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Le groupe Equasens veut être souverain sur l’hébergement des données de santé
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Le groupe Equasens veut être souverain sur l’hébergement des données de santé

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L’éditeur de solutions numériques pour les professionnels de santé Equasens vient de dévoiler une nouvelle offre, baptisée Cloud Santé Privé. Derrière ce lancement, le groupe lorrain a pris un virage stratégique en refondant complètement son infrastructure d’hébergement des données grâce à un investissement de 10 millions d’euros.

Grégoire de Rotalier est le directeur général délégué d’Equasens — Photo : www.bertrandjamot.com

La décision d’investir a été prise "en juin 2023. Puis nous avons négocié les contrats avant de lancer le déploiement de la nouvelle infrastructure en janvier 2024", déroule Grégoire de Rotalier, directeur général délégué du groupe Equasens. Agréé depuis 2002 pour héberger des données de santé, l’éditeur de solutions numériques pour les professionnels de santé basé à Villers-lès-Nancy, en périphérie de Nancy, vient de passer dans une autre dimension en lançant sa nouvelle offre, Cloud Santé Privé. Une offre qui repose sur une nouvelle architecture, soit deux datacenters, dans lesquels le groupe, qui pèse 216 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 1 300 salariés, a injecté un total de 10 millions d’euros. Un montant qui englobe les travaux pour reprendre les salles abritant les datacenters, mais aussi les nouveaux équipements informatiques, le réseau de fibre optique ou encore des groupes électrogènes pour assurer la disponibilité de l’alimentation électrique. La gestion de cette nouvelle infrastructure est assurée par une équipe de 50 personnes.

Une capacité de stockage de 1 pétaoctet

"Nous avons choisi d’investir dans toutes les dernières technologies du marché", résume Grégoire de Rotalier. Concrètement, deux datacenters travaillent aujourd’hui de concert pour assurer un taux de disponibilité approchant les 100 %, à l’abri des regards au sein de deux bâtiments appartenant au groupe, à Villers-lès-Nancy et à Houdemont. Pour faire face aux besoins actuels et anticiper les besoins futurs des clients d’Equasens, le groupe a vu large : la capacité de stockage est de 1 petaoctet, soit 1 million de gigaoctets. Actuellement utilisée à 55 %, cette capacité a été dimensionnée pour accompagner les développements du groupe : "Nous avons prévu des marges de manœuvre importante", approuve Grégoire de Rotalier. "Mais il faut savoir qu’en plus des 2 000 établissements de santé et médico-sociaux déjà hébergés sur cette nouvelle infrastructure, nous allons aussi héberger nos clients étrangers, soit des Anglais, des Belges et à terme des Européens de toute part." Quand le projet a démarré, entre "zéro et cinq établissements de santé" étaient hébergés au sein des datacenters du groupe, précise le directeur général délégué. Actuellement, tous les mois, entre 40 et 50 établissements rejoignent l’infrastructure du groupe.

Les données de santé des clients d’Equasens pourront désormais être hébergées au sein de deux datacenters implantés dans l’agglomération nancéienne — Photo : Pharmagest

Une "approche disruptive" sur le marché

Pour Equasens, ce virage stratégique permet de prendre la direction d’une plus grande autonomie vis-à-vis des hébergeurs de données traditionnels. "Nous ne pourrons jamais être 100 % autonome", concède Grégoire de Rotalier, "Mais dans tous nos choix, de manière générale, nous allons mettre la question de l’hébergement privé en première intention". Concrètement, grâce à sa nouvelle infrastructure, les équipes d’Equasens peuvent proposer aux professionnels de santé des outils logiciels et en plus, un hébergement souverain, exploité directement par le groupe et dans le meilleur état de l’art. "Nos clients n’ont plus qu’un seul interlocuteur, qui est l’éditeur et l’infogérant de leur solution", résume le directeur général délégué d’Equasens. Une stratégie qui permet au groupe d’occuper une place singulière sur le marché. "C’est une approche qui est assez disruptive, puisque la plupart des éditeurs ou des fabricants de services numériques s’adossent à des hébergeurs spécialisés, qui eux-mêmes ne sont pas spécialisés en santé".

Héberger le modèle de langage sur lequel repose Loquii

La refonte de l’architecture hébergeant les données de santé a aussi permis au groupe de continuer à creuser le sillon ouvert dans le domaine de l’intelligence artificielle. En septembre 2024, Equasens a annoncé le lancement de Loquii une intelligence artificielle générative conçue pour aider les professionnels de santé en les soulageant de leurs tâches administratives et en évitant les erreurs de retranscription. Concrètement, la solution a été développée comme une interface entre le patient et le professionnel de santé, qui va se mettre à l’écoute de la conversation et en retirer, à travers une analyse, des mots-clés qui vont enrichir le dossier du patient : constante physiologique, verbatims, rédaction de courrier, les possibilités ouvertes sont immenses. "Notre ambition, c’est de mettre chez nous le modèle de langage sur lequel s’appuie Loquii", dévoile Grégoire de Rotalier.

Opérationnel au deuxième trimestre 2026

Pour y parvenir, le groupe vient de déclencher un nouvel investissement, pour s’équiper de quatre machines dotées de GPU, soit les processeurs capables de faire tourner efficacement les modèles de langage. "C’est aussi une démarche inédite sur le marché, puisque finalement, personne ne fait ça", constate Grégoire de Rotalier. Là encore, la décision a été motivée par les impératifs liés à la sécurité des données, et à leur potentielle exposition. "Ce n’est pas un style imposé d’être chez Amazon ou Google, vous pouvez être chez nous", tranche le directeur général délégué d’Equasens. Discret sur le montant injecté dans les projets puisqu’en pleine négociation afin de passer commande dans les meilleures conditions, Grégoire de Rotalier confirme cependant que ces GPU se négocient actuellement plus de 40 000 dollars sur le marché. "Tout sera opérationnel au deuxième trimestre 2026", anticipe le directeur général délégué d’Equasens.

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