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“Equans réalise plus de 300 millions d'euros d'activité dans le Grand Est”
Interview Grand Est # Ingénierie # Investissement industriel

Pierre Hardouin PDG d'Equans France “Equans réalise plus de 300 millions d'euros d'activité dans le Grand Est”

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Filiale du groupe Bouygues, Equans (19 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 90 000 salariés) observe dans le Grand Est des investissements industriels maintenus. Ceux-ci sont toutefois de plus en plus déclenchés par les normes et les enjeux énergétiques, sur fond de contraintes de financement, analyse Pierre Hardouin, PDG d'Equans France.

Pierre Hardouin, PDG d'Equans France, était de passage à Strasbourg en mars 2026 — Photo : Marine Dumeny

Dans le Grand Est, vous accompagnez des projets comme Norske Skog dans les Vosges ou la fromagerie Henri Hutin dans la Meuse. Dans un contexte d'incertitudes économiques, ces investissements traduisent-ils une dynamique solide ou fragile?

Cela reflète une activité soutenue, qui représente environ 315 millions d'euros d'activité et 3 750 salariés dans le Grand Est. À l'échelle du groupe, Equans pèse environ 19 milliards d'euros de chiffre d'affaires pour 90 000 collaborateurs.

L'investissement tient, notamment dans l'industrie et les infrastructures. Mais sa mise en œuvre se complexifie. Les entreprises ont les projets. Le vrai sujet aujourd'hui, c'est le financement. Les décisions ralentissent, les montages se tendent et certains projets se décalent.

Entre objectifs européens de neutralité carbone et dispositifs comme le décret tertiaire, le BACS (systèmes d'automatisation et de contrôle des bâtiments) ou la réglementation F-Gas, la norme est-elle devenue un déclencheur d'investissement ?

Le cadre s'est fortement densifié. Le décret tertiaire impose notamment une réduction de la consommation d'énergie finale des bâtiments de 40 % d'ici 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 pour les surfaces de plus de 1 000 m².

La réglementation accélère la prise de décision. Elle ne se contente plus d'encadrer, elle déclenche des investissements. Dans le froid commercial, le remplacement de certains fluides frigorigènes à fort impact carbone s'impose rapidement. Par exemple, sur le projet Würth à Erstein (Bas-Rhin), chantier engagé fin 2024 et prévu jusqu'en 2027, nous déployons un système incendie sans PFAS pour 2,45 millions d'euros, intégrant plus de 7 100 têtes de sprinklers, c'est-à-dire des dispositifs automatiques de projection d'eau en cas d'incendie. C'est typique de ces investissements à la fois contraints et anticipés.

Quand on parle de réindustrialisation, observe-t-on de nouvelles implantations ou plutôt une transformation des sites existants ?

On est davantage dans la modernisation des sites existants que dans des créations pures. Le projet Norske Skog à Golbey (Vosges) en est un bon exemple. Il s'agit de transformer un site industriel de 70 hectares pour passer de la fabrication de papier journal au carton recyclé. Nous avons déployé environ 250 kilomètres de câbles et près de 400 capteurs pour piloter la nouvelle ligne.

Même logique dans l'agroalimentaire, avec la modernisation du site de la fromagerie Henri Hutin (Meuse), qui représente un investissement de 90 millions d'euros. On adapte les outils existants plutôt qu'on ne crée de nouveaux sites.

Dans une région qui combine énergies nucléaire, renouvelable et montée en puissance de l'électrification, quel rôle l'énergie joue-t-elle aujourd'hui dans les décisions industrielles ?

L'énergie est devenue centrale. Environ 80 % des usages industriels aujourd'hui alimentés par des énergies fossiles sont électrifiables.

Dans le Grand Est, le nucléaire représente encore plus de 70 % de la production d'électricité, avec une montée en puissance des énergies renouvelables. L'électrification permet d'aller vers une énergie plus stable, décarbonée et compétitive. C'est un enjeu direct de compétitivité pour les industriels.

Mais cela suppose des investissements importants et une capacité à se projeter dans la durée.

Du côté des collectivités, avec des projets comme celui d'Altkirch (Haut-Rhin), financé par les économies d'énergie, observe-t-on un changement de modèle d'investissement ?

Oui. Les marchés publics globaux de performance énergétique se développent fortement. À Altkirch (Haut-Rhin), la modernisation de 1 400 points lumineux a permis de réduire de 80 % la consommation d'énergie, pour un investissement d'environ 2,5 millions d'euros. Le projet est financé par les économies générées, avec près d'un million d'euros économisés sur la durée du contrat. Ces modèles permettent d'investir sans alourdir les budgets et de financer d'autres usages, comme la vidéoprotection ou la gestion intelligente des équipements.

Ces dynamiques vont-elles se poursuivre ?

Oui. La réglementation et l'énergie vont continuer à structurer les décisions d'investissement sur le long terme. Les objectifs de neutralité carbone à horizon 2050 et l'électrification des usages industriels créent une trajectoire durable.

Cela donne de la visibilité. Mais encore faut-il que les entreprises aient les capacités de financement pour suivre cette transformation, et que le cadre réglementaire se stabilise.

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