Pour Laurent Tissinié, dirigeant du cabinet niçois de gestion locative et de transaction immobilière GIT, l’impérieuse nécessité d’engager sa petite entreprise dans un processus de digitalisation est apparue fin 2014. « En l’espace de deux mois, 50% de l’effectif est parti, se souvient-il. Ces quatre départs ont profondément désorganisé l’entreprise. » Un vrai « tsunami » pour ce cabinet familial, né il y a 30 ans et dont le portefeuille compte à ce jour 700 lots en gestion, qui avait patiemment bâti sa réputation sur des services de proximité et une relation de confiance avec ses clients. Des valeurs mises à mal par ces départs impromptus dont les conséquences se sont vite fait ressentir. « Des clients sont partis, 186 lots ont été perdus impactant notre chiffre d’affaires (800.000 euros en 2016) de 30% ».
La CCI à la rescousse
Alors, que faire ? « Il nous fallait tout reconstruire pour donner un second souffle à l’entreprise, être de nouveau en capacité d’écouter la clientèle et retrouver ainsi la qualité du service ». Laurent Tissinié, sur les conseils d’un ami, se penche donc sur les notions d’ubérisation, de digitalisation, « des mots bien éloignés des structures traditionnelles » avec lesquels il se familiarise en se rapprochant de la CCI Nice Côte d’Azur. Celle-ci a mis en place une série de dispositifs adaptés aux TPE et PME azuréennes pour les aider à prendre le virage du numérique. Parmi eux, un autodiagnostic pour évaluer sa présence numérique, une première mise en bouche dont les résultats se sont avérés « catastrophiques ».
« On s’est rendu compte que notre site web, de type plaquette, était obsolète, quant à notre présence sur les réseaux sociaux, c’est simple, elle était nulle. Or, dans l’immobilier, la e-réputation est désormais capitale, sous peine de disparaître ». Le constat – lapidaire – renforce l’idée du dirigeant de mettre en place une vraie stratégie digitale pour rattraper son retard, et ce à moindre coût pour ne pas impacter une trésorerie déjà exsangue.
Le Skema aussi
C’est là qu’entrent en piste les étudiants de l’école de commerce sophipolitaine Skema Business School, ces millenium native qui « en matière de digital, savent de quoi ils parlent ». GIT intègre donc à la rentrée 2016 un projet tutoré mobilisant huit étudiants du Master 2 Marketing Digital pour travailler sur la stratégie de communication off et on-line du cabinet. Avec un objectif : « Nous doter d’une vision, d’une stratégie et des outils nécessaires pour, dans cinq ans, devenir les pionniers de la gestion immobilière 2.0 et prendre un coup d’avance sur nos concurrents ».
Nouveau site internet
Un an plus tard, « le projet a bien avancé », se félicite Laurent Tissinié. Le nouveau site internet, « plus clair sur nos offres de service et plus dynamique », engrange en moyenne 1.000 vues par mois. « Un bon début ». Mieux, la possibilité de consulter des fiches pratiques en ligne répondant aux problématiques les plus courantes rencontrées par les locataires a permis aux salariés du cabinet de se dégager du temps pour se consacrer de nouveau à l’accompagnement des clients, lesquels disposent d’un compte dédié. « Il s’agit désormais d’aller plus loin en intégrant à notre intranet un système de paiement ainsi qu’un réseau social, actuellement en test, pour entretenir et renforcer le lien avec notre communauté, un écosystème de 700 locataires, 400 propriétaires et une centaine de fournisseurs ».
Démarche appréciative
Laurent Tissinié envisage également le recrutement d’un community manager afin d’animer la présence – désormais effective – de GIT sur les réseaux sociaux (Facebook, Google+ et Linkedin), d’améliorer son référencement et sa e-réputation. « Nous sommes engagés dans une démarche appréciative qui consiste à appuyer notre communication, interne comme externe, sur nos succès. Cela donne du sens. C’est aussi ça la révolution digitale ».
Une révolution qui l’a conduit à repenser son organisation en affectant à chaque client un gestionnaire unique et en internalisant la fonction commerciale pour développer son chiffre d’affaires. « Avec le recul, ce tsunami de 2014 a finalement été un mal pour un bien. Sans lui, je serai encore en train de ronronner sans trop me poser de question, ni mesurer l’urgence de s’adapter à la nouvelle donne digitale. Cela aurait été certes plus confortable mais pas forcément gagnant pour le cabinet et ses salariés. »