«On est tous sidéré, on se dit qu'il n'y a pas de justice». Secrétaire du comité d'entreprise de Gautier, Céline Savouret explique que l'ensemble des salariés de l'entreprise est unanime pour dénoncer la décision prise par l'inspection du travail qui refuse la demande de licenciement d'un salarié soupçonné de vols dans l'entreprise. De fait, les salariés ont réalisé plusieurs actions de protestations à Rouen, avec défilés sous les fenêtres de l'inspection du travail et opérations escargots. Car l'employée administrative l'affirme: «Gautier, c'est une entreprise familiale, le patron est proche de ses salariés». Installé dans son petit bureau où il a mené sa grève de la faim coûte que coûte, Jean-François Marteau, 53 ans et déjà un infarctus, semble fatigué mais son regard volontaire indique qu'il n'est pas prêt à céder: «Il y avait un engagement de la part de l'inspectrice de me donner une réponse pour le 15novembre. J' ai fait confiance et j'ai arrêté ma grève de la faim. Mais rien, pas de réponse, alors je l'ai reprise». Car le P-dg de Gautier, ne veut en aucun cas, reprendre son salarié qu'il accuse de vols à répétition.
Dénonciation anonyme
C'est par un appel anonyme en août dernier, que Jean-François Marteau est mis sur la piste d'un employé qui se livrerait à des vols sur chantier. Un dépôt de plainte et trois semaines d'enquête par la Gendarmerie plus tard, la personne incriminée avoue les faits. «Une perquisition dans sa famille a permis de retrouver pour 50.000€ de matériaux. Mais les gendarmes ont estimé que ce n'était qu'une partie de l'iceberg, car ses activités durent depuis quatre ans». Fin septembre, le P-dg décide une mise à pied conservatoire et convoque la délégation unique du personnel qui vote à l'unanimité le licenciement de l'employé indélicat. Mais, l'employé est délégué du personnel et le licenciement doit recevoir l'aval de l'inspection du travail.
Licenciement non valide La réponse de l'inspection du travail tombe le 5novembre: c'est non. Une décision qui tient compte, pour le directeur départemental du travail Georges Decker, du fond et de la forme du dossier. «J'ai rencontré Monsieur Marteau et lui ai expliqué que nous devions vérifier que les droits du salarié étaient respectés et les faits reprochés d'une gravité suffisante pour licencier». Faits reprochés au salarié pas assez importants et vote de la délégation unique du personnel à main levé au lieu d'être à bulletin secret, étaient opposés à la demande de licenciement, par l'inspection du travail. «Monsieur Marteau a pu déposer un recours gracieux auprès de l'inspectrice et un recours hiérarchique auprès du ministre. Le recours gracieux a été traité plus rapidement qu'à l'habitude, vu les événements, mais il a fallu des compléments d'enquête. Et, je rappelle qu'au niveau de la procédure pénale, tant qu'il n'y a pas de jugement, le salarié est considéré comme innocent. Ce qu'il faut, c'est que les décisions soient prises dans la sérénité».
Gain de cause
Des explications qui ne convainquent pas Jean-François Marteau: «Ma décision de faire la grève de la faim n'a pas été facile. Mais ne pas pouvoir licencier ce salarié remet en cause ma crédibilité de chef d'entreprise!» Fort de nombreux soutiens, dont des élus et des messages venant de toute la France et surtout de celui, sans faille, de ses salariés, Jean-François Marteau s'insurge: «Cette grève de la faim, c'est une action menée face à l'absurdité d'une décision administrative». Un combat délicat face à l'administration et potentiellement dangereux pour sa santé qu'il a pourtant poursuivi (suite à la seconde décision de refus de l'inspection du travail), jusqu'au 24novembre dernier, date à laquelle le ministère du travail s'est finalement rangé de son côté, lui donnant l'autorisation de licenciement tant espérée. «C'est un soulagement, une émotion forte et je remercie mes salariés pour leur soutien magnifique».
Sébastien Colle
Conflit Pour protester contre la décision de l'inspection du travail de refus du licenciement de l'un de ses salariés soupçonné de vols, Jean-François Marteau, P-dg de Gautier (charpente et couverture) à Pavilly, a mené une grève de la faim de deux semaines.