Parée au décollage. Ce jeudi 20 novembre, la start-up industrielle spatiale franco-allemande The Exploration Company a ouvert les portes de son nouveau site industriel français près de Bordeaux. Doté de 5 000 m2 dédiés à la production et de 2 500 m2 de bureaux, il n’est pas sorti de terre pour elle, mais a été racheté fin octobre pour environ dix millions d’euros. Il était occupé précédemment par la filiale française de la multinationale américaine Steris, qui y fabriquait des tables d’opération et l'a quittée non sans fracas.
Reconversion spatiale
"On a financé une partie de la reprise des outils de production de Steris, certaines machines et du mobilier", dévoile Antoine Mondésert, directeur financier de The Exploration Company, qui précise que trois banques (BNP, Crédit Agricole et CIC) ont fourni le reste.
Une reconversion spectaculaire pour ce bâtiment désormais occupé par une société à l’ambition forte : faire décoller la première capsule spatiale européenne, "la plus grosse au monde capable de rapporter sur terre du cargo au départ des stations spatiales" selon sa PDG Hélène Huby.
Pour l’y aider, The Exploration Company ne manque ni de soutien (trois fois lauréate de France 2030) ni de fonds : en l’espace de 4 ans, elle a levé 225 millions d’euros, dont 150 millions en novembre 2024 au cours de la plus grosse série B du secteur du new space.
Depuis, elle affirme avoir déjà signé "presque 800 millions d’euros de contrats" et poursuit l’ambitieux objectif de faire voler Nyx, une capsule spatiale cargo modulaire et réutilisable, à l’été 2028.
Implantation stratégique
Elle le fera en partie depuis la Gironde, où elle quitte son lieu d’incubation (le bâtiment cockpit de Technowest) pour s’installer dans ce nouveau site du Haillan, juste en face d’ArianeGroup. Elle dispose aussi d’un site de tests - trois bancs actuellement installés - sur le proche aéroport de Mérignac, qu’elle va pouvoir réaménager. "On va transférer les outils de production qui étaient hébergés jusque-là sur le site de test pour mieux dissocier les activités", poursuit Antoine Mondésert.
La PDG Hélène Huby justifie aisément le choix de son implantation locale, qui réunit déjà 150 personnes - sur 400 - et devrait en compter 350 à 400 d’ici à 2028. "C’est le meilleur endroit en Europe pour construire des tuiles de protection thermique", assure Hélène Huby. Et pour cause : c’est en Gironde qu’ArianeGroup fabrique le missile nucléaire M51 pour les sous-marins français. "Nous avons développé notre technologie en Allemagne, mais nous l’industrialiserons ici", poursuit la dirigeante. Cette protection, nécessaire à la rentrée atmosphérique de la capsule, a déjà été testée lors d’un premier décollage en juin. Sa production girondine doit débuter en mars 2026.
Des investissements massifs
Le site du Haillan sera aussi dédié à la fabrication et l'assemblage des moteurs, à la fois ceux des capsules et ceux du véhicule lunaire et du futur lanceur que TEC développe en parallèle. Il abritera, enfin, le centre de contrôle de la capsule Nyx.
"On apporte aussi de nouvelles compétences, notamment sur la propulsion liquide, en particulier cryogénique, ce qui est une première localement où la spécialité reste la propulsion solide".
Toute cette ingénierie (système, propulsion, protection thermique) nécessitera des investissements locaux massifs pour la société, de l’ordre de "150 à 200 millions d’euros entre les compétences et les machines dans les 3 à 4 ans", termine la dirigeante.
Enjeux souverains
Le temps est un élément clé pour ce prétendant "leader européen du transport spatial", qui ne s’arrêtera pas au transport de marchandises et entend bien envoyer des astronautes dans ses engins. "On répond à un vrai besoin du marché. De plus en plus de pays veulent avoir accès à l’espace et très peu de véhicules sont disponibles. Il n’y en a aucun en Europe, et le marché croît puisque les vols habités ont connu une croissance de 75 % ces 5 dernières années", résume Hélène Huby.
The Exploration Company anticipe déjà la fin de l’ISS (station spatiale internationale, NDLR), programmée pour 2030. "On fera face à un problème d’offre, car on ne pourra pas reconstruire immédiatement une station spatiale aussi grande. Mais des capsules comme les nôtres pourront servir pour des stations spatiales privées et de labos automatiques, pour des expériences plus courtes", affirme Hélène Huby.
"Notre carnet de commandes nous donne déjà à voir au-delà de 2032."
Les clients sont déjà sur les rangs, qu’il s’agisse de l’ESA (agence spatiale européenne), de l’ISRO (agence spatiale indienne) de la NASA ou de stations commerciales privées. "Il y a peu de clients, mais ce sont des missions importantes, des contrats de plusieurs milliards. On a déjà signé 5 missions avec les stations spatiales américaines. L’ESA et nos investisseurs cofinancent la première mission de démonstration de Nyx. Lors de la conférence ministérielle de la semaine prochaine (à Brême, en Allemagne, NDLR), l’ESA va proposer aux États membres de s’engager sur 3 à 4 missions commerciales de plus". Thales Alenia Space est aussi dans la course, mais la cofondatrice de The Exploration Company n'est pas inquiète. "Notre carnet de commandes nous donne déjà à voir au-delà de 2032".