Fret ferroviaire : Jusqu'où ira la baisse de trafic?

Fret ferroviaire : Jusqu'où ira la baisse de trafic?

Il faut développer le fret ferroviaire. Cette affirmation est soutenue par tout le monde, et surtout les politiques. Pourtant, dans les faits, l'activité du fret ferroviaire ne cesse de décliner (voir infographie). Et tous les acteurs du secteur en conviennent, la situation ne risque pas de s'améliorer rapidement. Comment expliquer la contradiction entre les discours et les faits? La nouvelle politique de Fret SNCF est en partie responsable de la situation. L'opérateur historique refuse de parler d'abandon du wagon isolé, mais force est de constater que l'accès à cette offre est beaucoup plus contraignante qu'avant. «Les clients doivent s'engager sur un volume minimum de 1.200t», explique Pascal Fernandez, délégué à l'aménagement des territoires ferroviaires chez SNCF Geodis.




Réorganisation de Fret SNCF

Une stratégie qui limite le recours ponctuel des chargeurs à Fret SNCF. Mais l'entreprise publique pouvait-elle maintenir son ancienne politique? Confrontée à l'ouverture du marché et à des pertes abyssales chaque année, elle se devait de réagir. «Il y a eu pendant longtemps une véritable méconnaissance des réalités chez Fret SNCF, déclare Christian Rose, délégué général adjoint AUTF (Association des utilisateurs de transport de fret). Alors que les pays voisins se préparaient à la concurrence, Fret SNCF n'a pas bougé et proposait un prix en décalage total avec le coût. Nous sommes désormais dans la vérité des prix».




Confiance effritée

Autre problème souvent évoqué par les transporteurs et les chargeurs: les grèves à répétition. Si Fret SNCF n'est plus le seul opérateur sur le marché, il reste de loin le premier acteur, et certains souvenirs liés à cette entreprise sont dans toutes les têtes. «La confiance dans le fret ferroviaire s'est effondrée en 1995, explique Stéphanie Antonelli, responsable technico-commerciale fret et logistique chez RFF Aquitaine. L'idée qu'il y a encore beaucoup de retards et de grèves perdure».




D'une logique de stock à une logique de flux

Par ailleurs, la baisse du fret ferroviaire peut s'expliquer par les nouveaux modes de distribution. «Nos habitudes de consommation ont conduit les chargeurs à passer d'une logique de stock à une logique de flux, souligne Christian Rose. Les envois sont de plus en plus fréquents et de plus en plus petits car il n'y a plus de surfaces de stockage chez les distributeurs». Un phénomène mondial qui est incontestablement défavorable au fret ferroviaire. Surtout, celui-ci subit une concurrence forte du camion. En Aquitaine, 85% du transport de marchandises s'opère par la route. Un mode qui «reste de toute façon indétrônable en terme de prix et de flexibilité», admet Pascal Fernandez. Sans compter que les camions transportants des produits agricoles et agro-alimentaires ne sont plus limités à 40t, mais à 44t depuis le 18 janvier. La hausse du prix du gazole et la future éco-taxe poids lourds prévue pour 2012 pourraient changer la donne. Sans modifier complètement les équilibres actuels, de tels changements pourraient renforcer l'attrait pour le train. Mais le soutien de la puissance publique sera de toute façon indispensable.




7Md€ pour le fret ferroviaire

Le Grenelle de l'environnement a prévu une enveloppe de 7Md€ pour le développement du fret ferroviaire d'ici à 2020. Plusieurs pistes sont évoquées pour permettre au mode ferré de sortir la tête de l'eau (Voir ci-dessous). Des solutions qui permettent d'espérer «une stabilisation de la chute de trafic pour 2015», estime Pascal Fernandez.