Eolien : Pourquoi l'Aquitaine n'accueille aucun parc

Eolien : Pourquoi l'Aquitaine n'accueille aucun parc

L'Aquitaine est la seule région en France à ne posséder aucun parc éolien sur son territoire. Des raisons techniques et des oppositions locales expliquent cette situation. Industriels et pouvoirs publics refusent la fatalité et plusieurs projets sont annoncés pour bientôt.

Naujac-sur-Mer, Arsac, Pauillac... Les projets avortés de parcs éoliens se ramassent à la pelle dans le Médoc. Comment expliquer qu'aucune pale ne tourne actuellement sur ce territoire ? Et plus largement, que l'Aquitaine soit la seule région de France sans aucune éolienne ? Le Bèglais Valorem, opérateur en énergies renouvelables, s'intéresse au Médoc depuis plusieurs années. « Mais il faut savoir que la nature des vents est assez singulière, explique Camille Girard, chargé de communication. Ici, les vents soufflent plus haut, et il fallait que la technologie existe pour aller les capter. Ce qui est possible aujourd'hui, avec des éoliennes de 180m, n'était pas possible il y a 15 ans, quand les pales tournaient à 40m de hauteur ». Si l'Aquitaine et ses 41.000 m² n'accueillent aucune éolienne, c'est aussi parce que les zones d'implantations possibles ne sont pas aussi nombreuses que l'on pourrait l'imaginer. Impossible en effet d'établir une installation proche d'un radar de Météo France, dans l'espace aérien des zones militaires, au sein des réserves naturelles et des parcs nationaux, à moins de 500m d'une habitation, proche du littoral... Quand l'on superpose toutes ces cartes de servitudes, le territoire se réduit considérablement.



Recours administratifs


Le Médoc, où le vent souffle plus fort qu'ailleurs, possède une caractéristique qui ne joue pas en faveur de l'installation de parcs éoliens : c'est une terre de chasseurs. « Une éolienne ça fait peur aux sangliers et ça tue les oiseaux », se moque un défenseur de l'éolien, qui a dû batailler contre les chasseurs. Ces derniers, parfois alliés à certains écologistes et riverains, luttent avec énergie contre les projets et déposent de nombreux recours administratifs. Leur plus belle victoire : l'annulation du Schéma régional éolien par la justice, en février.




Plusieurs projets au stade du permis de construire

L'absence d'éoliennes en Aquitaine n'est pas une fatalité, et industriels comme pouvoirs publics ne désarment pas. Tout d'abord, « les armées ont fait un pas important cette année en proposant de réduire sensiblement une zone d'entraînement (LFR 162) qui impactait certains projets matures dans le Médoc, annonce Pierre Dartout, Préfet d'Aquitaine. L'ambition de notre territoire est d'accueillir de l'éolien et ceci depuis longtemps puisque le schéma régional climat air énergie, approuvé par l'État et la Région en 2012, prévoit 600 MW installés à l'horizon 2020. L'annulation du schéma régional éolien début 2015 pour des questions de procédure ne remet pas en cause cette ambition d'enrichir le bouquet des énergies renouvelables de la région. Mes services (DREAL, DDT (M)) travaillent sur environ 4/5 projets matures qui en sont globalement au stade du permis de construire ».



300 éoliennes en 2030


Pour Vincent Vignon, délégué régional France Énergie Éolienne, « 300 éoliennes pourraient être installées d'ici à 2030. Cela placera toujours l'Aquitaine en dernière place, mais au moins ne serons-nous plus à zéro. La volonté de faire du Médoc un territoire à énergie positive à l'horizon 2030 va faire avancer certains programmes ». Valorem étudie ainsi des projets en Gironde et dans les Landes, pour un total de 60 à 80 éoliennes. Un chantier pourrait même démarrer à Naujac-sur-Mer en 2016.




Longueur des délais d'instruction

Il faut être très patient pour voir naître un parc éolien. Si, sur le papier, un projet peut être mené en 4 ans, dans les faits il faut plutôt compter 7 à 10 ans. Mais là aussi la donne pourrait changer. « L'Aquitaine expérimente les certificats de projets qui figent en quelque sorte la réglementation au moment du dépôt des demandes d'autorisation (permis de construire etc.) pour ne plus soumettre les professionnels aux aléas de l'évolution du droit, explique Pierre Dartout. Et la loi sur la Transition Énergétique va systématiser les autorisations uniques notamment pour les projets éoliens ce qui permettra de réduire les délais d'instruction et de simplifier les procédures »