C’est une nouvelle brique stratégique posée par le groupe Equasens. Historiquement connu pour ses logiciels de gestion officinale et médicale, le groupe basé à Villers-lès-Nancy, en périphérie de Nancy, qui pèse un total de 216 millions d’euros de chiffres d’affaires et emploie 1 400 salariés, renforce son activité formation en reprenant 80 % du capital d’Erevo. Basé à Marseille, ce "pure player" de la formation digitale dédiée aux professionnels de santé emploie aujourd’hui 65 salariés et devrait réaliser un chiffre d’affaires de 7,4 millions d’euros en 2025. "Le choix d’Erevo s’est fait dans une dynamique de renforcement de notre offre", explique Denis Supplisson, le directeur général d’Equasens.
Une couverture exhaustive des professions de santé
Jusqu’ici, Equasens était principalement présent sur le segment de la formation des pharmaciens via sa filiale Atoopharm, soit 2,5 millions d’euros de chiffre d’affaires. Avec Erevo, les activités liées à la formation au sein du groupe Equasens changent de dimension, pour frôler les 10 millions d’euros d’activité. "Cela fait de nous un leader de la formation à destination des professionnels de santé quand on raisonne en termes de chiffre d’affaires", se félicite Denis Supplison.
70 000 professionnels de santé, 4 000 établissements
Maintenant, l’objectif est de capitaliser sur la base client du groupe lorrain : 70 000 professionnels de santé sur le périmètre "de la ville", mais aussi 4 000 établissements de santé, pour un total 80 millions de patients suivis grâce aux solutions Equasens. Pour le dirigeant, la logique industrielle est évidente. "La liaison entre Erevo et Atoopharm nous permet d’être en mesure d’adresser des formations à toutes les professions de santé à ordre : pharmacien, médecin, kiné, podologue, infirmière", détaille Denis Supplisson.
Le levier de la certification périodique et de l’hôpital
Ce rachat intervient dans un contexte réglementaire porteur. Jusqu’ici pilotée par l’ANDPC, l’Agence nationale du développement professionnel continu, la formation de l’ensemble de la communauté médicale française va basculer vers un autre cadre réglementaire, la certification périodique. Si tout n’est pas encore figé, c’est la Haute autorité de santé qui devrait assurer l’évaluation scientifique des futures formations quand France Compétences assurerait le financement. Concrètement, sur une période de six ans, les deux millions de professionnels de santé français seront tenus de valider huit actions de formation. Jusqu’à présent, seuls 22 % des professionnels de santé respectaient leurs obligations liées au développement professionnel continu.
"Pénétrer rapidement et efficacement le marché hospitalier"
"C’est un tournant majeur dans le pilotage des compétences professionnelles", résume Aurélie Pietri, directrice pédagogique chez Erevo. "Et cette évolution représente une réelle opportunité stratégique, celle d’accompagner les professionnels de santé dans un cadre beaucoup plus large que celui du DPC (développement professionnel continu), en proposant des parcours structurés". Y compris sur le marché hospitalier, réputé difficile d’accès. Grâce aux divisions hospitalières d’Equasens, Erevo va pouvoir "pénétrer rapidement et efficacement le marché hospitalier", anticipe Jérémy Baran, cofondateur d’Erevo. Denis Supplisson confirme en précisant que la réforme offre "la possibilité d’évoluer vers l’hôpital", là où l’offre de formation du groupe était jusqu’à présent "focus ville".
"L’ouverture de marché va être énorme sur la partie hospitalière, les EHPAD, les cliniques, tous les centres de santé conventionnés."
Fidèle à sa marque de fabrique visant à maximiser les synergies lors des opérations de croissances externes, Equasens ne compte pas laisser Erevo fonctionner en silo. L’ambition est de générer des "synergies opérationnelles et commerciales" grâce aux logiciels métiers utilisés quotidiennement par les médecins et autres professionnels de santé. De plus, l’intelligence artificielle devra jouer un rôle central dans le développement de l’activité formation du groupe Equasens. Denis Supplisson assure qu’Erevo bénéficiera des travaux déjà menés dans le champ de l’intelligence artificielle par le groupe "pour pouvoir faire évoluer son offre". Fabien Haddad, fondateur d’Erevo, évoque notamment la possibilité de développer des modules de formation en "video-learning" grâce à l’IA, tout en cherchant "la bonne pondération" pour ne pas dérouter les utilisateurs. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, Equasens mise sur un atout de taille : la souveraineté des données, un enjeu "critique" selon Denis Supplisson : "Nous travaillons avec nos propres modèles de langages, qui sont hébergés chez nous, dans nos datacenters. Ni le son, ni le texte ne sortent de nos serveurs, donc de la France".
Déjà 90 salariés dans le domaine de la formation
Si le montant du rachat d’Erevo reste confidentiel, Equasens ne communiquant jamais sur le montant de ses acquisitions, les perspectives sont claires. Le groupe anticipe "une croissance forte sur les trois prochaines années" pour son activité de formation, qui rassemble déjà près de 90 salariés. "Avec la certification périodique qui va arriver dans les prochains mois, il y aura un très gros enjeu pour nous. L’ouverture de marché va être énorme sur la partie hospitalière, les EHPAD, les cliniques, tous les centres de santé conventionnés", anticipe Fabien Haddad. "Donc nous allons devoir créer de nouvelles équipes."