Dans son dernier baromètre des levées de fonds réalisées par les start-up, In Extenso Innovation Croissance présente en Nouvelle-Aquitaine une chute de 80 % des montants levés (vs +25 % au niveau national) et de 63 % du nombre d’opérations (-37 % au national) en 2025. Comment l’expliquez-vous ?
En 2024, nous avions eu quelques belles opérations en Nouvelle-Aquitaine (525,2 M€ levés, + 89 %) : The Exploration Company (150 M€), Neat (50 M€), Elicit Plant (45 M€), Sail for Goods (Vela, 40 M€) ou encore Exoes (35 M€). Il y avait environ une dizaine d’opérations à plus de 20 millions d’euros alors qu’en 2025, il n’y en a qu’une (HyprSpace qui a levé 21 M€ en novembre, NDLR) qui entre bien dans les sujets de souveraineté technologique autour du New Space qui ont le vent en poupe sur les financements. Ça a mécaniquement joué sur le ticket moyen régional (2,4 M€, -57 %). Les autres opérations sont plus modestes autour de projets intéressants et porteurs, mais peut-être moins matures comme Seaturns (2,4 M€), ou CibleR (1,8 M€).
Outre la Nouvelle-Aquitaine, vous ciblez trois autres régions dans votre étude (Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie). Suivent-elles la même tendance ?
En Auvergne-Rhône-Alpes, le nombre d’opérations baisse de 34 % mais le total des montants levés est en hausse de 5 % (à 556 millions d’euros), notamment grâce aux deeptechs. En Paca, le nombre d’opérations est en baisse de 30 % mais le montant total en hausse de 57 % (257 M€). Enfin, en Occitanie, on est à -30 % sur le nombre et à -34 % sur les montants (234 M€). Globalement, la baisse reste importante en régions, notamment en Nouvelle-Aquitaine. L’augmentation des montants au niveau national est portée par un tout petit nombre de sociétés, comme Mistral AI, qui a investi des milliards.
Comment expliquer ce phénomène globalisé ?
Globalement, on assiste à une reconcentration des financements vers un nombre limité de sociétés à fort potentiel, il y en a moins pour les autres. Les souscripteurs de fonds veulent sans doute que les opérateurs se concentrent plus sur les technologies à caractère souverain. Tout ce qui touche à l’IA, aux semi-conducteurs, au photonique ou au spatial conserve une bonne dynamique.
Si jusqu’à présent, les levées d’amorçage et de pré-amorçage et petites opérations étaient assez dynamiques et soutenues, aujourd’hui moins de financements sont orientés vers ces acteurs. Ça peut être dû à une plus faible disponibilité des fonds fléchés vers l’Early stage ou à une volonté de certains opérateurs de limiter leurs risques en allant vers des tours plus tardifs.
Cette tendance pourrait-elle être durable ?
Les levées de fonds avaient explosé après le Covid, une dynamique notamment orientée par la baisse de taux. L’argent s’était tourné vers des actifs qui apportaient plus de rémunérations, ce qui a créé une bulle. Elle s’est dégonflée depuis.
Le souhait de soutenir la deeptech devrait perdurer. La récente levée de Fineheart sur le premier trimestre (35 M€) montre que 2026 semble être mieux engagée pour la région Nouvelle-Aquitaine. On peut aussi imaginer d’autres tours pour certaines entreprises comme Vela, qui va étendre sa flotte. Ça devrait se réamorcer.