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Filt 1860 se diversifie pour ne pas mettre tous ses filets dans le même panier
Calvados # Textile et mode # PME

Filt 1860 se diversifie pour ne pas mettre tous ses filets dans le même panier

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Dernier fabricant français de filets et de cordons, Filt 1860 désormais installé à Mondeville après son extension, veut diversifier ses marchés et mise de plus en plus sur le textile technique et sur l’international.

Jean-Philippe et Catherine Cousin, dirigeants de Filt 1860, espèrent accroître leur chiffre d’affaires de 20 % à moyen terme — Photo : Isabelle Evrard

Installée depuis 2019 dans une usine neuve et agrandie en 2024 à Mondeville, Filt 1860, dernier fabricant français de filets et de cordons, poursuit son développement et axe sa stratégie sur de nouveaux produits, notamment dans le textile technique (40 % du chiffre d’affaires). "À notre époque, il n’est pas raisonnable de mettre ses œufs dans le même panier ou devrais-je dire le même filet, c’est pourquoi nous sommes rentrés dans l’accélérateur Bpifrance dédié aux savoir-faire d’exception, pour établir un bilan à 360 degrés de notre entreprise", explique Jean-Philippe Cousin, président de l’entreprise. Objectif : "Faire un état des lieux et mettre au point nos projets de développement". L’audit a ainsi permis à la PME normande qui emploie 25 salariés et a enregistré 2,2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 (dont 40 % à l’export), de réorganiser sa stratégie autour des filets techniques et des produits de développement durable. L’ambition de l’entreprise est d’accroître son chiffre d’affaires de 20 % à moyen terme.

Mettre l’accent sur les filets techniques

Jean-Philippe et Catherine Cousin participent à l’exposition universelle d’Osaka au Japon — Photo : Isabelle Evrard

Plusieurs axes de développement ont été mis en avant par l’audit mené avec Bpifrance, notamment sur des projets de filets techniques "à impact, favorisant le développement durable". À commencer par le marché des filets d’emballage des fruits et légumes. L’entreprise mise ainsi sur l’évolution de la loi AGEC (loi anti-gaspillage pour une économie circulaire) qui impose que le conditionnement de fruits et légumes d’un poids en dessous d’1,5 kg soit réalisé dans un emballage biodégradable et compostable. "Le marché est là. Nous sommes prêts, nous avons la machine dédiée. Nous avons commencé à travailler avec un producteur de carottes de Créances dans le Cotentin", assure le président.

Autre axe de développement qui a démarré début 2025, la filtration d’eau et d’hydrocarbures. "Nous avons développé un filet qui absorbe les hydrocarbures notamment pour les pollutions dans les rivières ou pour les inondations dans les parkings souterrains" expliquent les dirigeants.

D’autres projets sont en tests pour produire des filets de retenue de berges : "c’est un projet développé en partenariat avec l’Office National des Forêts (ONF) pour retenir les dunes, le temps que la végétation refasse son travail et reprenne racine. Nos filets sont à base de lin à 95 % français : le challenge est de trouver la bonne taille de mailles. Le filet doit être solide et complètement naturel. Le projet se mène sur le long terme dans les Landes, sur les quatre saisons de l’année pour avoir une analyse complète.

150 000 euros d’investissements à venir

Enfin, l’entreprise travaille depuis le mois d’octobre 2024, également avec le Feamp (Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture), en collaboration avec le plasturgiste normand Natureplast et l’Université de Bretagne Sud, pour remplacer les filets en polypropylène ou polyester de cultures de moules, par du bioplastique. "Nous devons vérifier la tricotabilité du bioplastique pour les tester cet été. Après un an de tests, l’objectif est d’arriver rapidement au stade semi-industriel", confirme Jean-Philippe Cousin.

Outre l’agrandissement de l’usine d’un coût de 700 000 euros, tous ces projets de développement ont nécessité des investissements industriels de 110 000 euros en 2024 et l’entreprise prévoit 150 000 euros d’investissements pour 2025.

Accentuer la stratégie à l’international

Pour les produits phares tels que les filets à provision (60 % du chiffre d’affaires), l’entreprise souhaite mettre l’accent sur l’export — Photo : Isabelle Evrard

Pour les produits phares tels que les filets à provision (60 % du chiffre d’affaires), l’entreprise souhaite mettre l’accent sur l’export. "Nous avons complété notre gamme avec un filet en provisions à base de paillettes pour en faire un véritable accessoire de mode", détaille Catherine Cousin, directrice exécutive de l’entreprise. Filt souhaite développer son marché à l’international notamment au Japon. "L’un de nos plus anciens clients japonais se lance dans une activité de distribution et voudrait démarrer avec notre produit. Nous allons rencontrer les Japonais au mois de juillet lors de notre participation à l’Exposition Universelle d’Osaka", explique la directrice qui confirme étudier des projets de développement également avec la Suisse et la Chine.

"Notre objectif est de mettre en place des circuits de distribution aux États-Unis, par secteur d’activité et par secteur géographique pour être présent à la fois sur la côte Est et sur la côte Ouest".

Par ailleurs, l’entreprise avait un projet de création de filiale aux États-Unis, mais depuis l’élection du président Trump, le projet repart dans une autre direction. "C’était un trop gros projet à mettre en place et qui nécessitait beaucoup d’investissements financiers et administratifs. Finalement, nous avons mis en place une mission spécifique avec business France sur les États-Unis. À l’origine, nous étions dépendants d’un seul distributeur sur les États-Unis, mais nous étions trop prisonniers de ce marché. Notre objectif aujourd’hui est de mettre en place des circuits de distribution par secteur d’activité et par secteur géographique pour être présents à la fois sur la côte Est et sur la côte Ouest. Notre produit va ainsi se retrouver autant dans les épiceries fines que dans les concept stores, dans les jardineries…" Depuis les 80 ans de l’anniversaire du D-Day en Normandie, l’entreprise, qui avait réalisé un filet façon "Débarquement" s’est construit une belle notoriété auprès des Américains. "Nous avons pu conclure un premier contrat avec le Musée de la Seconde Guerre mondiale à la Nouvelle-Orléans". Quelque 200 pièces ont déjà été vendues et le Musée affiche 700 000 visiteurs par an ! De belles perspectives de vente pour les filets normands !

Calvados # Textile et mode # Agriculture # PME # International # Innovation