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"Je transmets peu à peu mon entreprise à l’un de mes anciens salariés"
Interview Nice # Immobilier # Transmission

Laurent Tissinié président de GIT "Je transmets peu à peu mon entreprise à l’un de mes anciens salariés"

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Laurent Tissinié avait repris de son père le cabinet de gestion immobilière que celui-ci avait créé à Nice. À 55 ans, il en prépare à son tour la transmission, étape par étape, à l’un de ses anciens collaborateurs, Thierry Mirabello, parti dix ans plus tôt pour se mettre à son compte. Rachat des parts, inquiétudes des salariés, sujets qui fâchent… tout est géré en douceur pour inscrire l’entreprise de 8 personnes dans la pérennité et donner un nouveau souffle aux équipes.

L’équipe de Gestion Immobilière Tissinié (GIT) au complet avec au centre, Laurent Tissinié, président, et Thierry Mirabello, nouveau directeur général — Photo : DR

À 55 ans, pourquoi entamer déjà la transmission de votre entreprise ?

Laurent Tissinié : La question s’est posée à moi fin 2022, après 30 ans d’activité, avec toujours les mêmes soucis du chef d’entreprise : la masse salariale, les charges, la baisse du chiffre d’affaires, des salariés qui partent… J’ai vu le besoin alors de travailler autrement, de sécuriser l’entreprise et de transmettre en douceur, comme mon père l’avait fait avec moi. Je n’ai pas envie de rester comme certains jusqu’à 80 ans.

Quelles étaient vos options pour transmettre l’entreprise ?

L.T. : Soit je vendais à un groupe comme cela se fait énormément dans l’immobilier. Soit je proposais à quelqu’un. Mon rêve a toujours été de transmettre à un salarié ou à un enfant mais ma fille n’est pas du tout intéressée. Un ami m’a suggéré de "mettre une petite graine dans la tête" de Thierry, un ancien collaborateur. J’ai d’abord trouvé l’idée folle sachant qu’il avait sa propre boîte puis je l’ai appelé, nous avons déjeuné ensemble et je lui ai simplement expliqué : "J’ai 55 ans. Dans 7 ans, j’aurai remboursé tous mes crédits, l’idée est de céder, soit à groupe, soit à vous. Qu’en pensez-vous ?"

Vous avez dû être surpris ?

Thierry Mirabello : Je ne m’y attendais pas, c’était un peu brutal ! Mais ça m’a tout de suite plu. GIT (Gestion Immobilière Tissinié, NDLR) a été mon premier employeur, j’étais en alternance juste après mon bac. J’ai tout de suite été pris de passion par ce métier de la gestion immobilière, grâce à Laurent et à son père, et j’ai travaillé 8 ou 9 ans avant de partir me mettre à mon compte. C’était alors le bon timing pour moi. Et je ne regrette pas, tout s’est bien passé. Mais l’idée de reprendre à terme l’entreprise dans laquelle j’ai commencé, et vu la relation que j’ai avec Laurent, ça m’a vraiment plu. Je me suis d’abord demandé si j’y arriverais et puis il y avait les freins, financiers et logistiques avec mon entreprise. Il nous fallait creuser pour trouver la bonne formule.

"Nous avons identifié 12 sujets qui fâchent et les avons tous traités",

Quelle est cette "bonne formule" que vous avez donc choisie ?

L.T. : Au départ, j’avais l’idée de mener les choses par étapes, puis très vite, avec nos conseils, nous avons imaginé regrouper les 2 sociétés mais cela nécessitait un financement trop important pour Thierry, et représentait un bouleversement un peu trop brutal pour le personnel et pour les clients. Finalement, nous avons donc décidé de nous limiter d’abord à la cession de 25 % des titres, un peu plus dans trois ans, et la totalité dans sept ans. Cela nous a demandé une année de discussion. On se voyait parfois chaque semaine afin d’aborder tous les points qui fâchent. Nous en avons identifié 12 : Si j’ai envie de moins travailler ou de partir plus souvent en vacances, qu’en pensez-vous ? Si j’ai envie de changer de voiture et de prendre une location avec la société ? S’il y a un souci avec le personnel et nos épouses respectives qui travaillent aussi dans l’entreprise ? Etc.

Et sur le plan financier ?

L.T. : La banque nous aurait suivis mais nous avons décidé de ne faire appel à elle que dans un deuxième temps. Thierry a donc financé l’opération sur ses deniers personnels. Il a vendu un bien pour acheter ses parts. C’est un effort, mais c’est aussi un gage de réussite et de confiance.

Pourquoi ce besoin d’en parler si rapidement à vos équipes ?

L.T. : Nous en avons parlé la première fois tous les deux en février 2023 et j’ai décidé d’en parler au personnel en mai. J’avais envie d’une part de les impliquer et de mettre les choses au point, car il y avait des bruits disant que j’allais vendre à un groupe. Donc il fallait rassurer. Mais alors que je leur racontais la belle histoire qui devait mener à notre association avec Thierry, j’ai finalement passé trois quarts d’heure à les rassurer car ils avaient surtout peur de ce que cela allait impliquer pour chacun d’eux. La semaine suivante Thierry est venu expliquer sa vision, qui s’inscrivait dans la continuité. À partir de là, tout le monde s’est mis en ordre de marche, pour lui permettre d’arriver dans les meilleures conditions.

Laurent Tissinié (debout) transmet peu à peu son agence de gestion immobilière à Thierry Mirabello, désormais directeur général de GIT — Photo : Olivia Oreggia

Est-ce que l’expérience des dirigeants que vous aidez au sein de l’association EntreHead que vous avez créée, vous a aussi conduit à gérer ainsi cette transmission ?

L.T. : Autant mon expérience de chef d’entreprise a nourri EntreHead, autant les 150 cas que nous avons traités au sein de l’association et du Portail de la prévention nourrissent tous les jours mon expérience d’entrepreneur. Je vois en effet des dirigeants associés qui ne s’entendent pas, des boîtes fragilisées vouées au dépôt de bilan parce qu’ils n’ont pas la bonne attitude avec les salariés, parce que les dirigeants ne se payent pas, qu’ils payent leurs salariés pour qu’ils restent, parce qu’ils sont trop paternalistes, qu’ils font au contraire trop confiance et se font avoir… Éviter les non-dits est un conseil qui est souvent revenu, que ce soit des avocats ou autres. Ne pas avoir peur d’aborder les sujets qui fâchent, être dans la transparence, tout se dire… sont les ingrédients pour que ça marche.

Quels vont être vos rôles respectifs jusqu’à la transmission complète ?

L.T. : Je supervise toujours. Je m’occupe du personnel et de la cohésion d’équipe, de la communication et du démarchage, pour être le VRP de l’entreprise et de mon jeune associé, montrer qu’il y a un second souffle et que si j’ai pu à un moment paraître fragilisé, je suis toujours bien présent.

T.M. : Je suis davantage dans l’opérationnel. L’idée est de développer la gestion locative, se positionner comme pionniers de la gestion locative sur-mesure avec une tarification par option, à la carte, et de revenir aux fondamentaux pour que les services que nous proposons à la carte soient vraiment de qualité, avec des réponses en temps réel, et remettre en avant les locataires.

Est-ce un soulagement pour le chef d’entreprise que vous êtes ?

L.T. : Je pense que sans cette solution, la pérennité de l’entreprise aurait été, à terme, remise en cause, car je me serais essoufflé et avec moi, le personnel qui s’est beaucoup investi et est ressorti rincé du Covid. Il y avait une usure, une lassitude, on ne voyait que le négatif et plus tellement d’embellies. L’arrivée de Thierry, il n’y a pas mieux ! Je me projette sereinement, que ce soit pour l’entreprise elle-même ou pour les familles qu’elle nourrit y compris la mienne. Depuis un an, je dors comme un bébé ! Si j’ai un message à donner à tous les entrepreneurs qui envisagent de vendre, c’est d’abord de regarder autour d’eux s’ils n’ont pas un salarié, un confrère qui sort du lot, un ancien collaborateur, une connaissance… à qui ils pourraient transmettre.

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