La deeptech marseillaise VB Tech, spécialisée dans la modélisation numérique du cerveau, a nommé un nouveau président, Serge De Senti. Une arrivée qui marque une étape structurante pour l’entreprise, engagée dans un changement d’échelle : passer du monde de la recherche à celui de l’industrialisation, avec l’ambition assumée de "devenir au secteur de la santé ce que Mistral AI est à l’intelligence artificielle".
Une techno issue de la recherche
La technologie développée par VB Tech repose sur plus de vingt ans de recherche en neurosciences menées par le professeur Viktor Jirsa, directeur de recherche à l’Institut de neurosciences des systèmes (INSERM) d’Aix-Marseille Université. Développée avec la Satt Sud-Est, la plateforme logicielle BrainXplore permet de créer un jumeau numérique du cerveau d’un patient. Cette modélisation dynamique et personnalisée de l’activité cérébrale aide les médecins à tester différents scénarios thérapeutiques avant une intervention réelle, afin d’en anticiper les effets et de réduire les risques. Une avancée que ses concepteurs comparent à l’impact qu’a représenté l’IRM dans le domaine de l’imagerie médicale. BrainXplore s’appuie notamment sur EPINOV, la plus vaste étude clinique jamais conduite dans le champ de l’épilepsie, avec plus de 300 patients suivis dans 13 centres hospitaliers.
Créée en 2022, VB Tech a levé à ce stade 1,9 million d’euros de financements publics et privés, dont 500 000 euros il y a un an. "C’est nettement insuffisant pour un projet de cette envergure", estime Serge De Senti. Ancien cadre d’Airbus Helicopters pendant quinze ans et entrepreneur à plusieurs reprises, le nouveau dirigeant entend structurer l’entreprise, lui apporter une méthodologie de développement et renforcer son ancrage industriel français. "Il faut changer de braquet", résume-t-il.
Une levée de fonds de 5 millions d’euros
Dans le viseur : une levée de fonds de 5 millions d’euros, pensée en deux temps. Une première phase vise à fédérer des investisseurs individuels autour du projet, avec un ticket d’entrée fixé à 5 000 euros. À ce stade, 416 000 euros ont déjà été collectés, sur un objectif de 500 000 euros. Une seconde phase est engagée avec des fonds d’investissement, qui aurait déjà permis de sécuriser près de 3 millions d’euros. "Je suis là pour aller chercher ces financements et nous donner les moyens de vivre une aventure humaine et marseillaise", affirme Serge De Senti. Une opération qui doit également ouvrir l’accès à des financements non dilutifs.
Générer rapidement du chiffre d’affaires
Ces moyens doivent permettre d’accélérer les certifications européennes et américaines (FDA) et la mise sur le marché de la première version du VEP (Virtual Epileptic Patient). Ce dispositif médical, outil d’aide à la décision dans le traitement de l’épilepsie, est déjà testé à travers trois prototypes en service : aux États-Unis, au sein de l’University of Pittsburgh Medical Center et d’UC Davis Health en Californie, ainsi qu’à l’AP-HM, avec l’implication du Pr Fabrice Bartolomei, spécialiste mondial de l’épilepsie, et du Pr Maxime Guye, référence française de l’imagerie par résonance magnétique.
Parallèlement, VB Tech entend générer ses premiers revenus (montant non communiqué) en signant des contrats avec sept centres de recherche à travers le monde. Objectif : financer le développement du VEP 2, que Serge De Senti qualifie de "Graal pour le traitement de l’épilepsie", et adapter la technologie à d’autres pathologies neurologiques. "Nous avons volontairement choisi un axe fort, l’épilepsie, pour générer le plus rapidement possible du chiffre d’affaires", explique-t-il. L’équipe, aujourd’hui composée de six personnes, doit s’étoffer prochainement et s’installer à Polytech Marseille.