À Illkirch-Graffenstaden, près de Strasbourg, la start-up Prosoon, qui développe une solution de certification numérique des diplômes et certifications adossée à la blockchain, prépare un nouveau cap financier. Fondée en 2022 par Hugo Spiess, l’entreprise prévoit de lever environ 1 million d’euros au premier semestre 2026 afin d’accélérer sa commercialisation et de se positionner sur le marché européen de la "trust tech". "Nous voulons devenir une référence européenne de la certification tournée vers l’emploi", résume son fondateur.
Une start-up en plein essor
Après une première version de l’application lancée en janvier 2023, Prosoon revendique aujourd’hui 50 clients actifs et près de 10 000 bénéficiaires. L’entreprise compte trois salariés et réalise environ 50 000 euros de chiffre d’affaires annuel. Elle vise 300 000 euros de chiffre d’affaires fin 2026, signe d’un changement d’échelle attendu.
Son modèle repose sur un logiciel SaaS à forte marge brute : ce sont principalement les recruteurs et employeurs qui payent un abonnement pour vérifier l’authenticité des diplômes ou certifications, tandis que l’accès reste gratuit pour les bénéficiaires. "L’idée est d’embarquer toutes les parties prenantes sur une même plateforme, en particulier les recruteurs", explique Hugo Spiess.
Le marché reste concurrentiel et encore en structuration, entre standards établis comme Open Badges dans le monde associatif et acteurs spécialisés tels que BC Diploma (Paris).
Blockchain, IA et identité numérique
Pour le dirigeant de la start-up, la technologie de la blockchain permet de s’assurer de l’authenticité des documents. "Dans un monde où l’IA facilite la falsification documentaire, la blockchain reste un garde-fou : elle est incorruptible", avance-t-il.
Prosoon ne développe pas sa propre chaîne de blocs mais un applicatif qui s’appuie sur des infrastructures existantes. La start-up a été sélectionnée comme "early adopter" de l’infrastructure européenne EBSI (European Blockchain Services Infrastructure), portée par la Commission européenne, destinée à faciliter la vérification transfrontalière des diplômes et certifications. "L’enjeu, c’est la vérification immédiate entre pays européens", souligne Hugo Spiess, alors que l’arrivée du "wallet européen d’identité numérique" (un portefeuille numérique regroupant pièces d’identité et justificatifs certifiés) est attendue à horizon 2027.
Un financement déjà amorcé
Prosoon a déjà sécurisé un premier tour de table de 280 000 euros en capital, combinant French Tech Seed via Bpifrance (180 000 euros) et les Business Angels Marne-Ardennes (100 000 euros). En 2025, la société a bénéficié d’un financement relais de 80 000 euros apporté par Clément Schneider (AR24), complété par un prêt du même montant, afin de préparer la levée de fonds prévue 2026.
Contrôler la diffusion des données personnelles
Au-delà de la lutte contre les faux diplômes, Prosoon met en avant des usages RH, via des mécanismes de "divulgation sélective" permettant de prouver une information sans dévoiler l’ensemble de ses données personnelles. "On peut prouver un parcours sans exposer toutes les données, ou ne donner à la SNCF que son âge pour une carte 18-25 ans par exemple", avance son fondateur. Il défend une approche où la donnée reste sous contrôle : "On ne cambriole pas un appartement vide : si rien n’est révélé, il n’y a rien à sécuriser."
En filigrane, Prosoon avance aussi un enjeu social : permettre aux candidats de prouver leurs compétences tout en réduisant certains risques de discriminations à l’embauche.
Premiers clients à l’international
La start-up annonce par ailleurs ses premiers clients hors de France, aux Pays-Bas et en Roumanie, ainsi qu’un déploiement jusqu’en Côte d’Ivoire. Prosoon entend s’imposer comme un acteur de référence de la certification numérique en Europe, dans un contexte où garantir l’authenticité devient un enjeu stratégique pour l’emploi et la mobilité.