C’est un retour aux sources pour Givaudan (16 260 employés dans le monde, CA 2023: 6,9 milliards de Francs suisses soit l’équivalent de 7,35 Md€). Le géant suisse des arômes et des parfums va implanter à Grasse House of Naturals, son "centre d’excellence" en matière d’innovation, de recherche et de production, dédié aux ingrédients naturels. "Nous avons le souhait d’apporter des ingrédients "signés" à nos parfumeurs, explique Maxence Billas, directeur de cette entité. L’aura de Grasse reste très forte, notamment quand on parle d’ingrédients naturels."
Temple de la naturalité
Autres temps, autre époque. Car c’est la raison majeure qui l’avait fait quitter ces terres grassoises où Givaudan puisait une partie de ses racines 250 ans plus tôt, au travers des sociétés Chiris puis Roure. "Givaudan-Roure a décidé d’arrêter l’activité des naturels dans le milieu des années 90, nous n’avions plus de production d’ingrédients naturels pour la parfumerie et avons donc quitté Grasse." Le groupe ne reviendra que par procuration si l’on peut dire, au travers des acquisitions d’Expressions Parfumées en 2018 et d’Albert Vieille en 2019.
Aujourd’hui, non seulement la naturalité a le vent en poupe mais le territoire grassois n’est plus tout à fait ce qu’il était il y a quelques décennies. Les grands noms de la parfumerie y sont revenus avec de fortes ambitions. "Grasse avance, a souligné Hugues Moutouh, préfet des Alpes-Maritimes. Je suis très impressionné par le dynamisme d’une ville qui a peut-être été moins bénie des dieux que d’autres villes de la Côte d’Azur." Du dynamisme, il en aura fallu pour voir revivre cette friche sur laquelle va s’implanter Givaudan. De la patience aussi.
Une bataille livrée depuis 2006
Ce terrain de 2,7 hectares, l’un des tout derniers espaces fonciers valorisables, était occupé depuis 1998, par le français Biolandes, spécialiste des matières premières pour la cosmétique et le parfum. En 2006, celui-ci décide d’y cesser ses activités. Depuis, plus rien. Ou plutôt de nombreux épisodes et obstacles pour parvenir à "réindustrialiser Grasse".
Ainsi le maire de la ville et président de la communauté d’agglomération, Jérôme Viaud, a rappelé qu’en 2014, décision avait été prise de "restructurer patiemment mais sûrement toutes les friches industrielles du territoire". Mais pour ce site en particulier, les "défis" se sont multipliés.
Il a d’abord fallu convaincre Biolandes de céder cet actif. L’édile s’est rendu dans les Landes pour rencontrer son dirigeant et trouver, "après de longues négociations, un point d’équilibre". Il a fallu aussi "démontrer la viabilité technique hydraulique du projet" face aux risques d’inondations identifiés par les services de l’État. Un plan de prévention des risques a finalement été approuvé en 2023.
Entre-temps, le site était lauréat du 2e Fonds Friches de France Relance, et se voyait allouer 200 000 euros, en plus des 800 000 euros accordés par l’EPF, l’Établissement Public Foncier. En novembre 2023, Givaudan était retenu dans l’appel à candidatures lancé pour reprendre les lieux. La promesse de vente était signée un mois plus tard.
Enfin, en ce début 2025, était présentée la maquette du projet dont le permis de construire est attendu pour le mois de mai. "C’est quasiment la durée de l’Iliade et de l’Odyssée !, ironise le préfet. Presque autant de temps pour conquérir Troie et pour qu’Ulysse revienne à Ithaque. Cela dit beaucoup de la difficulté qu’il y a en France à faire sortir des projets. Aujourd’hui, on n’est que dans la logistique, la bureaucratie. Cela devient de plus en plus difficile."
60 emplois pour démarrer
Les travaux devraient démarrer début 2026 pour une inauguration espérée en 2027. La quarantaine d’employés de Givaudan, basés à Vallauris et à Mouans-Sartoux (ex-Albert Vieille,) y sera regroupée. Une vingtaine d’emplois sera par ailleurs créée au lancement du site. Ils devraient à terme, être plusieurs centaines, parfumeurs, agronomes, formulateurs, à évoluer dans ces lieux mais "à ce jour, on ne peut pas avoir de chiffres très précis, confie Maxence Billas, car il y aura ici la création d’activités qui n’existent pas aujourd’hui."
Givaudan n’a pas souhaité communiquer le montant des investissements que représente la construction de ce futur "centre d’excellence".