupes et elles ont toutes disparu."

Modernisation

Sixième groupe mondial dans l’industrie des parfums, arômes et matières premières naturelles, avec 807 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, Robertet reste "tout petit" face aux 4,7 milliards d’euros de l’allemand Symrise ou aux 12 milliards d’euros de l’américain IFF.

L’usine Robertet de Grasse permet de servir la demande en Europe et au Moyen-Orient — Photo : Robertet

La direction dit ne pas être "obnubilée par le chiffre d’affaires", ni par la réalisation "d’acquisitions pour faire du chiffre d’affaires", mais il y a bien évidemment un plan de croissance et d’investissement pour "désindustrialiser" le site historique de Grasse où se trouve son siège social pour transférer toute l’activité de production restant, non loin, au sein de l’usine du Plan-de-Grasse. "Il y a des challenges qui sont dans l’air du temps et que l’on doit relever : l’évolution, la modernisation… Si nous n’avions pas été capables de mécaniser et d’automatiser notre production, nous n’aurions pas investi à Grasse il y a 10 ans, explique Julien Maubert. Aujourd’hui, nous avons sûrement une des usines les plus automatisées. Tous les mélanges sont faits par des robots et 85 % des actes de pesée sont automatisés avec une précision forcément inégalée."

Le site de production du Plan-de-Grasse est le plus important de tous ceux que compte Robertet dans le monde — Photo : Robertet

C’est de ce territoire que Robertet alimente les demandes venant d’Europe et du Moyen-Orient. Les autres usines du monde (États-Unis, Colombie, Afrique du Sud, Chine…) nourrissent leur propre marché. Le groupe maîtrise l’intégralité de la chaîne de valeur, de l’ingrédient au produit fini, assurant ainsi une parfaite traçabilité et une qualité optimale. De quoi continuer de grandir. "J’ai toujours dit que l’indépendance de la société n’était pas négociable. Mais si vous voulez rester indépendant, il faut avoir de la croissance", analyse Philippe Maubert.

De nouveaux actionnaires

Ainsi, le groupe grassois, coté en Bourse depuis 1984, a-t-il été "attaqué" par Firmenich en décembre 2019. Le géant suisse était entré au capital par ses achats d’actions. La réaction de Philippe Maubert avait été claire : les portes du conseil d’administration lui sont restées closes. Devenu DSM-Firmenich, celui-ci est finalement quasi sorti du capital de Robertet en novembre 2024, ramenant sa participation de 22 % à 1 %. Dans le même temps, le Fonds Stratégique de Participations (FSP géré par Isalt) et Peugeot Invest (famille Peugeot) sont ainsi entrés. "Ce sont des actionnaires français, qui ont une vision à long terme. Et qui, eux, rejoindront notre conseil d’administration très prochainement."

À long terme pour garantir durabilité et pérennité. De l’entreprise, de son activité, comme de ces précieuses matières premières naturelles. "Respecter nos valeurs et ne pas regarder derrière, cela résume tout à fait notre philosophie", conclut le président Philippe Maubert.

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